‹ Logique de HegelChapitre 112 sur 137 · S CXCIX · texte numérisé non relu

S CXCIX

L'existence immédiate qlie les objets trouvent dans le mécanisme absolu contient une négation, parce

que leur indépendance n'existe que par Tintermédiaire de leur rapport, et, par coAdéquent, de leur dépendance réciproque. D'où il suit, que Texiâtence d'un objet doit être posée comme différant de Fexistence d'un autre objet (1).

(1) La notion subjective, en posant Fidentité et la nécessité, ainft! que la totalité de ses moments, a cessé d*ètre notion subjective et elle est devenue Tobjet. Le langage ordinaire emploie ce mot pour exprimer, en quelque sorte, toutes choses. Ainsi, Vêtrepur est un objet; la réalité, la substance^ etc., sont aussi des objets. Mais la conscience irréfléchie a des représentations, et elle n*a pas la notion des choses; et c'est précisément parce qu'elle n'a que des représentations qu'elle confond les notions, et qu'en confondant les notions elle emploie indifféremment le mètne terme pour désigner des choses différentes. Vétre, Idksubstancey la cotise, etc., sont des objets, en ce sens qu'ils sont enveloppés dans l'objet ; car l'objet est^ il a une substance, xmeréalité, etc.; mais ni l'être en tant qu'être, ni la substance en tant que substance, etc., ne sont l'objet, et ils ne sont des objets que dans l'objet, et après avoir traversé la sphère de la notion subjective ou du sujet. Et ainsi, la chose et les propriétés, le tout et les parties, la substance et les accidents n'ont plus de sens ici, ou, ce qui revient au même, ils se trouvent concentrés dans l'objet. A proprement parler, l'objet n'a ni propriétés ni accidents, parce que les propriétés et les accidents sont séparables de la chose et de \3i substance, tandis que dans l'objet ses déterminations particulières se sont réflé* ehies dans la totalité de l'objet, ou, si l'on veut, elles sont l'objet entier lui-même. On pourrait se représenter l'objet comme un tout composé de parties. Seulement les différences de l'objet ne sont pas desimpies parties, mais des totalités, c'est-à-dire, elles sont elles-mêmes des objets. La monade de Leibnilz est, comme on l'a déjà fait remarquer, ce qui approche le plus de la notion de l'objet, en ce qu'elle est une unité qui représente l'univers. Mais par cela même qu'elle n'est qu' une unité qui exclut tout autre

GHIMmifi. âll

bj te chitniêtM.

S ce.

L*objêt qui àiSke d^un autre objet pôSsôdè une

imité, 61 qtti se cofi^ntr e etolositétnem danê fton etistéiiee stibjeothra, la monade n'est qa*im produit de la réflexion ettérieure* n'est*à-dire, de la réfleiion qui demeuré extérieiire à la clliose, et (fûà y demeure extérieure parce qu'elle ne se fait pas, si l'cmpeut ainsi dire, avec la chose même, et qu'elle combine et réunit au basard les éléments dont la chose se compose. Cependant, si Ton eousidère que le» représentations de la monade sont les repré- SMita^ns des objets, et que,par conséquent, ses représentations sont posées en elle par d'antres objets, et que, d'un autre cftté, la monade a la faculté de s'agréger avec d'autres objets, on yerra qu'elle n'est pas cette unité qni exclut toute autre nnité, comme Ta représentée Leilmitz; et en la concevant ainsi, on aura une notion plus exacte de l'objet. -^MaintenaDt,robjetn'est d'abord que l'objet, c'est^ànlire, l'objet à l'état immédiat et in« déterminé. Mais, par indéterminé, il ne faut point entendre une indétermination.absolue, une telle indétermination ne se trou* Tant pas môme dans l'être pur qui passe daps le non^ètre. L'ob* jet n'est, par conséquent, indéterminé que parce qu'il est une totalité dont les parties sont dans un état d'indifférence et d'indétermtaiation. Or, les parties de l'objet sont essentiellement des objets. Car le sujet lui-même s'est ici absorbé dans l'objet, et il n'est qu'un objet. C'est, en quelque sorte, le moi qui est devenu à lui-même son propre objet, et qui Test deyenu avec toutes ses déterminations, ses facultés et ses rapports. Mais ce n'est là qu'un exemple, car le moi, ou les déterminations logiques dti moi appartiennent surtout à la sphère de l'idée ; et ce qu'on a ici, c'est la notion de l'objet,- et c'est cette notion qu'il faut s'slU tacher à saisir. — Ainsi donc, on a une totalité, ou unensemblé d'objets, le monde objectif, dont l'indétermination vient de ce que 1 es objets sont ici à l'état immédiat, )et partait dans ttn étatd'in*'

déterminabilité propre qui constitue sa nature et son existence. M^is comme la totalilé de la notion se

différence réciproque. Cette indifférence vient elle-même de ce qne, n'étant pas médiatisés, les objets ne possèdent pas encore cette unité négative, ce retour sur eux-mêmes qui les spécifîe et les individualise. Gela fait qu'ils peuvent être indifféremment unis ou séparés, et qu'ils sont aptes à entrer dans tout rapport» dans toute combinaison et dans tout arrangement. C'est là le moment de la possibilité qui se reproduit ici comme indifférence des objets, ou comme une possibilité qu'ont les objets de devenir d'autres objets et tous les objets. Cependant, cette indifférence et cette indétermination dont chaque objet est marqué, fait que chaque objet a sa détermination hors de lui et dans un autre objet, ce qui veut dire qu'un objet n'est lui-même qu'en étant autre que lui-même et par un autre objet, ou, ce qui revient au même, que les objets ne sont tels et ne se maintiennent qu'en se repoussant eux-mêmes et qu'en se repoussant l'un l'autre. Cette contradiction amène une action réciproque et un rapport identique des objets, la participation (Mittheilung) par laquelle les objets se mettent en communication sans se transformer (ohne ûbergehen in Entgegengesetzte ; sans passer dans leur contraire). C'est là le rapport ou le processus mécanique du monde objectif. La participation est cet élément, cette forme universelle où les objets viennent d'abord coïncider, et qui les pénètre sans les désagréger. Comme exemples de cet élément, on peut citer dans la sphère de l'esprit les lois, les mœurs, les doctrines, et dans la sphère de la nature les mouvements, la chaleur, le magnétisme, etc. Les lois, les mœurs, etc., sont cet élément universel auquel les individus participent, où ils viennent se mettre eu rapport, et qui les pénètre à leur insu. Lp mouvement, la chaleur, etc., jouent un rôle semblable dans la nature. Ce sont des agents impondérables qui pénètrent les corps et où les corps viennent se rencontrer. Cette participation des objets (au mouvement, par exemple) suppose 1" l'élément ou l'objet {/^ndraZ auquel ils participent et qu'ils se partagent, et partant la particuta'

GHIMISMB. 313

trouve posée en lui, il contient l'opposition de cette totalité et de la détenninabilité qui constitue son

risation' de cet objet dans les objets, et enfin Vinàmdmlisation de ce môme élément dans les objets; ^^ un rapport d'action et de réaction , c'est-à-dire l'action de Tobjet général sur les objets particallers,!et la réaction de ces derniers sur loi, oubienTaotion réciproque des objets particuliers par Tintermédiaire de Tobjet général; et enfiâ, 3° une égalité d'action et de réaction, égalité qui amène la cessation de Faction, et parlant le repos. Ce sont là les trois moments ou le^ trois termes du syllogisme du processus mécanique. Au fond, c'est un seul et même mouvement, une seule et môme notion qui revêt ces formes diverses et qui se réalise en se répandant, si l'on peut dire ainsi, dans les objets. L'universel, en agissant sur le particulier, le détermine, mais il se particularise et il est déterminé à son tour, et le particulier, en agissant sur l'individuel, amène le môme rapport, ce qui fait que l'individuel est l'universel et l'universel l'individuel, etc., ou que l'objet qui subit l'action, en réagissant, place dans l'autre objet sa propre détermination, et il est l'autre objet, de môme que celui-ci, en agissant sur lui, y transportait ses déterminations et était ce môme objet. £t ainsi , si les mœurs agissent sur les individus et font les individus, ceux-ci, à leur tour, réagissent sur les mœurs et font les mœurs ; et si la chaleur agit sur les corps, ceux-ci réagissent sur elle et la modifient. Cependant, l'objet qui a exercé et subi l'action n'est plus l'objet immédiat et indéterminé, mais l'objet médiat et déterminé. Dans cet état, il est à la fois dépendant et indépendant. Il est dépendant, parce qu'il est toujours ouvert à l'action d'un autre objet; il est indépendant, parce que la réaction produit en lui un retour sur lui-même, retour par lequel il se pose comme individualité vraiment objective, comme individualité qui résiste à un autre objet et qui s'en approprie l'action. C'est là ce que Hegel appelle la contradiction complètement développée (§ cxav)» parce qu'elle n'est plus la simple contradiction du positif et du négatifs de la cause et de Veffet, etc., mais la contradiction qui

314 LA SGIENGS Df Lk JiOTION.

existence. Il fait, par conséquent, eflbrt pour sup]^i-

atteint Tobjet tont entier, et qui fait que l'objet est loi-môme et tooB les objets à la fois. Ce mouvement réfléelil dé Tobjei ittr Ini-mème, c*est le centre. Le mécanisme absolu est le méeanisme des eantres. Chaque objet a un centre, et o*est le centre qui faK de lui un objet Térltable. Mais, par cela môme que les objets soBt par un côté dépendants et indéterminés, leur centre n*est qo'oa centre contingent et relatif, et qui, partant, supfkise tm eeiitre absolUf ou, pour mieui dire, leur centre est plutôt une tenâiDea vers le centre qu*un centre véritable; et cette tendaocêi c'est lé centre absolu qui la leur communique, le centre absolu qui Sil leur essence immanente, et dont ils ne sont qu*accidentel)#» ment séparés. Ainsi, Ton a des objets dépenda&ts, cootfngenls il indéterminés, et le centre absolu. Mais le centre absolu n'est tel que parce qu'il est une tmité négative, c*es^^dire que parée qu'il y a des objets qui lui sont eitérieurs, dont il est le ceAtrt» et dans lesquels il se détermine, ce qui veut dire, en d'autrei termes, qu'il n'est centre absolu que parce qu'il y a des centres particuliers dans lesquels il se partage, et dont il faitl'unité. Ainsi, la centrante absolue n'est, en réalité, ni le centre absolu, si le centre particulier, etc., mais un syllogisme dont les termes sont les objets dépendants et indéterminés, les centres particuliers et le centre absolu; ces trois termes forment trois syllogismes dans lesquels chaque terme remplit, tour à tour, la fonction de moyen et d'extrême. Le centre absolu -^l'individu ou le corps central^ réunit d'abord les individus dépendants et les centres partiou-^ liers (l'État comme moyen terme entre les individus et les asso« ciations, corporations, etc.) ; mais le centre particulier est^ à son tour, moyen entre les individus et le centre absolu (les associa^ tiens comme moyen terme entre Findiviâu et l'État, la terre comme moyen terme entre le corps central et les corps placés i sa surface) ; enfin, les individus ou les centres individuels (les individus qui composent une association, les corps placés à la surface de la terre), forment comme l'élément, la mshière d'être eitérieure du centre particulier^ et, par leurs propriétés, leur

CHIBUSME. 315

mer cette déterminabilité, et élever par là soû existence jusqu'à la notion (1 ] .

S ca.

Cet effort constitue le processus chimique dont le produit est l'existence neutre de ses extrêmes qui se trouvent à Tétat de tension (2), et qui ne sont que ce même produit dans sa forme immédiate (3). La notion,

tivité, leurs attractions et leurs répulsions, ils rattachentle centre particulier au centre absolu. Par là la centralité se trouve complètement développée. Chaque objet a un contre» et Jion-seule* ment il a un centre, mais il est lui-même centre, et comme tel il contient en lui la totalité de la notion du centre, ce qui produit en lui une tendance, un effort qui le pousse, non vers un centre, mais à se poser comme centre de tous les objets, ou comme centre absolu, qui le pousse, en un mot, à s'unir et à sUdentifler avec tous les objets. L'objet se trouve ainsi esientiellô" meiU différendéy c'est-à-dire il n'est lui-même qu'en étant es* sentiellement autre que lui-même, et son indépendance n'est plus qu'un moment abstrait qu'il doit faire disparaître. Par con* séquent, la centralité' est ici devenue un rapport d'objets placés dans un état réciproque de négation et de tension, et le mécanisme a par là disparu dans le chmisme,

{{) Und sein Deseyn dem Be^riffe gleich 2U macken, Cest^à-dire, l'objet chimique fait effort pour s'identifier à l'autre objet, et atteindre ainsi à l'unité de leur notion.

(â) Dos Pfeutrale semer gespannten ExtreiHC. Le résultat de la combmaison des objets chimiques est un produit neutre. r (3) An sich. C'est-à-dire, le produit existe virtuellement dans les objets qui sont à l'état de tension, a Le chimisme, dit Hegel {Grande Encyclop., $ ce), est une catégorie de l'objectivité, qu'on réuDjt ordinairement au mécanisme , pour l'opposer, sous la dénomination générale de rapports mécaniqu^s^ aux rapports de fi"

l'universel concret rentre par l'intermédiaire des différents objets {le particulier) dans Vindividuel [le produit) j et dans le produit il ne fait que rentrer en luimême. Dans ce processus se retrouvent aussi les autres syllogismes. L'individualité et l'universel concret sont des moyens termes, l'une comme activité qui joint les extrêmes , l'autre comme essence des extrêmes qui arrive à l'existence dans le produit.

S GCII.

Le chimisme présuppose, en tant que rapport réfléchi des objets, à côté de la différence de leur na-

mlité. Ce que le mécanisme et le chimisme ont de commun, c'est qu*en eux la notion n'existe qu'^n soi, tandis qu'elle existe ^our soi dans le but. Mais ils se distinguent cependant d'une manière spéciale en ce que, dans le premier, Tobjet est d'abord indiiïérent à tout rapport, tandis que l'objet chimique est essentiellement en rapport avec un autre objet. A mesure que l'objet mécanique se développe, il se produit, il est vrai, chez lui, des rapports; mais les rapports réciproques des objets mécaniques ne sont d'abord que des rapports extérieurs, ce qui fait que ces objets apparaissent, dans leur rapport, comme indépendants. C'est ainsi, par exemple, que les corps célestes qui forment notre système solaire sont liés par des rapports de mouvement. Mais le mouvement, en tant qu'unité du temps et de l'espace, ne forme qu'un rapport extérieur et abstrait , et les corps célestes apparaissent comme des objets qui demeureraient ce qu'ils sont, lors m^mequeces rapports viendraient à cesser. Le rapport chimique se comporte toutautrement. Les objets chimiques ne sont ce qu'ils sont que par leur différence (c'est-à-dire, parce qu'ils sont différenciés, ou différents d'eux-mêmes), et par cette tendance absolue qui les porte à se combiner et à s'identifier.

Page 1