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II

;;sg LES SOURCES.

Là encore les mathématiques : la géométrie est partout. La Bible L'avait bien dit : « Tout est compté, « pesé et mesuré. » Omnia in numéro, pondère et mensura. Descartes avait raison de dire : « Tout « se fait par formes et mouvements; » il avait raison d'affirmer qu'on poursuivrait dans le détail des phénomènes les lois précises de ces formes et de ces mouvements, espérance que Pascal lui-même n'osait concevoir, et qui est aujourd'hui accomplie, en grande partie du moins.

Du reste, la science avance chaque jour dans cette voie. Tout se calcule, tout est compté, pesé et mesuré. On finira probablement par soumettre à l'analyse mathématique les phénomènes chimiques eux-mêmes. N'avons-nous pas déjà les étonnants travaux d'un illustre mathématicien 1 sur les atomes, non-seulement atomes des corps , mais atomes de lumière : travaux où le génie atteint par le calcul les formes de l'atome, et leurs variations; et leur polarité, d'où résulte le jeu variable des forces dans la matière, et les variations de chaleur, de couleur, de répulsion et d'attraction ? Là se trouve bien probablement la prochaine grande découverte à faire dans les sciences : il nous faut

1 M.Cauchy.

les Kepler et les Newton de l'infiniment petit. On attend les législateurs de l'atome, comme on a les législateurs des astres.

Rien ne me semblerait plus utile, en physique, que de méditer ces questions, dût-on se borner à les poser.

Quoi qu'il en soit, une fois rattachées à la géométrie et au calcul, la physique et la chimie se rattacheront pins haut encore.

Je ne crains nullement d'affirmer , conformément à ma thèse générale sur la science comparée, qu'il faut remonter, par la physique et la chimie, à travers les mathématiques, jusqu'à la philosophie, et jusqu'à la théologie : la philosophie et la théologie, du reste, étant certainement comparables et mutuellement pénétrables.

Si nous croyons, comme l'affirme un esprit distingué qui entre dans cette voie 1 , que « toute science « qui s'isole se condamne à la stérilité ; » que « cette philosophie qui continue à la fois les

« grandes traditions de Descartes, de

« Leibniz, est capable de passer la frontière, et ;c d'entrer sur le terrain de la physique; » nous croyons de même que la physique aussi est au»

M. Henri Martin. Philosophie spiritualisie de la nature.

jourcThui capable de monter plus haut, et que cette tentative de physique et de philosophie comparées est, comme le dit encore le même auteur, « une tentative qui, un jour ou l'autre, doit réus- « sir V. »

Il faut en venir à comprendre ce qu'il y a sous cette théorie universelle des ondes, sous ces formes sphéroïdales qui sont partout, sous cette loi générale de la raison inverse du carré des distances, ce qu'il y a enfin dans toute force, Tl faut savoir s'il est vrai et visible en physique, comme cela est visible en psychologie, que Dieu opère en tout ce qui opère : que l'attraction, la lumière, la chaleur, sont des effets de la présence de Dieu, produits par lui comme cause première, et radicalement impossibles sans son action perpétuelle. Il faut voir si cette vérité théologique n'est pas impliquée dans cette étrange propriété du mouvement et de la propagation des forces, leur persistance indéfinie, sans fatigue ni altération , de sorte que le rayonnement d'une force quelconque se conserve toujours tout entier à quelque distance du centre que l'onde soit parvenue. Il faut savoir si on ne peut pas dire que Dieu, par là, a pris soin de raar*

1 Philosophie spiritual istr de la nature. Préface, p. xxn.

quer son infinité dans la force, comme il a pris soin, dit Bossuet, de marquer son infinité dans nos idées ; si dès lors on ne peut pas apercevoir le côté de la force qui est de Dieu, comme on aperçoit, en psychologie, le côté de la raison et des idées qui est donné de Dieu; comme en effet on doit finir par distinguer, clans tout ce qui est créé, le fini, qui est le créé lui-même, et l'indispensable présence de l'incommunicable infini, qui porte et soutient le fini.

Je vais plus loin ; je crois, avec l'auteur déjà cilé, qui en a montré quelque chose, « à l'accord des « conclusions légitimes de la méthode rationnelle « en philosophie et dans les sciences naturelles « avec les enseignements chrétiens sur la nature « de Dieu, sur sa providence et sur sa création \ »

Et pour vous dire le fond de ma pensée qui, au premier abord, pourra choquer bien des esprits, je suis très-convaincu qu'il est possible d'entreprendre d'une manière véritablement scientifique, ce qui a été déjà vaguement entrepris tant de fois, je veux dire d'appliquer à toute la physique et même à toutes les sciences, l'idée qui inspira Kepler dans sa merveilleuse découverte du monde

1 Philosophie spiritualiste de la nature. Préface, xx.

astronomique, et qu'il indique dans son chapitre : « Du reflet de la Trinité dans la sphère. » De adumbrationê Trinitatis in sphœrico. Si la sphère ou ses dérivés sont partout, si cette forme renferme, en effet, quelque vestige, quelque ombre du grand mystère, il s'ensuit donc qu'il y a partout vestige de la Trinité, comme l'affirmait Kepler d'après la théologie catholique.

Et, pour ce qui est de la physique en particulier, je ne dirai pas avec les Allemands, ni avec Lamen- . nais, dans son Esquisse dune philosophie , « que « toute force, quelle qu'elle soit, est un écoulement « du Père, un don qu'il fait de lui-même; que « toute intelligence, toute forme, quelle qu'elle « soit (notamment la lumière), est un écoulement « du Fils, un don qu'il fait de lui-même; que « toute vie (notamment le calorique), est un écou- <( lement de l'Esprit, un don qu'il fait de lui- « même i> et que par conséquent les trois forces de la nature sont les personnes divines. Nous dirons que si tout ce panthéisme est absurde, il renferme pourtant une vérité qu'il défigure, savoir : l'universelle présence de Dieu, et son action universelle, et la signature en toute chose de son in-

1 Lamennais. Esquisse d'une philosophie, t.i, p,338.

divisible Trinité, ce que saint Paul touchait quand il disait : « Nous sommes en lui, vivons en lui, et « nous mouvons en lui. » In ipso vivimus, movemur et s lima s.

S'il est une science que stérilise son isolement, et que vivifierait, ou plutôt que transfigurerait son union à la philosophie, et par celle-ci à la théologie, c'est la physiologie. Je ne vous en parlerai pas en détail : il en sera traité dans la suite de cet ouvrage, dans notre Traité de la Connaissance de

17 A 1 a me .

Je vous signale seulement l'état actuel de cette science. Il est tel aujourd'hui, en France, que h doyen d'une faculté de médecine, dans son cours de i85o, citait à ses élèves Helvétius, Cabanis et Condillac, comme les auteurs à consulter sur les rapports du physique et du moral.

1 Voir le Traité de ta Connaissance de l'âme, livre i, clrap. iii, et livre m , chap. m.

D'un autre côté, néanmoins, la physiologie de Burdach, Longtemps repoussée, quoique déjà traduite, commence à être appréciée par les esprits philosophiques . On fera justice des traces de panthéisme que renferme ce grand ouvrage, et on saura en exploiter les fécondes intuitions.

Burdach avait écrit un premier traité de physiologie (Blick in s Leben ?) où il cherche à montrer dans l'ensemble et les détails de la science une seule idée, celle de la Trinité. Mais ce travail ayant été taxé de conception physiologique à priori (grande injure aux yeux des physiologues), l'auteur a écrit, en conservant le plan invisible de son idée, son traité de physiologie expérimentale.

Un esprit au moins aussi profond que Burdach, mais plus exact et entièrement chrétien, c'est Schubert (de Munich). Il faut connaître surtout son livre intitulé Histoire de l'âme. Vous y trouverez de très-grandes vues de théologie, de philosophie et de physiologie comparées, sans panthéisme.

Un homme, moins spécial que les précédents, Gœrres, en physiologie, n'est rien moins que le premier auteur d'une découverte fondamentale vulgairement attribuée à d'autres. Gœrres, le premier, a distingué dans la moelle épinière les nerfs

du sentiment et les nerfs du mouvement. Or, ce vigoureux esprit a fait dans sa mystique et ailleurs d'heureux efforts de physiologie et de psychologie comparées.

L'étude de la psychologie aura pour vous, entre autres avantages, ce résultat pratique, de vous faire toucher du doigt la profonde décadence de la philosophie médicale parmi nous, de vous montrer clairement la possibilité d'une magnifique réforme, et de vous inspirer peut-être la grande pensée de l'entreprendre.

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