‹ Logique de Hâegel (volume 2)Chapitre 52 sur 80 · LXXXIX · texte numérisé non relu

LXXXIX

Ici la forme est parvenue à ce point où 1°) chaque terme est déterminé comme moyen, et par suite constitue à lui seul le syllogisme entier. Par là il a cessé d'être un terme exclusif et abstrait (§§ cxxvm, clxxxiv); 2° la médiation est achevée, mais seulement en soi, c'est-à-dire comme ne formant qu'un mouvement circulaire de médiations qui se présupposent l'une l'autre. Dans la première figure E-B-À, les deux prémisses E-B et B-A ne sont pas encore médiatisées. La première a sa médiation dans la troisième, et la seconde dans la seconde figure. Mais chacune de ces deux figures présuppose à son tour, pour la médiation de ses prémisses, les deux autres figures. Par là l'unité médiatrice de la notion n'est plus le particulier abstrait, mais elle est l'unité développée de l'individuel et de l'universel, et elle l'est d'abord en tant qu'unité réfléchie de ces déterminations. C'est l'individuel déterminé en même temps comme universel. Ce moyen amène le syllogisme de la réflexion (1).

(1) On peut voir par ce qui précède que le syllogisme hégélien a une tout autre signification que le syllogisme ordinaire. Ici, comme partout ailleurs, Hegel s'applique à déterminer la nature et le rapport des termes, et quaut à la forme et quant au contenu (logique). Par conséquent, 1° bien que Hegel se serve des expressions prémisses, conclusion, etc., il ne faudrait pas se représenter le syllogisme hégélien à la façon de l'ancienne logique, et considérer la position ou la forme des termes comme indifférente à leur signification objective et au contenu. 2° Le syllogisme doit être saisi dans sou unité, dans l'unité et l'indivisibilité du rapport des trois termes. Nous voulons dire qu'il ne faut pas le décomposer eu propositions ou en jugements, de VÉRA.— Logique de Hegel. U. — 18

Zusatz. Ce syllogisme de la quantité est présenté par les mathématiques comme un axiome à l'égard duquel,

manière à former une prémisse, puis une autre prémisse, et enfin la conclusion. Car ce n'est là qu'un arrangement extérieur et artificiel qui cache la vraie nature du syllogisme. C'est cette manière extérieure de considérer le syllogisme qui fait que le moyen terme disparaît dans la conclusion, et qu'on se représente la conclusion comme un simple jugement dont les termes ne sont plus liés que par la copule est, tandis que la vraie copule est ici le moyen terme. « Ce n'est pas ainsi, dit Hegel, que procède la nature des choses, la raison; elle ne pose pas d'abord une majeure qui exprime le rapport du particulier et du général , puis une mineure où l'individuel est mis en rapport avec le particulier, d'où l'on voit enfin sortir une nouvelle proposition. On aurait là tout au plus un agrégat de jugements, on n'aurait pas le syllogisme dans son unité. » {Grande Logique, p. 126.) 3° Les termes du syllogisme ne sont pas des termes quelconques, pris pour ainsi dire au hasard, ou liés par un rapport extérieur et arbitraire, mais ce sont des termes déterminés, quant à la forme et quant au contenu. Ici, dans le syllogisme qualitatif, le contenu est l'individuel, le particulier, etc., et la forme c'est le rapport immédiat où ces termes se trouvent placés. 4° On peut considérer ce syllogisme comme parfait quant à la forme, en ce sens qu'il exprime les différentes positions que peuvent prendre les termes; mais il est imparfait quant au contenu, puisqu'il n'est que le syllogisme immédiat et qualitatif, ce qui fait que sa forme est aussi imparfaite, en ce que les termes ne sont pas ici liés par une nécessité objective, ainsi que cela a lieu dans le syllogisme de la nécessité. — Voici maintenant les déductions de ce syllogisme. Le jugement apodictique a produit l'unité de la notion, puisqu'il a fait disparaître la division du sujet et du prédicat, et qu'il a substitué à la copule abstraite un terme concret et commun, le particulier. Mais cette unité est ici à l'état immédiat et non à l'état développé, et le mouvement du syllogisme consiste précisément à poser cette unité; il consiste à démontrer que les éléments dont se compose le syllogisme ne sont pas en réalité des déterminations abstraites immédiates, mais des déterminations qui ont des rapports entre elles, et que le moyen n'est pas un simple terme particulier vis-à-vis des extrêmes, mais qu'il contient les extrêmes comme sa propre détermination. Ce syllogisme est le syllogisme de la qualité ou de V existence (Daseyn), précisément parce que ses termes ne sont que des déterminatious immédiates et abstraites. L'individuel est un objet concret immédiat, la rose, par exemple ; le particulier est une propriété ou un rapport également immédiat, le rouge; l'universel est une détermination plus abstraite encore, la couleur. Ainsi, en prenant ce syllogisme à son point de départ, et tel qu'il est sorti du jugement apodictique, sa première figure est E-B-A. Ces trois termes ont un rapport entre eux, mais par cela même que ce sont des

NOTION. NOTION SUBJECTIVE. w275

ainsi qu'à l'égard des axiomes en général, on dit que son contenu ne peut être prouvé, et qu'il ne peut être prouvé

termes immédiats, leur rapport est le plus abstrait et le plus superficiel. Gela fait 1° que leur rapport est contiugeut et variable, et qu'ils peuvent être unis dans ce rapport, mais qu'ils peuvent aussi être unis dans un tout autre rapport, et même dans un rapport opposé, de sorte qu'en changeant le moyeu on pourra obtenir une tout autre conclusion. Par exemple, eu prenant la pesanteur comme moyen terme entre le soleil et les planètes, ou pourra conclure que les planètes tombent sur le soleil. En prenant la force centrifuge pour moyen terme, on pourra conclure qu'elles n'y tombent pas, ou qu'elles fuient le soleil. vDe l'association comme moyen terme, on pourra conclure à la communauté des biens, tandis que l'individualisme donnerait une tout autre conclusion. Si, de ce que la sensibilité n'est ni bonne ni mauvaise, on conclut que l'homme n'est ni bon ni mauvais, on aura un syllogisme qui sera exact, mais dont la conclusion sera faussa, parce que l'homme n'est pas seulement un être sensible, mais qu'il a d'autres facultés auxquelles ce prédicat peut convenir. Cela vient, comme nous venons de le dire, de ce que dans ce syllogisme les termes ne sont pas encore médiatisés, et qu'on prend dans un tout concret (le sujet) un de ses côtés, un de ses aspects auquel ou attribue une propriété également immédiate et abstraite qui lui convient. Mais comme on n'a pris le sujet que dans sa forme immédiate, il y a aussi d'autres propriétés qui lui conviennent également, et qui donnent une tout autre conclusion. Il suit de là que ce rapport a besoin d'être démontré. Mais si on le démontre par un syllogisme de même nature, on aura un syllogisme ou une conclusion qui exigera, à son tour, une nouvelle démonstration, et ainsi de suite, c'est-à-dire on aura le progrès de la fausse infinité. La médiation doit donc s'accomplir d'une autre manière, et elle doit se déduire de la nature même du premier rapport, E-B-A. Eu effet, bien qu'il soit contingent et extérieur, et qu'il contienne la possibilité d'une médiation infinie, ce rapport existe, et il veut dire que E est A ou que A est E. Et ainsi E participe de A comme il participait déjà de B, ce qui donne la seconde figure A-E-B. Par là se trouve arrêtée la série infinie des syllogismes; car, au lieu de fuir à l'infini, le syllogisme immédiat pose ce qui était virtuellement contenu en lui, c'est-à-dire il pose un nouveau syllogisme, lequel passera, à son tour, à un troisième syllogisme. Et aiusi les deux rapports de la première figure se trouveront médiatisés, E-A dans la première, et A-B dans la seconde figure. La seconde figure pose, comme nous venons de le dire, ce qui était contenu en soi dans la première, à savoir, la contingence du rapport, puisque c'est l'individuel qui unit les extrêmes. L'individuel est ici, il est vrai, un terme médiat et qui est marqué d'un caractère universel, et à ce titre c'est un moyen plus concret que le premier ; mais l'élément que la première médiatiou y a ajouté n'est qu'une

parce qu'il n'a pas besoin de preuve, et qu'il est évident par lui-même. Mais au fond ces axiomes mathématiques ne

qualité extérieure et accidentelle. Par conséquent, la conclusion de ce syllogisme ne peut être qu'une conclusion indéterminée, c'est-à-dire une conclusion particulière ou une conclusion à la fois positive et négative (jugement particulier. Voy. § clxxii). Cependant, cette conclusion amène ^e résultat que l'universel, qui est déjà l'individuel, est aussi le particulier, ce qui donne la troisième figure B-A-E. Cette figure achève le mouvement circulaire du syllogisme. Chaque terme a été, tour à tour, extrême et moyen, et tous les termes et tous les rapports se trouvent médiatisés. De plus, tous les termes et tous les rapports se présupposent, et leur unité consiste dans cette présupposition réciproque qui fait que l'un appelle l'autre et que l'un est l'autre. Mais cette unité u'est ici qu'une unité qualitative, c'est-à-dire cette unité qui fait que l'individuel est l'universel, que l'universel est l'individuel, etc., et qu'ils peuvent ainsi jouer chacun tour à tour le rôle d'extrême et de moyen. Quant à leurs déterminations ultérieures (d'être genre et espèce, par exemple), elles n'appartiennent pas à ce syllogisme. Si maintenant dans cette identité de termes on fait abstraction de leur différence et de leur déterminabilité qualitative, on aura le syllogisme mathématique ou de la quantité, A-A-A. Ce syllogisme repose sur ce prétendu axiome (voy. § clxxxviii) que « deux quantités égales à une troisième sont égales entre elles ». Cette troisième quantité serait ici le moyen terme. Mais il n'y a pas de raison objective pour que ce soit cette troisième plutôt que les deux autres; et si l'on prend cette troisième plutôt que les deux autres, cela tient à des circonstances et à des conditions extérieures, et qui ne concernent en aucune façon la nature réelle et objective du syllogisme. Lorsque, en comparant des lignes et des figures, on les pose comme égales entre elles, on ne tient compte que de leur grandeur. Uu triangle est posé comme égal au carré, non en tant que triangle, mais en tant que grandeur. Ainsi, la notion avec ses déterminations et ses différences qualitatives ne se trouve pas dans ce syllogisme. On n'y trouve pas même les déterminations abstraites et formelles de l'entendement. Par conséquent, la préteudue évidence de ce syllogisme vient de ce qu'il s'appuie sur la détermination la pins abstraite et la plus superficielle de la pensée. Cependant l'unité qui sort du syllogisme de la qualité n'est pas une unité abstraite, mais concrète; c'est un cercle de médiations où chaque médiation se réfléchit sur une autre médiation, où chaque terme présuppose et est présupposé, et où il se présuppose lui-même en présupposant l'autre. Ou, pour parler avec plus de précision, ce qu'on a ici comme résultat immédiat de la troisième figure, c'est l'universel indéterminé, mais qui, dans son indétermination, renferme l'individuel et le particulier. Cet universel, ou ce nouveau moyen, e.«*t le tout. Par là le syllogisme de ki qualité a passé daus le syllogisme de la réflexion.

sont rien autre chose que des propositions logiques, qui, en tant qu'elles expriment des pensées particulières et déterminées, doivent se déduire des pensées générales et qui se déterminent par leur vertu propre, ce qui constitue aussi leur preuve. C'est là ce qui a lieu ici relativement au syllogisme quantitatif que les mathématiques présentent comme un axiome, et que nous avons vu se produire comme le résultat du syllogisme qualitatif ou immédiat. — Il faut ajouter que le syllogisme de la quantité est le syllogisme sans forme (formlos), en ce qu'en lui la différence des éléments du syllogisme, différence déterminée par la notion, a disparu. Ainsi, ce sont des circonstances extérieures qui déterminent ici quelles sont les propositions qui doivent fournir les prémisses, ce qui fait que dans l'application de ce syllogisme on pose comme présupposé ce qui a été déjà admis et prouvé ailleurs.

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