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III. — ÉPOQUE PRÉSCIENTIFIQUE

Au commencement de La civilisation grecque, rien ne parait changer (Hésiode). Mais, avec Pythagore^ avec les Sept Sages de ia Grèce et surtout plus tard avec Platon, Enclide et les mathématiciens grecs1, la géométrie prend son aspect scientifique à peu , définitif. La science telle que nous la définissons encore aujourd'hui a commencé. Immédiatement on essaye de donner une allure scientifique aux recherches stfr la nature.

Seulement, comme nous L'avons vu, séduits par les résultats obtenus en géométrie, l'esprit humain croit pouvoir, dans lous les domaines, découvrir quelques principes très simples, évidents par eux-mêmes, d'où l'on pourra déduire l'explication complète des objets que Ton étudie. Les Grecs ne visenl rien moins qu'à réaliser d'après cette méthode la science de l'univers tout entier, la science de (on le la nature, la science universelle.

Il faut s'attendre, par suite, à ce <|tic les recherches restent et pour longtemps encore dans une période préscientifique, car la nature est trop complexe pour qu'on puisse apercevoir immédia ment les principes q< ires el suffisants «le son explication : aussi

penseurs aous présentent-ils un véritable chaos d'ima-

ginations foutes plus aventureuses les unes que les autres a propos

sciences de la nature. Tontes les hypothèses sont à peu p essayées, mais sous une forme lié- grossière, et toujours au lieu de faire appel à L'expérience méthodique, elles se contentent d'expériences très vagues, dans lesquelles leurs auteurs croienl avoir L'intuition des premiers principes de la physique, tout comme les géomètres avaient réussi à avoir L'intuition des axiomes et des définitions préliminaires de la géométrie.

La recherche la plus systématique à propos de la nature, l'imagination la mieux dirigée, bien qu'elle reste une imagination fondée sur la méthode intuitive et non sur une méthode expérimentale tireuse, sonl présentées parla physique à'Aristote, <|ui, par les circonstances historiques, sera la physique traditionnelle jusqu'au xvT siècle. La forme de celle physique semble avoir été détenu par deux circonstances principal

1° Cherchant constamment à se représenter par une intuition dr V esprit la raison d'être des phénomènes naturels, on devail en I ver à la trouver dans les idées ^ les opinions que l'on se faisait, en

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général, de ces phénomènes. Transposée d'une façon scientifique, celte tendance devenait une méthode qui, à l'aide du raisonnement

logique, cherchait en discutant, <m opposant les unes aux autres les opinions subjectives et individuelles, à atteindre une définition du phénomène, qui pût s'imposer a. tout le monde, un concept qui semblât nécessaire et universel. Trouver une idée qui définit chaque phénomène d'une façon satisfaisante au point de Nue logique devait donc être le but de la science;

2° D'autre part, les habitudes géométriques qu'avaient contractées les penseurs Grecs, puisque la géométrie était la première science qui fût cultivée avec succès, conduisaient fatalement à ramener toutes choses à des abstractions et à dédaigner les données des sens. C'était en effet, rappelons-le, par une abstraction qui s'éJoignait sans cesse de la diversité et de la confusion présentées par l'expérience sensible, que la géométrie avait réussi à trouver quelques rapports très simples d'où l'on pût déduire par le raisonnement des conséquences de pins en plus nombreuses et complexes. Cette nouvelle raison agissait dans le môme sens que la première pour pousser le physicien à chercher l'explication des choses dans des idées abstraites, conçues intuitivement et sans l'aide directe de l'expérience, idées analogues aux notions géométriques.

Aristote, résumant ces tendances de la pensée grecque, considéra, à la suite de Sacrale et de Platon, que l'expérience sensible ne pouvait servir tout au plus qu'à fournir à notre raison l'occasion d'apercevoir par une intuition directe la nature propre des choses. La physique consistait donc à élaborer des idées abstraites, définitions de chaque phénomène, donnant la nature essentielle de ces phénomènes, et à établir entre ces idées abstraites les rapports qui leur conviennent. Mais les rapports entre idées ne peuvent être établis que par le syllogisme. La méthode scientifique se réduisait donc à une dialectique syllogistique.

Cette conception entraînait trois conséquences très importantes :

1° Un concept ne peut se définir que par ses différents attributs. La physique cherchera donc, pour les idées qu'elle se formera des phénomènes, les attributs qui conviennent à ces idées ; et les rapports qu'elle établira entre les phénomènes ne seront autres que les rapports que le syllogisme permettra d'établir entre une idée et ses attributs. Mais tout attribut exprime une qualité. La physique se réduira donc à l'étude qualitative des choses. Le monde sera conçu comme un ensemble de qualités systématiquement liées entre elles. Par exemple, il sera formé par quatre éléments fondamentaux qui sont les quatre qualités générales qui distinguent les différents corps : le lourd, le léger (ou air), le chaud (feu ou éther)

HISTOIRE DE LA MÉTHODE DES SCIEN< ES DE LA N'ATURl

et l'humide. La combinaison chimique (mixte) était considi comme L'apparition d'une nouvelle qualité, d'une nouvelle forme (car les qualités s'appelaient des formes remplaçant les autres qualités, les antres formes, qui définissaient les corps dont résultait la combinaison.

2° Par cela môme que Ton ne recourait pas à des réalités sensibles expérimentales, pour rendre raison des choses, mais ô des idées abstraites, irréelles, I"- principes d'explication ne pouvaient être qu'occultes, c'est-à-dire invisibles. Et l'imagination avait beau jeu pour inventer autant de qualités occultes qu'il lui en fallait pour expliquer les choses.

Bientôt tout fait fut expliqué par une propriété cachée, occulte, qui en réalité ne taisait que doubler d'un nouvel inconnu le fait à expliquer. 11 es! facile de comprendre combien celle méthode devait la plupart du temps rester stérile ou malheureuse.

Dans un système qui se fonde uniquement sur la considération des qualités, comment peut-on expliquer lesrapports des qualités entre elles, c'est-à-dire la cause qui fait apparaître telle ou telle qualité à la place de telle ou telle autre? 11 y a pour cela un moyen tout naturel. C'est de supposer que certaines qualités ont des affinités entre elles, par suite qu'elles tendent a s'appeler les unes les autres. C'est ainsi que s'esl introduite dans toute la physique antique et du moyeu âge L'idée de cause finale. Une transformation a lieu parce qu'un corps défini par telle ou telle qualité tend a prendre naturellement, si rien ne s'y oppose et n'y fait violence, telle ou telle autre qualité en affinité avec les premières. Il était tout naturel encore de considérer que les qualités formaient en quelque sorte une hiérarchie et que les qualités inférieures tendaient constamment à faire place aux qualités supérieures. L'univers physique était ainsi envisagé comme un système harmonieux et providentiel où, par l'effet des causes finales, toutes les transformations cherchaientà réaliser la plus grande perfection.

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