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I. — LES ORIGINES : PÉRIODE RELIGIEUSE ET TECHNIQUE

On peut désigner provisoirement sous le nom de science tout ensemble de connaissances qui se présentent comme une tentative d'explication rationnelle.

a) La science et la religion. — A l'origine, la science proprement dite n'existe pas. Les connaissances que possèdent les hommes consistent en un certain nombre de coutumes que la tradition transmet sans aucunement les justifier. Le seul titre qu'elles invoquent, c'est l'autorité. Aussi sont-elles absolument confondues avec les croyances religieuses, et les prêtres en sont les dépositaires.

b) La science et la magie. — Une première émancipation de la science à l'égard de l'autorité religieuse nous est peut-être représentée par la magie. Sauf en Chaldée et à Babylone, la magie se présente en effet à peu près partout comme en opposition avec les religions traditionnelles. Ses pratiques sont toujours secrètes et souvent considérées comme sacrilèges. Et, d'autre part, il semble bien que, si certains esprits opposent à la religion les rites magiques, c'est qu'ils trouvent que la première donne des choses une explication insuffisante. En tout cas, on a pu noter dans l'esprit général de la magie quelques tendances qui, après avoir évolué, se retrouveront plus tard dans l'esprit scientifique : l'idée que les choses sont liées entiv elles et agissent les unes sur les autres 'première intuition de l'idée de cause), et l'idée qu'il est possible à

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l'homme do modifier l'ordre des choses en agissant d'après les liaisons qu'elles ont entre elles première institution d<- l'expérimentation el

du pouvoir que la science peut donner à l'homme sur la nature . Mais la magie se rapproche dos traditions religieuses beaucoup plus encore que du pur esprit scientifique ; elle ne vise aucunement à justifier pour la raison les règles qu'elle donne. Au contraire, elle lient à rester mystérieuse.

Aussi les « affinités », les « sympathies » que la magie attribue aux choses sont-elles étranges; il est bien difficile de voir dans leur affirmation l'écho d'une observation ou d'une expérience méthodiques. La magie, restant mystérieuse dans son essence, ne peut encore s'appuyer que sur le principe d'autorité et sur la tradition, tout comme les croyances religieuses. Auguste Comte a assez justement dénommé cette période primitive où la connaissance humaine reste étroitement liée à la tradition religieuse : l'état théologique de la connaissance.

c) La science et les premiers arts. — Avec les premiers arts nous trouvons des faits qui se rapprochent beaucoup plus de ceux au sujet desquels il sera possible d'affirmer des rapports étroits avec l'esprit scientifique. Les travaux de l'âge de pierre, de l'âge de bronze, de l'âge de fer nécessitent une observation et une expérience, qui, pour être la plupart du temps inconscientes et s'être élaborées avec une lenteur que nous avons beaucoup de peine à nous représenter, ont déjà un caractère scientifique. Il est certain que les sciences sont nées des arts qui leur correspondent, par le développement de cet esprit d'observation et d'expérience.

La recherche des règles, qui permettaient d'arriver à une plus grande maîtrise dans ces différentes techniques, a conduit progressivement à la recherche des causes et des lois scientifiques. C'est pour mesurer le temps et pour s'orienter que l'homme fait les premières remarques astronomiques, pour échanger et mesurer les objets qu'il est conduit aux opérations élémentaires de l'arithmétique et de l'arpentage (géométrie), pour traiter les métaux et perfectionner les machines simples, que le hasard lui a permis de construire, qu'il est conduit aux premières observations d'où sortiront plus tard la mécanique, la physique et la chimie. Seulement le caractère primitif de ces techniques est encore tout empirique et routinier. Les artisans se transmettent des recettes qui, à côté d'éléments nécessaires et justifiés, renferment toutes sortes de pratiques bizarres.

Ces recettes sont suivies de la façon la plus scrupuleuse. Le principe d'autorité règne là encore en maître; il fait obstacle à (initiative, au progrès, aux recherches nouvelles. Toutefois l'idée

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