‹ Logique et moraleChapitre 167 sur 352 · I. — INTRODUCTION : LA PELNE ET L'OBLIGATION SOCIALE · texte numérisé non relu

I. — INTRODUCTION : LA PELNE ET L'OBLIGATION SOCIALE

La peine est la sanction attachée pur la société a la violation du droit.

Le droit, on l'a vu, a été pendant très longtemps presque uniquement répressif. Et actuellement, si le droit reslitutif absorbe presque tout notre droit, il faut irder de croire que le droit

répressif ait disparu. Il sanctionne toujours les fautes, les crim ià où le droit restitutif, par sa seule force, ue réussiraitpas à imposer ses décisions, là où la loi serait violée ou ue sérail pas respectée, le droit répressif vientà son secours. L'idée de sanction, l'idée l'une pénalité pour toute révolte contre le droit d'une société,

donc très étroitement attachée à la notion de droit en général. La

conscience vulgaire é,voque même très raremenl une loi sans évoquer en même temps ridée d'une peine, si cette loi n'est pas ob Pour nous faire une idée nette du droit et de sa force coercitive dans toute société, il nous reste donc à examiner ce caractère, tju'il ;de toujours plus ou moins directement, d'être sanctionne.

922 MORALE PRATIQUH

II. — HYPOTHÈSE ERRONÉE DE LA VENGEANCE PRITES, COMME ORIGINE DE LA PEINE

« L'histoire de la peine et des doctrines pénales n'a jamais été faite que d'une façon fragmentaire... Il y a sous ce rapportdes idéea qui sont courantes et qui fournissent des formules toutes faites.

Peut-être ces formules ne sont-elles pas sans prêter à quelques erreurs. Elles présentent trop les choses en raccourci.

Tout le monde sait, ou croit savoir, que le droit pénal a commencé par la vengeance privée. A l'origine des sociétés, ce qui représente ou ce qui représenterait chez nous la puissance publique, n'apparaît pas pour tirer vengeance des crimes contre les individus .. A chacun de se défendre et de tirer vengeance des attaques dont il est l'objet. Celte vengeance des particuliers se réalise par un pur fait de guerre... Le duel est la forme primitive du droit pénal... Puis vint une époque où l'idée de paix sociale commen çait à se faire jour, où, par conséquent, les guerres privées furent considérées comme un obstacle à la paix publique; et alors la collectivité s'entremit pour les faire cesser et par suite pour obtenir des deux adversaires qu'ils consentissent à mettre bas les armes et à transiger pour un prix à payer : c'était un traité de paix qu'on leur imposait. Tout d'abord ce furent de petits traités amiables. Mais comme les adversaires n'arrivaient pas à s'entendre, la collectivité, lorsqu'elle se sentit assez forte, fixa elle-même le prix que, suivant l'offense, l'offenseur devait payer àl'oiïensé. » Ce prix, représentant la valeur de l'homme tué ou blessé, différait par la qualité de la victime : c'était le prix de l'homme, irergeld.

Cet historique est superficiel, et même erroné. La peine n'est pas sortie d'une réaction individuelle, d'une initiative privée. Ce serait d'ailleurs en contradiction avec tout ce que nous savons et tout ce qui a été dit jusqu'ici de l'homme primitif. La vengeance individuelle n'a rien à voir avec la peine. Si elle se passe à l'intérieur du clan, elle est un crime. C'est presque un instinct, c'est au moins une contrainte sociale universelle que celle qui défend de verser un sang dont on croit être soi-même. Si elle s'exerce en dehors du clan, elle engage le clan tout entier ; elle n'est plus individuelle.C'est la vendetta, et la vendetta n'est que le souvenir de la lutte de clan à clan pour venger l'insulte ou le dommage faits au clan.

Page 1