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CHAPITRE VI

L'apostolat. Comment s'y préparer.

M.Maurice Blondel,dans son livre VA ction, écrit ces lignes, dont il convient de peser tous les mots :

« Plus qu'un fait, \Y action] est une nécessité que nulle doctrine ne nie puisque cette négation exigerait un suprême effort que nul homme n'évite, puisque le suicide est encore un acte.

« Plus qu'une nécessité, l'action m'apparaît souvent comme une obligation : il faut qu'elle se produise par moi, même alors qu'elle exige de moi un choix douloureux, un sacrifice, une mort: non seulement j'y use ma vie corporelle, mais j'y meurtris toujours des affections et des désirs qui réclameraient tout chacun pour soi. On ne marche, on n'apprend, on ne s'enrichit qu'en se fermant toutes les voies, sauf une, et qu'en s'appauvrissant de tout ce qu'on eût pu savoir et gagner autrement... Chaque détermination retranche une infinité d'actes possibles. A cette mortification naturelle, personne n'échappe.

«Aurais-je du moins la ressource de m'arrêter? Non, il faut marcher; de suspendre ma décision pour ne renoncer à rien? Non, il faut s'engager sous peine de tout perdre ; il faut se compromettre. Je n'ai pas le droit d'attendre ou je n'ai plus le pouvoir de choisir. Si je n'agis pas démon propre mouvement, il y a quelque chose en moi ou hors de moi qui agit sans moi. »

Or, l'action est l'œuvre de la volonté et la volonté doit s'inspirer de Dieu pour s'absorber en Celui de qui elle émane et en qui elle trouve sa raison d'être.

« L'action n'est prescrite, dit en effet Maurice Blondel, que

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si, dans ce qu'il faut faire, elle contient la réalité de ce qu'il faut croire. Hétérogènes par rapport à nous, la pratique et le dogme sont identiques en soi et leur rôle, c'est de rendre identiques en nous la vérité comme la vie obtenue : c'est de mettre, dans la pensée et la volonté, l'unité de l'idéal et du réel, c'est de réintégrer dans l'homme, qui constitue librement sa personnalité, l'intégrité de la cause qui le crée et l'anime : restitution qui n'est possible que si la volonté humaine d'où procède, comme d'une cause efficiente, le mouvement de la vie personnelle, s'assimile à la fin conçue et voulue comme le terme de notre destinée (1). »

Ainsi donc, la philosophie s'accorde avec la foi pour déterminer la nature de l'action. Pourtant, s'il convient à chacun d'agir en chrétien, c'est-à-dire conformément à « l'Idéal » ou à la Volonté divine, s'il faut se rappeler que l'exemple est encore le meilleur et le plus fécond des apostolats et qu'il constitue cette « apologétique vivante » dont M. l'abbé Guibert a si bien montré la nécessité, nous devons également nous souvenir qu'il ne nous suffit pas d'éviter le mal, qui nous rejette loin de Dieu, mais que la charité, au sens ou l'entendait saint Paul, nous fait encore une obligation de travailler au salut des âmes : c'est-à-dire d'aider les hommes à connaître et à accomplir leurs destinées. L'action postule la charité.

« Il y a trois choses indispensables, disait saint Paul: la foi, l'espérance, la charité — « Tria hœc. » — Tout est là.

La foi qui nous unit à Dieu.

L'espérance que nous avons d'un éternel bonheur avec Dieu.

La charité qui nous oblige à convier ceux qui nous entourent aux joies promises et à suivre avec nous, sur cette terre, la route qui mène à Dieu.

La conclusion logique, inéluctable, qui s'impose à nous,

(1) Maurice Bloxdel, l'Action, essai d'une critique de la vie et d'une science de la pratique. Paris, Alcan, 1893, in-8 de xxv-493 p. — Cet ouvrage est un des plus remarquables livres de philosophie de la dernière moitié du xixe siècle, mais il est épuisé et De sera pas réédité. D'ailleurs quelques-uns pensent qu'il y aurait peut-être inconvénient à se pénétrer de son système et il est beaucoup trop difficile à lire. On trouvera des comptes-rendus sur ce livre dans le Polybiblion, 1894, p. 3g4 ; dans les Etudes, Partie bibliographique, 1894, t. V, p. 654; dans la Revue philosophique, 1894. t. XXXVIII, p. 63g; dans les Annales de philosophie chrétienne. 1893-1894, t. XXXVI, p. 480.

iy4 LA VIE CHRÉTIENNE

c'est l'apostolat créateur et fécond. Mais, à côté des vertus surnaturelles que Dieu exige d'abord de ceux qui confessent la Foi, il y a des vertus naturelles, sans lesquelles nous ne pourrions rien (i).

Ce sont ces vertus naturelles que nous devons posséder pour faire œuvre vive et il nous faudra^pour les acquérir, lutter sans cesse contre les instincts mauvais qui nous avilissent et nous dégradent.

Ce sera l'œuvre de Dieu dans une volonté forte. Avons d'abord cette volonté.

Les autres qualités viendront par surcroît.

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