‹ Logique de Hegel (volume 2)Chapitre 33 sur 72 · S XX · texte numérisé non relu

S XX

Si Ton considère la pensée telle qu'elle s'offre au premier coup d'œil à l'esprit, on lui accordera sa valeur ordinaire et subjective, on y verra , d'abord,

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un des modes de l'activité de l'esprit ^ une faculté placée à côté d'autres facultés, telles que la sensibilité, la perception, Timagination , le désir, la vo^ lonté, etc., et son produit, la déterminabilité (1) ou la forme de la pensée, sera le général, mais le général abstrait. À cet égard, on peut dire que la pensée, en tant que pensée active , c'est le général qui est luimême doué d'activité, le général qui se fait lui-môme, si l'on peut dire ainsi, puisque son produit est aussi le général. La pensée, que l'on se représente comme sujet, est l'être pensant, et l'expression simple qui désigne l'existence du sujet pensant, c'est le moi (2).

Les déterminations que j'indique ici et dans les paragraphes suivants ne doivent pas être considérées comme l'expression de mes opinions personnelles sur la pensée. Cependant , comme dans cette exposition préliminaire l'on no peut se servir de la déduction

(1) Bestimmtheit. Hegel emploie de préférence les mots qui expriment la puissance, la virtualité, et il en invente quand la langue lui fait défaut. Cela tient à deux causes. D'abord ces mots expriment mieux Tidée et l'infini; et ensuite, comme le mouvement de l'idée consiste à passer d'une détermination à Tautre, et d'une détermination abstraite à une détermination concrète, l'on peut considérer la détermination qui précède comme constituant un état virtuel par rapport à cellp qui suit. Je conserverai ces expressions toutes les fois que la langue me le permettra.

(2) Yoy . PUlosophie de V Esprit, et mon IniroducWm à la PhUosopUe de Hegel, chap. VI, § m, p. ^28 et suiv.

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OU de la démonstration ^ elles peuvenjt; être considérées comme de^ faits, et chacun , lorsqu'il portera son attention sur ses pensées , pourra reconnaître dans sa conscience, par la simple observation, que le caractère de l'universalité , ainsi que les autres déterminations que je vais signaler , se trouvent dans la pensée. Et, pour observer ces faits de conscience et ces représentations. Ion exige seulement qu'on ait l'habitude de la réflexion et de l'abstraction (1).

Ce qui s'offre à l'esprit, dans cette exposition préliminaire, c'est, d'abord, la distinction de la percep** tion sensible , de la représentation et de la pensée. Ce sera donc éclaircir cette matière que d'indiquer ici cette différence.

On cherche, en général, l'explication de la perception sensible dans son origine extérieure, dans les sens ou les agents des sens. Mais ce nom dH agent ne fournit pas une notion déterminée relativement à Tobjet tel qu'il est saisi par la perception. La vraie différence de la perception sensible et de la pensée consiste en ce que la détermination de la première est l'individualité (2), et comme l'individu, — pris ici isolément et pour ainsi dire à l'état d'atome,-— est en même temps

(0 II veut dire qu'il n'est pas môme nécessaira qu'on se soit élevé à la ^spéculation pure, qui est le plus haut degré de la connaissance philosophique.

(2) EinzelnheiL Dans la perception sensible, la pensée n'établît que des rapports superOciels et extérieurs entre les individus, des rapports de temps ou d'espace.

en rapport avec les autres objets, les choses sensibles sont des existences placées les unes hors des autres, et n'ayant entre elles qu'un rapport de succession' et de contiguité.

Le contenu de la représentation est bien aussi cette matière sensible , mais c'est une matière que je me suis appropriée, parce que ce contenu réside en moi, et qu'il y a revêtu une forme simple , générale et réfléchie.

Cependant la représentation a aussi pour contenu une matière qu'elle tire d'une autre source que la perception sensible, c'est-à-dire de la pensée réfléchie. Telles sont les représentations du droit, de la moralité, delà religion et de la pensée elle-même, ce qui fait qu'on ne voit pas aisément en quoi consiste la différence de la représentation et de la pensée ; car ici le contenu est la pensée qui a une forme générale, forme que d'ailleurs ce contenu a déjà reçue par cela même qu'il est dans Tesprit, et qu'il est une représentation. Mais le ^caractère distinctif que conserve la représentation, même dans sa forme générale , c'est que le contenu ' y demeure dans un état d'individualisation et d'isolement. Les représentations du droit, de la justice, et d'autres déterminations analogues, ne sont pas juxtaposées, comme des objets matériels, l'une hors de l'autre dans l'espace. Elles apparaissent, il est vrai, successivement dans le temps, mais leur contenu n'est pas soumis à la succession du temps ; il ne change ni ne passe avec lui.

Cependant ces représentations spirituelles demeurent isolées et comme particularisées dans le sujet où elles se produisent, et qui les laisse dans cet état, bien quil les renferme dans la large circonscription d'une généralité interne et abstraite (1). Ainsi particularisées, elles sont simples. Ce sont les représentations simples du droit, du devoir, de Dieu, etc. La représentation ou bien s'arrête à. cette détermination, à savoir, que le droit est le droit , que Dieu est Dieu, ou bien elle reçoit une détermination plus large, comme Dieu est le Créateur du mondey omnisciant , toutpuissant. Dans les deux cas, on ne fait qu'énumérer une série de déterminations simples et isolées, qui, malgré le lien qui les unit dans le sujet, demeurent distinctes et séparées. Ici Ton voit le rapport de la faculté représentative et de l'entendement. Ces deux facultés ne diffèrent entre elles qu'en ce que Tune , l'entendement, introduit dans les déterminations isolées des représentations les rapports du général et du

(0 Comme nous l'avons déjà fait remarquer, ce mol, le plus souvent, veut dire incomplet dans le langage de Hegel. Une pensée, une détermination est abstraite lorsqu'on en omet un élément essentiel, ou qu'on ne l'envisage pas sous toutes ses faces ; ou bien tell^ détermination est abstraite par rapport à telle autre détermination qui contient un plus grand nombre de caractères et de propriétés, et constitue, par conséquent, une détermination concrète par rapport à la première. Ici le sujet est appelé une généralité abstraite, parce qu'il ne sait pas réunir les différentes représentations qu'il contient en saisissant Télément qui fait leur rapport.

particulier, de cause et d'effet^ etc. , et par conséquent des rapports nécessaires, tandis que la faculté représentative se borne à placer les représentations Tune à côté de l'autre, et à ne les lier que d'une manière indéterminée et par la siùiple copule et (1). L'on peut dire à cet égard que la philosophie n'a d'autre objet que de transformer les représentations en pensées et les pensées en notions. C'est )à une différence qu'il importe de signaler entre la représentation et la pen*

OUv*

n faut ensuite remarquer que j si le propre de la perception sensible est d'avoir pour objet des individus placés les uns hors des autres , ces individus de-* viennent y à leur tour, des pensées et des notions. L'on montrera, dans la logique, que la pensée et le général sont d'abord eux-mêmes et puis, leur contraire, qu'ils vont au delà de celui-ci, et qu'ils y effacent le néant (2). Le langage étant Toeuvre de la pensée, il n'y a aucun mot qui n'exprime le général. Mes pensées, mes opinions purement individuelles n'appartiennent qu'à moi; voilà pourquoi je ne puis les communiquer, puisque le langage n'exprime que le général. Ce qui ne peut être nommé ni communique, les sentiments et les sensations, n'est pas ce qu'il y a de plus important ni de plus réel : c'est plutôt un

(i) Àuchy ei ou aussi.

(9) Ce&t-à-dire la négation dont le néant ou le non-ètre est la fonne la pins générale. Yoy, Logiqit^, $ uoxiv , et mon Mrodmh fûm, cb. Xn.p. IS5.

iKmoDncTioN PB nmUi, S5i

accident sans vpleur et sani» réalité. Lorsque je prcv nonce ces mots ; Yindividu, cet individu, idy à pré^ sent, j'exprime des notions générales; et bien que par tout et chacun, par cet ici et cet à présent «^ serait-ce même un ici ou un à présent sensible— on veuille désigner des choses individuelles , tous ces mots expriment le général. De même, lorsque je dis moij j'entends par là le moi que je suis, et qui exclut tous le^ autres moi; mais ce que j'appelle mot est chaque moi^ qui, comme le mien, exclut tous les autres (1). Kant s'est servi d'une expression impropre, lorsqu'il a dit que le moi accompagne toutes nos représentations , toutes nos sensations , tous nos dé** sirs. Le moi est le général en et pour soi, tandis que la communauté (2) n'est qu'une forme extérieure du général. Tous les hommes ont cela de commun avec moi qu'ils sont des moi, de même que toutes mes sen-

(0 11 veut dire que, par cela même que le mot est l'œuvre de la pensée, il en est le reflet, en ce sens que tout en désignant une chose individuelle, il garde sa signification générale et son aptitude à désigner d'autres choses semblables. Quant aux évé* nements,aux états de Pesprit purement subjectifs, accidentels et individuels, ni la pensée , ni le langage ne sauraient les exprimer.

(2) Gemeinschaftlichkait, En effet, une chose n'est pas générale parce qu'elle est commune à piusieur» autres, mais elle est commune à celle-ci parce qu'elle est générale. La généralité lui e$t par conséquent essentielle, et ne peut en être séparée, tandis que le fait de mettre en rapport , et de lier par des caractères communs las choses, ne constitue pour elle qu'un état et une forme purement extérieurs.

salions, toutes mes représentations ont cela de commun entre elles d'être miennes. Mais c'est le moi pur et qui est dans un rapport simple avec lui-même, le moi où Ton fait abstraction de toute représentation, de toute sensation, de tout état particulier résultant du caractère, du talent, de l'expérience, qu'il faut considérer. Un tel moi, c'est l'universel dans sa pureté et dans son existence absolue. Le moi est , par conséquent, la pensée en tant que sujet (1), et, comme le moi intervient dans toutes mes représentations, dans toutes mes sensations et dans tous mes états, la pensée enveloppe, comme catégorie, toutes ces déterminations , et rien ne se produit hors d'elle. '

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