‹ Logique de Hegel (volume 2)Chapitre 2 sur 72 · U AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

U AVERTISSEMENT

et elles sont prêtes depuis Tépoque où j'ai publié mon' Introduction à la philosophie de Hegel

Ayant exposé et discuté, dans ce dernier ouvrage, les principes fondamentaux de la philosophie de Hegel, et y ayant présenté Tensemble' du système, j'aurais pu me borner à donner la simple traduction de chacune des parties qui le composent, en raccompagnant d'un commentaire. Mais en examinant la chose de plus près, j'ai vu qu'une introduction spéciale et se rapportant directement à chacune de ces parties était indispensable, ou que du moins elle rendrait mon travail plus complet. J'ai donc fait précéder la logique, et l'introduction générale que Hegel a mise en tête de son Encyclopédie , d une [introduction , dans laquelle je me suis appliqué, d'une part, à faire ressortir les lacunes, l'impuissance et les erreurs de l'ancienne logique, et d'autre part, j'ai examiné et discuté certains points essentiels, certains principes fondamentaux^qui doivent faciliter au lecteur l'intelligence de la logique hégélienne. Quant à cette logique, je la donne* telle que je l'ai promise dans mon Introduction à la philosophie de Hegel, c'est-à-dire, je donne la traduction littérale de la logique, telle qu'elle se trouve dans ce que j'ai appelé la petite Ency dopé-die. Quelques explications sont nécessaires pour faire comprendre au 4ecteur la nature du travail qu'il a devant lui. Hegel a publié trois logiques. Il . a d'abord publié sa logique en deux volumes , dont

AvraTissEBiÉifr. m

les deux premières parties, savoir : la Science de VÊtre et la Science de l'Essence, parurent en 1812, et la troisième partie, la Science de la Notion, parut en 1816. C'est ce que j'ai appelé la Grande Lùgiqm, parce qu'elle contient les théories et les déductions hégéliennes avec tous lenrs développements et leurs détails, et dans toute leur rigueur. Un an plus tard, c'est-à-dire en 18Î7, Hegel publia une première esquisse de son système, ou la première édition de son Encyclopédie. C'est ce qiw? j'ai appelé la petite Encyclopédie. Dans cette esquisse, la logique ainsi que les autres parties du système se trouvent réduites à une suite de thèses, ou propositions sommaires dans lesquelles Hegel a résumé et condensé ses théories et ses déductions. C'était, du reste, une espèce de manuel qu'il destinait plutôt à ses disciples qu'au public, et qu'il développait et complétait soit par les explications données du haut de sa chaire, soit par la publication d'au;très grands ouvrages, tels que la Philosophie du Droit, la Philosophie de la Religion, etc. Mais il comprit bientôt, ou on lui fit comprendre qu'un tel livre était lettre close , non-seulement pour les non initiés, mais pour les initiés et ses disciples euxmêmes, et que sa pensée, déjà fort difficile à saisir, lorsqu'elle était présentée avec tous ses développements , devenait inaccessible lorsqu'elle était condensée dans quelques propositions, et enveloppée dans des formes qui sortent des habitudes ordinaires

lY AVERTISSEMENT.

du langage. C'est alors qu'il publia (1827) une seconde édition de son Encyclopédie (1) dans laquelle il ajouta une sorte de commentaire, sous forme de corollaires [Zusatz] qui suivent la proposition prin« cipale , et qui Texpliquent et la développent, mais qui ne reproduisent pas la démonstration directe et rigoureuse, et ne contiennent que des considérations exotériques , ou des applications et des exemples. C'est cette Ericyclopédiequeî'ai appelée la Grande Encyclopédie. Placé, dans le choix que j'avais à faire, en présence de ces trois logiques, c'est pour la logique de la petite Encyclopédie que je me suis décidé. Voici les raisons qui m'y ont engagé. Et d'abord une traduction littérale de la logique de la Ch^ande Encyclopédie eût été insuffisante, et cela par la raison que je viens d'indiquer; par la raison, veux-je dire, que le commentaire qui l'accompagne ne cx)ntient que des considérations extérieures et qui ne font pas suffisamment entrer dans la vraie signification, et dans l'enchaînement de la déduction

(1) Je dis une seconde édition de rEncycIopédie, mais il serait plus exact de dire , une seconde édition de la Logique de l'Encyclopédie. Car les deux autres parties de la grande Encyclopédie n*ont paru qu'après la mort de Hegel, dans l'édition complète de ses œuvres qui a été publiée par le soin de ses disciples et de ses amis. La PMlosopMe de la Nature a été éditée par Michelet, et la Philosophie de VEsprit, par Boumann, Et ces deux ouvrages ont été rédigés sur les manuscrits de Hegel, et sur les cahiers de ceux d'entre ses disciples qui avaient suivi régulièrement ses leçons.

AYERTISSEBfENT. V

hégélienne. D'un autre côté, je ne pouvais pas non plus songer à donner une traduction de la Grande Logique. Car d'abord la Grande Logique ne rentrait pas dans le cadre de ma publication, puisque c'est V Encyclopédie que je me suis proposé de publier. Ensuite, une traduction de la Grande Logique oflfre de nombreuses difficultés, et des difficulté^ qui , si elles ne sont pas insurmontables, sont cependant telles, que pour moi j'ai cru devoir, en quelque sorte, les tourner plutôt que de les aborder de front. J'estime que la Grande Logique, qui forme deux volumes compactes dans l'édition de Berlin, ne peut être rendue littéralement intelligible que par des notes perpétuelles, qui la porteraient déjà à trois volumes au moins. Mais ce commentaire ne contiendrait que l'annotation purement littérale de l'ouvrage ; car il y a des parties pour lesquelles il serait insuffisant. Par exemple , il y a des recherches critiques sur le calcul infinitésimal, sur les théories chimiques de Berthollet et de Berzélius, sur le mouvement des corps célestes , etc. ; recherches où Hegel fait l'application de ses théories logiques, et qui exigent un tra- . vail tout à fait spécial. Ce sont là les raisons qui ont dû me faire écarter la Grande Logique. Et cependant la Grande Logique est la vraie logique, et ce n'est que dans elle qu'on peut saisir la pensée hégélienne. Pour concilier ces difficultés, voici le plan que j'ai adopté. J'ai, ainsi que je viens de le

VI AVERTISSCMBNT.

dire, traduit la logique de la Petite Encyclopédie, en y ajoutant un commentaire. Dans ce commentaire, j'ai réuni, autant qu'il m'a été possible de le faire, outre mes propres explications, la Grande Logique , et la logique de la Grande Encyclopédie, soit en citant textuellement des passages tirés de toutes les deux, soit en résumant dans des notes plus ou moins étendues les démonstrations de la Grande Logique. Par là , le lecteur se trouvera dans une certaine mesure, en possession des trois logiques. Sans doute, il n'aura pas la Grande Logique avec ses déductions rigoureuses, avec ses riches développements et ses profondes applica-^ tiens, mais il en aura les grands traits et les déductions essentielles ; et quant aux détails, je crois qu'il y en a suffisamment pour celui qui voudra donner quelque attention à ce travail, et qui pos* sède l'éducation philosophique nécessaire pour aborder sérieusement et utilement de telles ques-* tiens.

Encore un mot sur la traduction. Hegel, on le sait, a son vocabulaire, ses formes et son langage. C'est naturel. Toute pensée originale et profonde se. crée son expression. Ce n'est pas qu'il ne sache employer au besoin le langage ordinaire. Quand il le faut, et là où le sujet le comporte, ou lorsqu'il veut donner à sa pensée une forme moins strictement scientifique et plus populaire, il sait

Page 1