‹ LogiqueChapitre 57 sur 89 · II. i · texte numérisé non relu

II. i

« '/.zOéïov, y iïènxyMyh ht tcov y,oczà [J.époç * àdvvxrov zà. « y.ocQôlov Gscopyja-at pj iizay^yriç) 1 » Même les géné- « ralités dites abstraites ne s'obtiennent que par in- « dtiction (htel /.où xà èi âyxipéGEtoç leyo^evoc ïaxy.i $i k èirocy^y^ç yvcùpiy.ot itoteïv) 2. L'induction est le pas- « sage du particnlier à l'universel (ÈTiay^yn àï % ànb « tmv xaO'èV.aarwy ln\ roc zaOolo-j sooiïoç) !. Les raison - « nements inductifs sont ceux qui montrent l'uni- « versel dans la lumière du particulier (oi qevwuv- « xeç xb y.otQ6kov âioc xov dwlov elvoli 70 xaO'ëxaoTov) '. L'in- « duction donne le principe et l'universel; le syl- « logisme déduit de l'universel (in wb &j fatètymrfn a àp'/yiq Istï xat toû za9o'Aou, 6 cry^.Xôytd'^o? ex Twv xa9o- « Aou) 5. Les majeures sont les points de départ du « syllogisme ; le syllogisme ne les donne pas ; c'est « donc l'induction qui les fournit '(eialv ocpx àpyjxi et « wv 6 av}loyiG[JÀç , wv oùx. eau (7v)loyL<jy.b^ ' inoty^yh « âpoL) 6. L'induction est la voie qui conduit aux « majeures (fi im xàç àpyjkc> oiïbq oôkn eortv) 1 . L'indue - « tion est donc le procédé qui trouve la proposition « primitive où ne conduit aucun intermédiaire (xrtc « 7rpwT7îs koù dpéaov 7rpoT«<jew$) 8 . Toute connaissance

« II. Anal, i, 18. — 2 Ibid. — 5 Top. i, 12. — *II. Anal, i, 1. — s Ethic. Nicom.vi, 3.— e Ibid,—7 H, Anal, i, 23.— M, Anal, n, 23.

a n'est pas déductive ; les propositions immédiates « ne s'obtiennent pas par déduction (ours tzxgoiv èm- « Qxri\x-(,v cŒO$ziY.xw:r\v efvai, <xllà ttjv twv a^sVwv àvarro'- « ^er/Tov)1. Il est évident que l'induction est néces- « saire pour trouver les propositions premières « lov on y,}jZv xà 7Tp<î)Ta ènocywyri yvcopiÇetv àvocyKocïov) . »

L'induction est donc ce qui nous donne les majeures, les propositions primitives, celles où ne mène aucun intermédiaire logique. Car « lorsqu'il « y a un intermédiaire par lequel une proposition « se peut déduire d'une autre, c'est le syllogisme « qui nous y mène. Mais lorsqu'il n'y a point d'in- <( termédiaire, c'est l'induction (wv yh yàp taxi yé- « ffov âià zov pÎGQX) 6 GulloyLtjy.ôç, wv ùï u:r\ èdxt, Sl' in?.- « ytàyriq) »

Mais comment un procédé de la raison peut-il trouver des propositions primitives et sans intermédiaire , puisqu'il est démontré que toute connaissance rationnelle vient de quelque donnée antérieure (nacra $ida0xoÀ(& àiavo'fiXLvSo èn TzpovTtabyovGYtÇ ylvexai yvcoaecoç)4. Le voici : ceci est comme le résumé de la Logique d'Aristote. C'est le dernier chapitre de ses Analytiques.

* II. Anal, i, 3. — - II. Anal, n, 19, — 5I. Anal, n , 23. — » II. Anal i, 1 ,

« Nous avons parlé, dit Aristote, du syllogisme et de la déduction, et, en même temps, de la science déd active ; car c'est même chose. Quant aux principes, comment les connaît- on ? Comment s'appelle la connaissance que l'on en prend?

« Évidemment on ne peut acquérir aucune science déd active, si l'on ne connaît d'abord les premiers principes auxquels ne mène aucun intermédiaire. Mais la connaissance de ces principes est-elle de même nature que celle des déductions? Y a-t-il science des deux, ou bien science seulement pour les déductions et une autre espèce de connaissance pour les principes? Cette possession des principes (s;ic) est-elle acquise et vient-elle du dehors , ou bien est-elle en nous d'abord à notre insu ? Tl serait étrange qu'elle fût primitivement en nous : car nous aurions en nous, sans le savoir, des connaissances plus précises et plus claires que celles que nous en déduisons. Oue si nous la recevons du dehors, si nous ne l'avons pas toujours en nous, comment pouvons-nous connaître et apprendre sans aucune connaissance préalable? C'est impossible, comme nous l'avons montré. — Tl est donc clair à la fois que nous ne possédons pas d'avance les principes, et que, d'un autre coté, ils ne surviennent pas en nous, si nous n'en possédons d'abord quelque

PLATON EL AlUSTOm

chose. Il en résulte nécessairement que nous les possédons en puissance, mais en puissance implicite et obscure. Tout être animé parait avoir une puissance analogue, puissance innée de percevoir, qui est la sensibilité. Seulement la sensibilité éveille la raison chez l'homme, tandis que chez les animaux elle ne réveille rien. La sensation éveille d'abord la mémoire, et la mémoire souvent renouvelée fait l'expérience. De l'expérience ou de l'universel reposant dans l'amenait le principe de chaque science. De sorte que nous n'avons pas d'abord en nous la possession actuelle et déterminée des principes ; ils ne nous sont pas venus d'autres principes plus clairs ; ils nous viennent de la sensation. Mais comment? Comme quand les individus dispersés d'une armée en déroute s'arrêtent et se rallient parce que l'un s'est arrêté. Qu'une sensation unique s'arrête aussi dans notre esprit, aussitôt le premier universel, qui est déjà dans l'âme, s'étend au genre dont un individu nous a frappés, jusqu'à ce que l'universel déterminé en principes particuliers (universalia in particulari : zoiovèl £&ov, é'o^ Çùov) , se pose dans notre esprit. Evidemment c'est par l'induction que ces principes seront déterminés en nous; car c'est aussi par l'induction que la sensation ellemême nous élève à l'universel. D'après cela, qu'est-

ce que la connaissance explicite des principes? Ce n'est pas la science. Car la science est discursive, déductive, et les principes sont antérieurs et sont encore plus clairs. La déduction ne saurait être le principe de la déduction. Cette connaissance explicite des principes, il faut la nommer intellect. L'intellect est le principe de la science. L'intellect est le principe des principes de chaque science, et il s'étend à toutes les sciences. »

Ce passage suivi, qui est le résumé de la Logique d Aristote, nous fait connaître toute sa pensée. Il y a d'abord dans l'âme une puissance des principes (itvà dvvot{uv), l'intellect en puissance et indéterminé. Cet intellect possible, c'est la lumière même de la raison, représentée en nous par la possession nécessaire des axiomes, qui sont des lois idéales et nécessaires fondées sur l'existence de l'Être nécessaire : en d'autres termes, il y a d'abord en nous une lumière implicite qui nous vient de Dieu. Les axiomes (à|^rac) sont les lois, les principes communs (xoivà) de la science, et ne viennent, ni de l'expérience, ni de l'induction Ils sont absolument innés à l'âme. Il faut nécessairement les posséder d'avance pour connaître quoi que ce soit. Quant aux principes particuliers, principes qu'on ne déduit pas, mais qu'il n'est pas nécessaire de pos-

PLATON ET AiUSTOTE. 23

séder d'avance, et à partir desquels la science dérive par syllogisme, ces principes viennent de l'expérience par l'induction.

L'intellect possible (riva Wva^tv) devient une intelligence actuelle et déterminée (fjeig açpopKjp.svat ; lorsque la sensation vient éveiller cette puissance. Une seule sensation suffît pour réveiller dans l'Ame le premier universel (oravroç yàp twv àdiarf6p(ùv ivbç, npûrov fj.lv sv t?i xaWXou). Donc puisque l'induction est le passage du particulier au général, il est clair , conclut Aristote , que c'est nécessairement par induction que nous connaissons les principes. C'est par l'induction seulement que la sensation peut mettre en nous l'universel (W yàp v.oli aïdQwaic. oO'tco (gTraytoy/j) rb y.xQolov èfxnoiet).

Tout ceci se confirme par d'autres passages d'Aristote. Tl distingue partout les principes d'un coté, et de l'autre la science qu'on en déduit par syllogisme. Mais les principes sont de deux genres trèsdifférents (ai yàp àpyoà èirzaV) : ceux qui sont les règles de la démonstration, et ceux mêmes au sujet desquels on démontre (è£ wv xi mi Trgpl o). Les premiers sont les principes communs , les autres les principes propres à chaque science (où y.ev olv i\ wv Kowoà , où de nepi o idiou). Les principes dont on part dans les sciences démonstratives , dit-il ailleurs,

2ft PLATON ET ARISTOTL,

sourde deux soldes, les principes propies de chaque science, et les principes communs (Ècrn d'àv yoâvtûii gy zxïç ànodîiY»TLx.txïç enKJT^aiç tol y.evïdia iv*di<JTr.ç imGr/jar,~ zà de, xoiva) 1 . La démonstration comprend nécessairement trois choses : ce par quoi on démontre (axiomes), ce dont on démontre (le principe propre), ce qu'on en démontre, ou l'ensemble de la déduction scientifique (avayzyj yàp, ïx tcvwv zlvax yjxt TisrÀ tl xoct tvjwj rfot dnodéifyv) 2. Les principes communs sont des principes qu'il est nécessaire de posséder d'avance pour être capable d'entendre et d'apprendre quoi que ce soit (rv ôï àyayzyj sytiv tov QTiovv y.x8Y,G6u.evov, à£ttopc)3. Il faut les avoir d'avance, car on ne peut les recevoir en écoutant (Aetyàp ft'epi

Là est le sens de ce qui est dit dans le Ménon, que la science est réminiscence (ouoimc âï xai 0 sv :w Me-

yàvi Xoyoç, otia yd^finç àvxpMmç) J. Ce n'est pas que Ton ait jamais d'avance les connaissances particulières, mais au moment même où l'induction s'opère, nous prenons connaissance de l'individuel , comme si nous le reconnaissions : car il v a des choses que l'on sait immédiatement. (Où&epoy yàp

« tl. Anal, i, 10. — - 11. Anal. 1. — 5 IL Anal. 1. 2 — 4 Met. lu, 3. — " l. Anal. 11. 21.

ytoffi ïx[j£âvîiv T7jv twv /ara pepsç ïw.^vr^nv wffîrsp àvayvtoùîÇovTotç ' ïviy. yàp euôuç ï<su.iv) ' . L'axiome est une loi nécessaire , absolue , comme celle-ci : On ne peut affirmer et nier en même temps le même du même (Xsyco Jtoivarê ©tov rô-Trâv cfa'vai :h ànûaâvat)' . Les axiomes embrassent sans exception tout ce qui est, et non pas tel ou tel genre d'être pris à part, à l'exclusion des autres (a-nocei yàp ùnaçc/et xolç gvgiv, à).À' ou yivu zlvl /copt; iiïfa rCov à'AXwv)3. Aussi , d'où dépendent les axiomes ? Dépendent-ils de la géométrie ? Non ; de la physique ? Non. Il y a au-dessus de la nature quelque chose de plus haut que la nature. Celui qui s'occupe de l'universel et de la substance première , celui-là est à la source des

axiomes (titeï d'ïariv zov a>uov/coù t« «vcotsow roù

■/.xQôlov Kcà roû Tfëpï r/jv 7rpwr/jv oxhjîocj OecopyjTïzoù x«£ yj Trspj rouT<&v àv sî'v; czc'^tçj '.

Ainsi, d'après Àristote , les axiomes constituent les premières données innées qu'il faut posséder d'avance. Leur universalité, leur nécessité vient de ce qu'ils sont fondés sur la nature même de l'universel et de la substance première, c'est-à-dire de

1 L Anal, n . 21. — - II. Anal. i. 32, — * Met. m, 3. — * Met. lu .

PLATON ET ARISTOm

Dieu, de Dieu supérieur à toute nature créée et contingente4. Celui qui s'occupe des axiomes s'occupe1 de Dieu indirectement. Et, chose admirable ! Aristote posant le premier des axiomes, le principe de contradiction, comme fondé dans l'essence de l'être premier, pose implicitement cette belle vérité qu'il développe ailleurs, — nous l'avons vu à propos de la Logique du panthéisme, — que celui qui attaque la vérité des axiomes attaque l'idée de Dieu et la détruit, et que, si quelques-uns attaquent la vérité de l'axiome fondamental dérivé de l'idée de l'être, il suffit de leur démontrer que Dieu existe. Certes il lui fallait du génie pour voir ces choses avant le xixe siècle, avant la venue de la Logique du panthéisme !

Quoi qu'il en soit, outre les axiomes qui sont universels, nécessaires, possédés d'avance et innés, — qui sont, comme l'intelligence, en puissance, puissance innée ($woi[uv e/u<pvTov), et qui résultent en nous de la nature de Dieu, — il y a les principes propres de chaque science (àpyrn Iotii/.... zb Trpwrov toO yivovç 7T£pt '6 àeUvmoii){ . Ces principes-là, on ne les possède pas d'avance, quoiqu'il n'y ait pas d'intermédiaire qui y conduise ; on peut les appeler thèses. Ces

1 11. Anal.

PLATON ET ARISTOm 27

thèses ou principes propres, majeures des syllogismes, majeures qu'on ne démontre pas déductivement, ni par aucun intermédiaire (xy.lcrov j'àçyfa GvlïoyujTiY.-/jç) ' , il n'est pas nécessaire de les posséder d'avance : ce qu'il faut posséder d'avance, ce sont les axiomes (v^v cTàyayxv? syeiv rbv oriovv !j.xQr,fj6[j.evov, à^tw^-a)2. Mais comment les trouve-t-on , ces majeures acquises? Par l'induction, par l'induction appliquée aux données de l'expérience (ffylv rà noàra inotyw/'fi yyopiÇùv àvayy.7iov . Tàç fxèv àoyàc xàç

Voilà donc toute la Logique dans ses grands traits. C'est la Logique de saint Thomas , c'est la Logique complète. En présence de cette simple esquisse, dans laquelle nous croyons être, à peu de chose près , d'accord avec les beaux travaux contemporains sur Aristote'', qui, selon nous, ne sont

1 II. Anal, i, 2. — 2 II. Anal, i, 2. — 3 II. Anal ri, 19.

* Nous sommes d'accord, touchant l'induction aristotélicienne, avec M. Barthélémy Saint-Hilaire en ce qui suit : « La théorie de « l'induction est présentée ici d'une manière très-concise; eteepen- « dant Aristote y attache la plus grande importance, puisqu'il re- « connaît que l'induction est, avec le syllogisme, la seule chose sur « laquelle se fonde la certitude. L'induction est le syllogisme (le rai- « sonnement)de la proposition immédiate, c'est-à-dire de celle qui « ne peut être le résultat d'une conclusion ordinaire. C'est qu'elle est « alors une majeure indémontrable. Toutes les majeures qui ne sont

28 PLATON ET A1USTGTE.

dépassés que pur les commentaires de saint Thomas, on partage le profond étonnement dé M. de Maistre à la lecture de ce texte de Reid : « Le genre « humain s'étant fatigué pendant deux mille ans à

« pas la conséquence de prosyllogisnie sont dans ce cas. On les ob- « tient avec autant de certitude que les conclusions elles-mêmes: « elles méritent la même foi, quoiqu'on ne les obtienne pas par la « même méthode. Dans le syllogisme, on prend les majeures pour en « tirer ensuite les mineures et les conclusions nécessaires. . . . C'est « par l'induction seule qu'on acquiert ces majeures. . . . S'il fallait « recourir encore ici au syllogisme ordinaire, la recherche serait « sans fin , et l'on n'arriverait jamais à la science. Il faudrait rc- « mouler à l'infini de prosyllogisnie en prosyllogisnie, sans jamais « trouver de limites. L'induction, au contraire, en donne une. — « Ainsi , sans l'induction pas de syllogisme, puisque sans elle on « n'aurait point les majeures, qui sont la source et la cause de la «conclusion (*) » Nous admettons parfaitement tout ceci; mais nous avons omis à dessein, dans ce texte, le point sur lequel nous ne sommes pas d'accord avec le savant traducteur. Quel est ce point V C'est que, comme M. de Maistre, comme M. Ravaisson , M. Barthélémy St-Hilaire, malgré ce qu'il vient d'établir touchant la différence évidemment radicale du syllogisme et de l'induction, dit cependant que, d'après Aristote, comme d'après la vérité, l'induction est un syllogisme. « L'induction rentre elle-même dans le syllogisme . qui « comprend et explique toutes les formes possibles du raison ne- « ment. » Or, en partant de ce que notre auteur vient de dire de l'induction, comment peut-on admettre qu'au fond ce soit un syllogisme? Je dis que deux procédés, dont l'un trouve les majeures, dont l'autre déduit les conséquences, dont l'un remonterait sans lin dans sa recherche, dont l'autre seul donne un point de départ à l'es-

[*) Anal, ii, 23. Traduction de M. Barthélémy Saint-Ililahe.

c< chercher la vérité à l aide du syllogisme, Bacon

prit, dont l'un ne saurait arriver à la science, dont l'autre donne les principes de la science, je dis que ces deux procédés sont manifestement distincts. Je crois pouvoir soutenir qu'ils ne diffèrent point par la forme comme le syllogisme ordinaire diffère de l'enthymème, mais qu'ils diffèrent par le sens et le fond. Ce sont deux procédés irréductibles, auxquels tous les autres se ramènent, dit Aristote. Ce sont deux procédés inverses, dit encore Aristote (rêva rpônov àv- TîxciTat), inverses par le point de départ, inverses par le résultat, puisque l'un va du général au particulier, l'autre du particulier au général; et non-seulement inverses, mais autres dans le point essentiel. Et quel est le point essentiel? Notre auteur nous ledit : a L'élément essentiel du syllogisme, c'est le moyen. » [Plan général, \). i.\n.) Or précisément l'induction n'a pas de moyen. C'est en cela même qu'elle diffère du syllogisme, dans le fait, comme d'après Aristote. L'induction diffère donc du syllogisme par le point essenliel, d'après notre auteur. Notez bien que l'induction ne diffère pas du syllogisme, comme l'enthymème qui sous-entend une des prémisses. L'induction ne sous-entend pas le moyen, puisqu'elle n'en a pas, comme le dit sans cesse Aristote : « Là où il n'y a pas de « moyen, c'est l'induction qui agit; là où il y a un moyen, c'est le <■< syllogisme. » Par exemple, quel moyen y a-t-il entre le fini et ! I infini , entre le monde et Dieu ? Là , le syllogisme seul ne peut pas passer. Là l'induction est nécessaire. Les principes, et surtout les premiers principes se trouvent nécessairement par induction , dit toujours Aristote. Là, dit-il ailleurs, le syllogisme ne peut rien, c'est donc à l'induction d'agir. — Deux choses, je le sais, peuvent, dans les textes d'Aristote , tromper le lecteur sur ce point. C'est. qu'Àristote, comme le remarque M. de Maistre, et ce que notre savant auteur

a utile que ne l avait fait l'instrument aristotéli- « cien, et l'on peut le considérer comme la seconde <( grande ère des progrès de la raison humaine'. >> Il est impossible de se tromper plus radicalement

sait mieux que nous, c'est qu'Aristote emploie le mot syllogisme , tantôt dans le sens général de raisonnement où il signifie aussi l'induction, et tantôt dans le sens propre et technique où il est l'opposé de l'induction. C'est en ce sens qu'Aristote dit : « L'induc- « tion est le syllogisme de la proposition immédiate , . . . . cette pro- « position immédiate que le syllogisme ne peut donner. » Voilà, dans le même passage, le mot syllogisme pris dans les deux sens. En second lieu, Aristote parle souvent d'un cas particulier de l'induction, qui consiste à conclure de tous les cas particuliers au général, c'est-à-dire du général au général, de tous à tous. Dans ce cas, l'induction n'est plus seulement un syllogisme, c'est une identité, ou plutôt une tautologie. Dans ce cas singulier, l'induction n'est plus rien qu'une forme stérile ou impossible, stérile comme la tautologie, possible quand on connaît tous les cas particuliers, impossible quand on ne les connaît pas, ce qui arrive toujours; Ce n'est pas là rinduction féconde qui est l'âme du rayonnement humain et qui donne les principes. Quoi qu'il en soit, nous avouons que l'autorité d'un savant qui connaît certainement Aristote mieux que nous, et qui , par ses travaux , nous a aidé nous-mème à le connaître, doit nous mettre en défiance. Il se peut donc, à la rigueur, que nous nous trompions sur la pensée d'Aristote au sujet de l'induction. S'il faut que Terreur soit de notre côté ou du côté de tant de savants hommes, il est probable d'avance qu'elle est de notre côté. Néanmoins nous leur soumettons ce qui suit. Ne se peut-il point que, convaincus d'avance de l'identité du syllogisme et de l'induction ,

1 D1. Reids, Analysis of Aristote s Logik , p. 140.

PLATON ET AIÏISTOTE.

sur l'importance et La solidité delà Logique d'Aristote et sur la presque nullité des travaux de Bacon. Bacon n'a fait qu'enfoncer, à grand bruit et de la manière lapins gauche, la porte de la science, par-

ils maintiennent cette identité en thèse générale, tout en montrant fort bien dans le détail, d'après Aristote, comment les deux procédés sont radicalement distincts? Cette distinction , encore une fois, est évidemment d'un autre ordre que celle du syllogisme et de Pehthymème. Elle n'est pas dans la forme, elle est dans l'essentiel du procédé. Car, puisque le terme essentiel du syllogisme est le moyen, il s'ensuit que là où il n'y a pas de moyen, il n'y a pas l'essentiel du syllogisme, il n'y a pas de syllogisme. Or, l'induction n'a pas de moyen. C'est sa définition et son caractère propre. Donc elle n'est pas un syllogisme.

Mais il se peut aussi qu'il y ait ici , jusqu'à un certain point , dispute de mots. Si l'on m'accorde que le syllogisme et l'induction sont deux procédés inverses, que l'un déduit par voie d'identité une conséquence d'une majeure donnée, par un intermédiaire indispensable, tandis que l'autre, sans intermédiare, sans déduction possible, pose les majeures immédiates que l'on ne peut tirer ' d'autres majeures; que l'un descend du général au particulier, que l'autre monte du particulier au général; que l'un nous jetterait clans une recherche sans fin, et rendrait la science impossible, que l'autre donne un commencement à la recherche et pose les principes de la science, si l'on m'accorde tout cela, j'accorde, de mon côté, bien volontiers qu'on peut donner au mot syllogisme, comme le fait Aristote, outre son sens propre et technique, un sens général qui le rend synonyme de raisonnement ; que , dès lors , l'induction , qui est l'un des deux procédés essentiels du raisonnement humain , rentrera dans la catégorie du syllogisme, c'est-à-dire du raisonnement, et qu'elle y rentrera, non pas arbitrairement, mais parce que, comme le syllogisme, elle va d'un point de départ à une

PLATON ET AJUSTOTK

faitement ouverte c 1 <*j à 9 puisqu'on venait d'y voir passer Kepler et son escorte. Aristote, au contraire, a créé la Logique qui subsiste et. qui subsistera. Aristotea connu beaucoup mieux que Bacon, ainsi

conclusion. Seulement, ainsi que le montre Platon, le syllogisme proprement dit ne s'élève pas plus haut que le point de départ , jusqu'au principe non contenu dans le point de départ ( e*s fyX'T

Et, "puisque nous avons cité M. de Maistre, nous devons signaler une singulière erreur de fait dans ce qu'il dit touchant Y induction baconnienne comparée à celle d'Aristote. M. de Maistre a pleinement raison contre Bacon , en soutenant qu'Aristote a connu l'induction véritable, et que Bacon n'a inventé qu'une machine sans valeur. Mais, chose étrange! en parlant ainsi , M. de Maistre attribue à Bacon l'induction même d'Aristote , et il la condamne dans Bacon. Voici la preuve du fait. M. de Maistre cite une théorie de l'induction que Bacon rejette par ces paroles • « Cette forme vicieuse de l'induco tion, nous l'envoyons promener ; la bonne, nous la donnons dans « le Novum Qrganum. » M. de Maistre croit que cette théorie rte l'induction est celle de Bacon, tandis que Bacon la repousse; et M. de Maistre la rejette à son tour, comme inintelligible, en lui préférant celle d'Aristote, tandis que c'est précisément celle d'Aristote. Il est tellement vrai que cette théorie de l'induction, rejetée par Bacon, est celle d'Aristote, que nous allons la mettre en grec avec des phrases d'Aristote. Voici d'abord comment Bacon nous la présente : « Passons au jugement, à l'art déjuger, où il s'agit de la « nature des preuves et des démonstrations. Dans cet art de juger « (tel qu'il est vulgairement admis) on conclut, ou par induction. « ou par syllogisme. Car l'enthymème ou l'exemple ne sont que le « syllogisme ou l'induction abrégés. Quant au jugement qui se fait « par induction, il n'y a pas beaucoup à nous y arrêter. C'est par « un seul et même a< te de l'esprit que ce qu'on cherche est trouvé

que le remarque fort bien M. de Maistre, a l' in ducce tion, qui est l'âme du raisonnement humain dans « tous les objets possibles. »

A.ussi, nous souscrivons très-volontiers au juge-

« et jugé. Car ce n'est par aucun intermédiaire que s'opère ce juge- « ment, c'est immédiatement, à peu près comme dans la sensation. « Le sens, en face de ces objets premiers, saisit, comme du même « acte, sa perception , et en admet la vérité. Il en est autrement du « syllogisme, où la preuve n'est pas immédiate, mais se donne par « un intermédiaire. Autre est la découverte du moyen, autre le j.u- « gementsur la conséquence : ici l'esprit est d'abord discursif et ne « s'arrête qu'ensuite. Mais cette forme vicieuse de l'induction , nous « l'envoyons nettement promener : quant à la bonne , nous ren- « voyons au Novum Organum. Nous en avons dit assez sur le juge- « ment par induction (*). » Mettons maintenant en grec, et mot à mot, le latin de Bacon : Transeamus nunc ad judicium , sive artem judicandi in qua agitui' de natura probationum , sive demonstrationum. ïn arte autem ista judicandi (ut etiam vulgo reeeptum est) aut per inductionem aut per syllogismum concluditur. ôjaoj'wç ô*è xac Tczp\ roùç Xoyouç m Sz Stà <7uX)v0y!(7|uiâ)V xac ot §1 £7rayeoyr/ç (II. Anal. ï, 1). — Twv 6z Si à. toù ô>ejxvuvat. . . to pèv £7raywyYj tari, to Sk auXXoytauô; (Art. Rhet. I, "2). Nam exempla et enthymemata illorum duorum compendiatantum Slint : 'n yotp iïtx TrapaoetypwcTwv, o tara errocyojyYi, r/ 8t bQu^yj^a- 6wv , oizep tart ervXXoytffpoç (II. Anal, i , 'I ). — «<7ti yàp to psv irapoVîeeypia èirocywyY}, to 5 èvQuptvjpa ffvXXtoytaptoç (Art. Rhet. I , 2). At quatenus ad judicium quod fit per inductionem, nihil est quod nos detinere debeat. Uno siquidem eodemque mentis opère illud quod quaeritur et invenitur et judicatur : apa t9j è-rraywyY) XauÇavstv tyjv rtov xarà fxepo; è 7r lerr^w (oaittp àvayvwptÇovTocç. Evea yàp

(*) De Augment. scienliamiu. Lib. v, cap. IV,

nient de M. de Maistre sur Aristote : « Tl n'existe, « ni chez les anciens ni chez les modernes, aucun « ouvrage de philosophie rationnelle qui suppose « une force de tête égale à celle qu'Aristote a dé-

eù8u? i'crpev (I. Anal. H , 21). Neque enim per médium aliquod res transigitur, sed immédiate : wv §1 pri lan jus'aov, Si ciraywyrî? (I. Anal, il, 23). — t% -7rpcoTv?ç xat àpéaov 7rpoTa<7£wç (II. Anal, h, 23). Eodem fere modo quo fit in sensu. Quippe sensus, in objectis suis primariis, simul et objeeti speciem arripit, et ejus veritati consentit, touto § sWrifdw §1 Inrcxyoyyriç 77 Si <x.\aQrl<7t(»)ç. — x<x\ yàp xoà <x'l<7dr)Gtç oÎitw to xa96Xou i^nzouT (II. Anal. Il, 19). Aliter autem fit syllogismo , cujus probatio immediata non est, sed per médium perficitur (rpoTrov rivcx. àvnxsjTae ri tTta.yoy^ Tw <7uaXoyeo-pw* côv juev yàp ear i pecrov, tov péaosu b avXkoy.(7^.o^ (I. Anal. II, 23).

Nous le voyons, c'est l'induction aristotélicienne. On peut s'en assurer encore en consultant les textes du Novum Organum , où Bacon décrit l'induction qu'il donne comme légitime et comme toute nouvelle [intentata).

Du reste, M. de Maistre se trompe bien gravement du même coup au sujet de l'induction d' Aristote, dont il croit démontrer la parfaite identité avec le syllogisme. « Qu'importe que je dise : Tout être « simple est indestructible de sa nature : or, mon âme est un être « simple, donc elle est indestructible ; ou bien que je dise immédia- « tement : Mon âme est simple, donc elle est indestructible? C'est « toujours le syllogisme qui est virtuellement dans l'induction. « comme il est dans l'enthymème. On peut dire même que ces « deux dernières formes, ou ne diffèrent nullement, ou ne diffèrent « que par ce que les dialecticiens appellent le lien, mais nullement « dans leur essence. )> Grave erreur. L'enthymème est un pur syllogisme , ayant positivement trois termes , dont l'un est sous-entendu clans le discours. L'induction, au contraire, manque de moyen

« ployée dans ses écrits sur la métaphysique, et noce tamment dans ses Analytiques. Ils ne peuvent « manquer de donner une supériorité décidée à « tout jeune homme qui les aura médités et coince pris. »

terme, car c'est ce qui la caractérise. L'induction est le procédé qui s'élève du particulier au général , dit Aristote. Entre le particulier et le général , où est le moyen terme? Il y a l'infini entre les deux. Aussi Aristote ne dit nullement que le moyen terme est sous-entendu dans l'induction, il dit qu'il n'y en a point. Toujours est-il qu'à travers ces deux erreurs qui se compensent, M. de Maistre se trouve avoir raison dans son affirmation générale contre Bacon. Bacon rejette l'induction aristotélicienne, c'est-à-dire l'induction telle que l'esprit humain la pratique, pour lui substituer une machine [novum oryanum) qui jamais ne produira rien.

M. de Maistre dit d'ailleurs expressément que cette forme d'induction, que nous voyons être celle d'Aristote, n'est pas l'induction ordinaire de Bacon. Cette dernière, il l'a vue et jugée avec ce coup d'œil du génie qu'il porte si souvent dans l'ensemble , lors même qu'il se trompe sur les détails.

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