‹ Livres (volume 2)Chapitre 4 sur 73 · FIN DE L’ORDRE DES VACATIONS · texte numérisé non relu

FIN DE L’ORDRE DES VACATIONS

Les livres qui vont être vendus le 20 avril 1870 composaient la bibliothèque de feu Le Roux de Lincy, bibliophile fervent , érudit et littérateur distingué dont le nom n’est certainement ignoré d'aucun des bibliophiles et des érudits auxquels s’adresse principalement ce catalogue. Il est juste de rappeler ici, sommairement, la vie et les travaux de celui qui a formé cette intéressante collection, afin que son souvenir ne soit pas séparé de ces beaux livres qu’il a tant aimés. L |

Né le 22 août 1806, Le Roux de Lincy fit partie de la première promotion d'élèves qui suivit la restauration de l'École des chartes par l’ordonnance de 1829 ; il sortit de l'École à la fin de 1832, avec le diplôme d’archiviste paléographe, et ne cessa depuis de figurer au premier rang de ce groupe de travailleurs, bien peu nombreux alors, qui eurent l'honneur de faire école, et qui, par des efforts persévérants, consciencieux, sagaces, ont restauré, en France, l’étude du moyen âge d’après les monuments, relevé l’érudition appliquée à notre histoire, à notre ancienne littérature, et fait revivre ainsi, sous ses véritables traits, tout un passé oublié ou défiguré.

Le Roux de Lincy a contribué à cette œuvre par ses travaux et par le concours qu'il a donné à toutes les entreprises qui tendaient au même but; c’est ainsi qu'il prit une part active autant que dévouée à la fondation de la Société de l'École des Chartes, et du recueil publié par cette Société, dont il fut, jusqu’à la fin de sa vie, le collaborateur ; c'est ainsi qu'il fit partie de la Société des Anti-

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quaires de Normandie (1835), de la Société des Antiquaires de France (1844), et de la Société des Bibliophiles français (1846) dont il fut le Secrétaire pendant vingt-trois ans. La part qu’il eut dans la fondation du recueil intitulé Bibliothèque de l'École des Chartes mérite une mention particulière. L’un de ceux qui se vouèrent avec lui à cette œuvre de lumière et d’abnégation, M. Jules Quicherat, l’éminent professeur de l’École des Chartes, l’ami constant et dévoué de Le Roux de Lincy, a raconté les débuts de ce recueil dans les termes suivants :

« Que voulions-nous ? Prouver à l’État que notre École « languissante, reléguée au nombre des services les plus « obscurs et les moins favorisés, était digne de toute sa « sollicitude; qu'elle répondait à un besoin de l’époque; « qu'elle était susceptible de contribuer pour nee « chose à l'honneur du pays.

« Nous nous mîmes tous à l’œuvre. Sans autres res- « sources que celles que nous pouvions tirer de nous- « mêmes, nous entreprimes la publication d’un recueil « périodique d'érudition pure, qui a réussi, qui compte ‘« aujourd’hui trente ans d’existence, qui a procuré à l’ins- « titution pour laquelle nous avions réuni nos efforts une « existence plus convenable, quoique les révolutions aient «entravé son accroissement.

« Pendant plusieurs années, nous dûmes être les éditeurs de cette revue. Le Roux de Lincy avait demandé pour € lui la tâche la plus fastidieuse. IL était notre secrétaire, «et, à ce titre, c’est à lui que revenait le soin de corres- « pondre avec nos souscripteurs et d'émettre chacune de « nos livraisons. Il ne recula devant aucun ennui. I] con- « sentit à convertir son cabinet d'étude en maison de li- & brairie, jusqu’à ce que le succès nous eût permis de lui « éviter tant de peine (1). »

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(1) Discours prononcé par M. Jules Quicherat sur la tombe de Le Roux dé Lincy, le 15 mai 1869.

Comme Secrétaire de la Société des Bibliophiles français, Le Roux de Lincy prit une part suivie et importante aux excellentes publications de cette Société. C’est lui notamment qui a préparé pour elle la belle édition de l’Heptaméron de la Reine de Navarre (1853-1854), et qui a écrit pour cette édition une remarquable biographie de Marguerite d'Angoulême, cette docte et aimable princesse, si chère aux lettrés. |

La liste des ouvrages auxquels Le Roux de Liney a attaché son nom est considérable. «J’y vois, dit encore M. Jules Qui- « cherat, des mémoires sur une infinité de points intéres- « sants de notre histoire, surtout de l’histoire de Paris ; « beaucoup de textes inédits transportés dans le domaine « public; des monuments défigurés de notre ancienne lit- «térature, rendus intelligibles par des éditions correctes ; « des morceaux de biographie et de bibliographie où la « recherche à été poussée à fond. Un grand mérite signale « ces: productions de genres si différents ; elles sont toutes « utiles.

« Le Roux de Lincy ne cultivait pas l'érudition en « vue de la minutie, ni pour la satisfaction de ceux qui « ont concentré leur goût sur les choses de pure curiosité. Comme il avait la main heureuse, il trouvait beaucoup; mais il ne s'arrêta jamais que sur ce qui lui semblait digne de fixer l'attention des hommes sérieux. Par Ià, il a assuré à ses livres la durée , et à sa mémoire la considération des futures générations de travailleurs. » Nous rappellerons par ordre de date Les principaux de ces ouvrages. Ce sont notamment : le Livre des Légendes (in-8, Paris, 1836); une édition critique du Roman de Brut (2 vol. in-8, Rouen, 1836); une Analyse critique et littéraire du Roman de Brut (in-8, Rouen, 1838); le Roman des sept sages de Rome, en prose, publié pour la première fois d’après un manuscrit de la Bibliothèque royale, et précédé d’un Essai sur les Fables indiennes par Loiseleur Deslongchamps (in-8, Paris, 1838) ; Essai historique

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