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ÎNTKOIHCTIOX.
« vergences OU les tendances n'aboutissent pas. » C'est la formule du désespoir et de la sophistique. Son énoncé révolte, car il implique qu'il y a des effets sans cause, et que le mouvement est une absurdité. Quand les sophistes ne nient pas l'existence du mouvement, ils en nient la sagesse et l'opportunité.
Je dis donc : Les tendances aboutissent. Le monde marche, et il arrivera.
Et moi aussi je suis en marche. Et moi aussi j'arriverai. Les irrésistibles tendances de ma nature réelle ne peuvent pas ne pas aboutir. La vie veut vivre et elle vivra. Elle arrive où elle tend. Et comment pourrais-je en douter ? Ne suis-je point arrivé déjà ? 11 fut un temps où, dans un monde obscur, mes yeux ne voyaient pas, mais se formaient pour voir; dans ce monde clos, mes poumons ne respiraient pas, mais se formaient pour respirer ; mes membres, dans ce monde immobile, ne pouvaient remuer, mais s'articulaient peu à peu pour arriver au mouvement; dans ce monde implicite, inconscient, mon cerveau ne pouvait penser, mais se développait pour la pensée. Tout cela, c'étaient des tendances. Toutes ces tendances ont abouti. Toutes celles qui restent aboutiront.
Aujourd'hui mes regards et mes aspirations, mes mouvements, mes pensées, tout cela n'est-ce point encore un faisceau de tendances? Ma frôle pensée, pauvre, chercheuse, inquiète et dispersée , tend à se rassembler, et à se posséder, et à posséder son objet. Pourquoi donc cette tendance n'aboutirait-elle pas? La soif de la justice , n'est-ce pas une tendance aussi? Pourquoi donc serait-elle frustrée? L'amour, le désir, l'espérance, toute la vie de
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mon cœur, n'est-ce pas la tendance essentielle de mon être? Comment n'aboutirait-elle pas?
Mon corps en germe, dans une première vie courte, avant de parvenir au jour, a déployé jusqu'à maturité les tendances de sa vie. Les tendances de cette vie primitive ont abouti à ma vie en ce monde. Dans cette seconde vie, courte aussi, car elle n'est que préparation, mon âme doit déployer jusqu'à maturité les tendances de sa vie. Et ces tendances aboutiront. Alors la tendance à la vérité entrera dans la vérité, la tendance à l'amour entrera dans l'amour.
Mon corps s'est déployé pour porter l'àme. Que mon àmc se déploie pour porter Dieu.
Les trois mondes se portent l'un l'autre, et se déploient successivement. La terre est le marchepied. L'àme s'en sert pour monter à Dieu. Dieu, monde éternel, infini, attire à lui les mondes finis pour leur donner la vie. Dieu est la source des tendances, et il en est aussi la fin.
Quand je vois l'univers en marche et en travail , et cet immense courant de forces, composé de ce qui, en tout temps, en tous lieux, s'est appelé désir, effort, travail, prière, génération et mort, je dis aussi : Oui, la tendance universelle aboutira. Oui, l'univers est occupé d'un travail vrai ; il marche vers un but réel, et il nous dît : « Je monte u vers mon Père et votre Père , vers mon Dieu et votre « Dieu ! » Je m'étonne qu'on n'entende pas cette voix.
Oui, tout monte, ou tout peut monter vers le Père de la vie, pour en recevoir la vie pleine.
Je ne dis pas que celui qui ne marche pas doit arriver, que celui qui ne cherche pas doit trouver, et que l'on ouvre
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à celui (jui n'a pas frappé. J'ai dit : Les tendances aboutissent, c'est-à-dire : celui qui marche arrive, celui qui cherche trouve , et l'on ouvre à celui qui frappe. Ce sont des lois divines universelles.
Tout ce que la pensée conçoit, tout cela est. Tout ce que le cœur veut et cherche sera trouvé. Tout ce que l'on espère, si l'on y croit, si l'on y tend, sera donné. Tout ce que la nature, l'instinct, l'effort, le travail, la prière, tout ce que la religion, l'élan vers Dieu, vers la vérité, la justice, la beauté, le bonheur, tout ce que toutes ces forces prophétiques liguées ne cessent d'attendre et de chercher, tout cela nous sera très-certainement donné. La poésie est vraie; l'enthousiasme est très -sage; la prière a raison; elle a raison de dire : Que votre règne arrive. Ce règne arrive, puisqu'on y tend.
Oui, plus on croit, plus on espère, et plus on a raison. La foi, l'espérance, peuvent manquer, mais non pas la couronne de l'espérance et de la foi. Tout est encore plus réel que la foi , plus beau que l'espérance. Si on cherche le Père , et si on veut le voir, on le verra. Si l'on veut toujours vivre, on sera dans la vie pour toujours. Si l'on veut cpie les êtres aimés y soient, ils y seront. Si l'on veut qu'ils soient près de nous, ils seront près de nous. Si on espère leur être uni toujours, on leur sera uni de telle manière qu'alors seulement on saura que notre amour sur terre n'était qu'une tendance, un effort pour s'uuir. C'est au terme que Dieu nous unit. Au terme, les êtres aimés seront un avec nous, et seront tels que nous les aimons, aussi grands et aussi charmants que l'amour peut les voir ou les rêver. Et pourquoi l'amour les voit-il si beaux ? C'est parce
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qu'il a des ailes , parce qu'il a ce procédé de transcendance qui s'élance de ce qui vit sur terre à l'idéal qui est au ciel , cause de la vie et terme de la vie. Il voit chaque être dans son idée céleste, il voit en Dieu. C'est le procédé de la science. Quant à moi, je crois à ces célestes déductions de ma formule , comme je crois à ses déductions géométriques , et à l'exactitude mathématique. Oserai-je dire que quiconque n'y croit pas me semble n'avoir pas toute sa raison ni tout son cœur ? Quelqu'un disait : Les lignes de la pensée convergent à la vérité vers Dieu ou vers son apparence. Mais est-ce bien vers Dieu ou vers son apparence? Lequel des deux? Et il hésite. Moi je dis : C'est vers Dieu, parce que les tendances aboutissent, parce que le principe de transcendance est vrai comme la géométrie elle-même.
Oh ! ni les logiciens , ni les simples ne savent assez la force de ce beau principe, la certitude de ce procédé principal de la vie raisonnable. Mais, je le demande à tous les faibles dans la foi, y aurait -il tendance si le but n'était pas? La terre pèserait -elle incessamment sur le soleil si le soleil n'existait pas?
Les tendances aboutissent ! On tend à Dieu. Il y a Dieu. Et Dieu donne la vie éternelle, la vie totale et rassemblée, pleinement possédée , déployée dans toutes ses énergies -unies; vie qui , dès lors , tendant toujours à tout, arrive éternellement à Dieu.
Autour de ce sens principal et substantiel de la formule se groupe la multitude des sens partiels, abstraits et scientifiques. Mais surtout la logique et la géométrie répétant les mêmes choses, dans leur ordre et par analogie , enve-
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loppent à mes yeux le grand sens d'une double enceinte de certitude.
Mais il y a en tout ceci plus de beautés et de mystères que je n'en saurais exprimer, et que l'on n'en saurait comprendre.