I. — DÉFINITIONS PRELIMINAIRES ET POSITION DES PROBLÈMES
On appelle certitude l'état subjectif d'un homme qui croil être en possession de la vérité. On peut être certain aussi bien d'une affirmation erronée que d'une affirmation vraie : les hommes pendant longtemps ont été cerlains que le soleil tournail autourde la terre, que la foudre était animée, etc.
On défini! d'ordinaire la vérité^ l'accord de la pensée avec les choses, l'erreur, le désaccord de noire pensée avec les choses. Rxcmple : c'était une erreur de croire que Pair était impondérable, parce qu'on se faisait de l'air une représentation mentale qui ue s'accordait pas avec la chose. Depuis qu'on a pesé l'air, on peut dire iju'il est vrai que l'air lait partie des Corps [tesants.
L'homme n'est pas toujours certain ; il doute, et, lorsqu'il doute, il évalue les chances qu'il a d'être dans la vérité on dans l'erreur. Au lieu de considérer que son affirmation est vraie ou fausse, il considère qu'elle est plus ou moins probable. An contraire de l'erreur et de la vérité, la probabilité admet des degrés. On peut même mathématiquement évaluer dans un grand aombre de cas la probabilité /-aïeul des probabilités). On estime ainsi le nombre des chances de véi ité et d'erreur.
On distingue encore la vérité absolue et la vérité relative. La vérité absolue, serait la vérité indépendante de toute condition. valable pour tons les êtres, dans tous les temps et dans (ous les lieux (nécessaire, éternelle et universelle). — La vérité relative au contraire la vérité sous certaines conditions. Etant donné le mouvemenl de la terre, il est vrai que l'on voit les étoiles se déplacer. D'ordinaire cette expression : vérité relative, est employée pour désigner la vérité qui dépend de notre constitution humaine et n'est par suite valable que pour nous (doctrine de la relativité de la connaissance).
Le problème delà certitude est très complexe. Il comporte une partie psychologique : description de l'état de certitude et de l'état de doute, du sens psychologique de ces mots : vérité et erreur, conditions générales de la connaissance (Voir Théorie de la perception et surtout du jugement)', — une partie métaphysique : l'homme est-il capable d'atteindre la vérité et quelle est la valeur de ce qu'il appelle vérité (Voir Théorie de la connaissance) ; — même un problème moral (valeur morale de la recherche du vrai); — enfin, une partie logique qui nous intéresse plus spécialement ici.
Le problème logique de la certitude peut ainsi se formuler : Etant donnée notre organisation psychologique quelle qu'elle soit et la valeur métaphysique ou morale de la vérité, quelle que soit cette valeur, c'est-à-dire étant donné le sens usuel des mots : certitude, erreur et vérité, en quoi consiste la vérité et à quel signe reconnaissons-nous la vérité ? Nous nous plaçons à un point de vue purement pratique et humain.