‹ Livre de prièresChapitre 25 sur 57 · POUR DEMANDER MISÉRICORDE · texte numérisé non relu

POUR DEMANDER MISÉRICORDE

RE, doux Dieu, à toi je me rends comme n'ayant nul autre refuge et nulle autre espérance qu’en toi, bien queje ne sois pas digne de lever les yeux pour te prier. Je devrais les aveugler de mes pleurs, car je suis confus de te prier, par vergogne de ma mauvaise conscience.

C’est justice que je sois confondu en grande douleur et effrayée tristesse quand je regarde mes œuvres, mes péchés graves et innombrables. Terreur horrible, inconsolable tristesse, accablez-moi, troublez-moi, enveloppez-moi, opprimez-moi, car sans nulle vergogne j'ai offensé Dieu ! C’est chose

raisonnable que moi, qui suis coupable, :

je sente les tourments que j'ai mérités et que japprenne ce que j'aurai à souffrir.

Il est juste que j'aie longue pénitence puisque j'ai si longuementpéché et demeuré en mes péchés.

Mais, Sire doux, si je me suis rendu coupable envers toi, je n’ai pas pu faire que tu ne m'aies créé; et si j'ai détruit ma chasteté je n’ai pu tueren même temps tatrès grande pitié ! Sire, Sire, si j'ai commis le cas dont tu me peux damner, toi, tu n'as pas perdu le pouvoir de me sauver. Ne t'arrête pas assez sur mon mal pour qu’il te fasse oublier ton bien. Tu as dit, Sire, que tu ne veux pas la mort du pécheur ; qui te force donc de me livrer à la mort, puisqu'il te plait que le pécheur vive et se convertisse, et qui te défend de faire ce que tu veux, qui est que je me convertisse et vive? La grandeur de mes péchés te peut-elle contraindre :

à faire ce que tu ne veux pas? ette

defend-elle de faire ce que tu peux, puisque tu es le Dieu omnipotent?

Loin de toi, mon Dieu et mon Seigneur, que ma perversité l'emporte sur ta parole, la parole du tout-puissant! Souviens-toi, juste et bénin Dieu, que tu es mon miséricordieux créateur et récréateur; ne te souviens pas, bon Seigneur, de ta justice contre ton pécheur, mais sois en souvenance de ta bénignité envers ta créature! Ne sois pas en souvenance de ta colère contre le coupable, maïs souviens-toi de ta pitié envers le misérable. Pardonne-moi, bon Seigneur, toi de qui me vienttout salut, à moi chétif, misérable, vil, et très entier pécheur: ce n’estpas chose impossible à ton omnipotence. En exécutant ta justice n’abandonne pas ta miséricorde, car en tout temps tu es bon et vrai au siècle des siècles.

ASE

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