II. L
îSg LES VERTUS INTELLECTUELLES INSPIRÉES.
l'homme : il est Dieu même incarné dans l'âme et le corps ; il est l'homme assumé en Dieu, il est la nature élevée jusqu'à l'union substantielle et personnelle à Dieu. Voyageur sur la terre, il connaît le temps, et immuable en Dieu, il voit l'éternité. Il est, plus véritablement que Leibniz ne l'a dit de chaque homme, un composé de temps et d'éternité. Il sait ce qui passe, il sait ce qui demeure, il sait l'union et le rapport de l'un à l'autre. Il est donc toute sagesse, et il a toute sagesse, et il est le modèle
de toute science.
Entrez dans le détail du dogme sur ce qu'est
Jésus-Christ ; voyez si tout n'y exprime pas les lois
essentielles de la science.
11 n'y a dans le Christ qu'une personne, et cette
personne est Dieu. .le vois ici la première loi de la science, de ce que j'appelle la science pleine et la sagesse totale. Dans le Christ, la personne du Verbe n'est ni la substance de l'humanité, ni le sujet d'eu émanent les actes humains, mais bien le terme de l'union des deux natures divine et humaine'. De même pour la vraie science à la fois divine et hu-
. PersonamVerbi non esse respectu humanitatis insUr subj.M'li nnod humanitatem sustentet velut accidens, sed instar tet mmi. Tatous eTusn,odi cuniunctio ia unam substautiau. ac ,.er.un.n desinit. (Perrone. De Inmmutione, Pars 11, cap. in.j
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maine. La science entière, toute la science tend à Dieu, cherche Dieu et se termine à Dieu. Tant qu'elle ne se termine pas à Dieu, elle n'est pas science. Tant qu'on n'a pas trouvé Dieu, on n'a pas la science même : on ne connaît pas ce qui est, et ce qui est nécessairement, absolument; on ne connaît pas le rapport du contingent à ce qui est nécessairement, absolument. Les sciences diverses, partielles, abstraites et séparées ne sont pas la science. Elles sont comme cette géométrie dont parle Platon, qui serait la science, si elle était rattachée à son principe. Toutes les sciences partielles, toutes les vérités de détail peuvent et doivent être rattachées à leur principe, à leur centre commun, qui est Dieu. Alors seulement la science existe.
Mais ce n'est pas tout. Il ne suffit pas pour la science, pleine et totale, que la raison soit parvenue à Dieu, à travers Tâme humaine et le monde, et ait tout rattaché à ce que nous nommons le degré inférieur de l'intelligible divin, tel qu'il est dans l'esprit de l'homme; non, alors même, il reste encore, d'après tous les vrais philosophes, un abîme à franchir; il faut, selon Platon, que la raison arrive au terme du procédé ; il faut, selon saint Augustin, que la raison aille à sa fin, à sa fin dernière, comme
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le précise saint Thomas d'Âqui». U faut, pour qu'il y ait science pleine, telle que l'âme la désire, il faut que la raison soit parvenue à sa (in dernière, ce qui a lieu lorsqu'elle ne se rapporte plus seulement à la lumière naturelle, et no s'y termine plus ; il faut qu'elle se rapporte aussi et se termine toujours à la lumière surnaturelle, c'est-à-dire à Dieu même personnellement présent dans l'âme, par l'amour, la grâce et la foi. De sorte que la vraie science doit se rapporter tout entière à Dieu, non pas à Dieu connu par abstraction, mais à Dieu connu par lui-même : au Dieu substantiel, personuel, en rapport vivant et direct avec l'âme. La vraie science n'a que ce seul terme, cette seule lin d.inière ; elle n'a pas d'autre centre, d'autre unité. Donc, dans la science comme dans le Christ, il mdoit y avoir qu'une personne, la personne mènu'
du Verbe divin.
Mais alors, dira-t-on, Dieu dans la science agit seul ; il est tout ; l'homme n'agit pas etn'est plus rien. Atlendezet voyezcequele dogme enseigne sur Jésus- Christ : « Il y a en Notre- Seigneur Jésus-Christ une . seule personne, qui est divine, et deux natures, « nature divine, nature humaine. Il y a en Jésus- « Christ deux natures entières, distinctes, qui ne « peuvent se confondre en rien. Il y a en Jésus-
« Christ deux volontés , deux naturels principes « d'action, l'un divin, l'autre humain, que l'on ne « doit pas plus confondre que séparer. Jésus-Christ « est parfaitement Dieu, parfaitement homme ; il a « une âme humaine douée de raison, et un corps u humain né de la femme. xTout le plan de la science est là. La science totale a deux natures, l'une divine, l'autre humaine, que l'on ne doit pas plus confondre que séparer. De sorte que les philosophes, qui, parmi nous encore, soutiennent que la philosophie et la religion ont le même fond et ne différent que par la forme, méconnaissent cette loi essentielle des deux natures, entières, distinctes, qu'on ne doit point confondre [duœ naturas integrm, distiiictœ, inconfussè). Et ceux qui ne veulent pas que la philosophie et la religion vivent dans un même ensemble, soient rapprochées, comparées, et unies dans une même science et dans une même sagesse, comme dans les deux grands livres de saint Thomas d'Aquin, et dans tous les écrits des Pères; ceux-là méconnaissent l'autre loi : « deux naturels principes d'action, qu'il ne faut « pas plus séparer que confondre {duœ naturales « opcraliones indwisœ, inconfussè). » Et ceux-là, surtout, se tromperaient par un étrange renversement, qui méconnaîtraient à la fois ces deux lois;
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et qui, tout en affirmant d un côté que la pliilosophie et la religion ont un même fond commun, soutiendraient en même temps qu'il les faut sépareren pratique et en spéculation l C'est justement le contraire qu'il faut dire : ne point confondre et ne pas séparer. Ne point confondre ce qui est radicalement distinct comme le fini et l'infini, comme le créé et Tincréé, et ne point séparer ce que Dieu veut unir dans l'unité de sa personne. Grande leçon pour l'esprit humain !
Mais de ce qu'il y a en Jésus-Christ deux natures et deux naturels principes d'action radicalement distincts, il s'ensuit, s'il est le modèle de la science, que la science s'égare entièrement, lorsqu elle prétend tout ramener à un point de départ unique, à une unité homogène, consubstantielle. Cest le travers d'un grand nombre d'écoles. De faux mystiques ont prétendu tirer la science entière de l'inspiration intérieure, ou des articles de la foi chrétienne, ou de la Bible. Il est des logiciens plus ineptes encore, qui ont prétendu tout déduire des premiers principes rationnels. Et, sous nos yeux, les sophistes contemporains, Hegel et son école, entendent déduire le monde entier, toute la nature et toutes ses lois, et tous ses phénomènes, de leur premier principe logique, qui est leur
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Dieu, tel qu'ils le font. Us ont essayé l'entreprise, ils ont construit un monde par cette logique, et lorsque la nature ne s'est point accordée avec leurs déductions, ils ont soutenu que la nature s'était trompée, ils l'ont écrit, et les textes subsistent. Toutes ces aberrations viennent manifestement de te que l'on ignore le mystère des deux natures. Le corps du Christ, comme l'ont soutenu des hérétiques, n'est point tombé du ciel. Il n'est point composé de je ne sais quelle matière céleste : il est humain, il est né de la femme [Chris tl corpus non a cœ/o delapsurn est^ neqiie ex vœlesti substantia amsistens^ sedest hiunanum nique ex virgine maire vonceptum). Le Christ est un divin fruit du ciel et de la terre. Quand il naît, le Prophète s'écrie : ce La vérité s'est élevée de la terre, et la justice est « descendue du ciel; et la terre a donné son fruit. « {/e ri tas de terra or la est^ et justifia de cœlo « prospexit : terra dédit fructuni suunu) » Ainsi de la vraie science : elle naît du ciel et de la terre; son corps ne descend point du ciel ; son corps naît vraiment de la terre. L'âme humaine le conçoit en regardant la terre, par les sens que Dieu lui a donnés, par la raison qui vient de Dieu. Non, dans la science. Dieu n'est pas seul acteur, ainsi que s'exprime Leibniz; l'âme de l'homme agit par les sens
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et par la raison; de même qu'en Jésus-Christ il y a une âme raisonnable douée de raison, ainsi quun corps humain doué de tous les sens de Thomme. Seulement rien ne doit être séparé de Dieu ; rien ne doit tendre qu'à lui seul. Tout se rapporte à Dieu, tout se termine au Dieu vivant et personnel, présent par la grâce et lamour : car dans le Christ, tout se termine, s'adapte, se rapporte, se continue en son unique et divine persoime.
Il «y a pas jusqu'au beau mystère de la naissance du Christ, né de Dieu dans le sein d'une vierge, qui n'ait son reflet dans la science. Car, je vous prie, d'où vient l'erreur, et à quelle condition l'âme de l'homme, sa raison et ses sens saurontils éviter Terreur, et rapporter à Dieu toutes les données des sens et de la raison? Disons-le, c'est à la condition de la virginité intellectuelle.
Nous l'avons enseigné en d'autres termes au commencement de la Logique, en parlant des causes de Terreur. Toutes les données premières sont vraies, disions-nous; toutes viennent de Dieu, celles même qui viennent de lui médiatement par les sens et par la raison. Dieu ne sème que bon grain dans son champ, dans le champ intellectuel de notre âme. C'est Thomme qui sème l'ivraie. Il faut donc, pour éviter Terreur, que Thomme ne sème rien, et que
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Torigine de la science , l'acte premier de la fécondation soit de Dieu seul. Dieu seul semeur! alors il n'y a point d'ivraie. Si Thomme donc ne prétend pas être père de la science, mais en être la mère seulement, mère vierge sous la seule influence de Dieu, de Dieu parlant par la nature ou par luimême ; alors la science entière est pure , immaculée et remonte à Dieu sans erreur. Et le fruit de votre pensée n'en sera pas moins fils de Thomme , quand, sans en être père, vous en serez mère seulement.
Vous le voyez , tout a son sens et son analogie philosophique dans les formules du dogme. C'est que Notre-Seigneur Jésus-Christ est véritablement le modèle de la science ; c'est qu'il en est le plan , le but, l'objet, le terme; c'est qu'il a dit : « Je suis « la Vérité. » Mais il a dit aussi : « Je suis la Voie. »
Oui, Jésus-Christ crucifié est la voie. Il est la voie, la droite voie , la méthode de la science. Platon n'a-t-il pas dit : « La véritable méthode, c'est la MORT ? )) Méthode morale , méthode de la sagesse
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pratique pour purifier la volonté; méthode logique pour déployer rintelligence, et mener à sa double fin la raison ; méthode logique universelle , et iiiéme géométrique , pour passer de tout phénomène à l'essence, de tout lait à l'idée, de tout fini H Tinfini, el de toute chose à lUeu, qui est le but unique de la raison; méthode de toute science et de tout progrès naturel; voie et méthode unique de toute élévation surnaturelle de l'Ame , de l'esprit et du corps.
Est-ce que la méthode morale peut être autre que le sacrifice et la croix? Est-ce que l'amour n'est pas toute la morale et toute la loi? Est-ce qu'il y a d'autre obstacle à l'amour , naturel ou surnaturel, ou de Dieu ou des hommes, que l'égoïsme non sacrifié? Est-ce que toute impression , toute sensation, tout désir, toute émotion de la vie, tout battement de cœur n'est pas double, et ne dit pas, ou ne doit pas dire : Dieu et moi : lui et moi? Mais que dit l'injustice et le mal? Moi; moi d'abord; lui, lui Dieu ou prochain , lui après moi. Et que dit la justice et l amour? Lui avant moi. Là est toute la racine et tout le nœud de la morale. Chaque volonté répète habituellement l'une de ces deux fondamentales propositions. Que faut-il donc? Sacrifier ce moi qui s'élève , qui se place d'abord
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avant tout , qui est excessif , monstrueux , qui se croit plus grand que le monde , qui se préfère à toute l'humanité, qui se préfère à Dieu. Hâtez-vous, ne laissez pas grandir eu vous l'épouvantable monstruosité. Prenez la croix , suivez Jésus-Christ crucifié, anéantissez le mal , qui est vous-même, vous dans votre état faux; il vousena donné l'exemple. En un sens vrai , il s'est anéanti lui-même {seniet- Ipsum exinaidvit). Anéantissez donc en chaque émotion delà vie, dans chaque battement du cœur, donné de Dieu pour retourner à Dieu et à l'amour, anéantissez radicalement l'obstacle satanique, la limite coupable, qui prétend détourner et arrêter la vie en vous, sans la laisser jaillir eu Dieu; anéantissez l'obstacle d'égoisme, qui, comme le dit l'Apotre , engloutit la donnée divine dans la concupiscence; coupez et retranchez la différence entre votre volonté propre et celle de Dieu. Soyez libres, dégagez-vous. Prenez, par ce retranchement, l'étendue et la dilatation d'un cœur, qui veut et aime comme Dieu et avec Dieu. Opérez la circoncision de tout mouvement de ce cœur, afin de retrancher l'obstacle et la limite , et permettre à ce petit mouvement , qui allait s'épuiser en vous , de s'élancer dans l'infini de Dieu.
Anéantir en tout l'obstacle et la limite, pour tout
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porter à l'infini, c'est bien la voie et la méthode. C'est la méthode dans le temps , dans le mal et la lulte, dans cette époque du sacrifice sanglant. Ce sera la méthode et la voie dans l'éternité , au sein de la lumière et de la vie , lorsque toujours uni à l'éternel et perpétuel sacrifice , tout cœur , par un sacrifice non sanglant d'adoration , de louange et d'amour , dans chaque flot de lumière et chaque mouvement venant du cœur de Dieu, aimera Dieu plus que lui-même et plus que tous les hommes. Lui donc, lui Jésus crucifié, est bien en vérité, par sa croix même et par son sacrifice , la méthode et la voie, voie théorique et voie praticpie du bien et
de l'amour.
Mais est-il en même temps la méthode de l'esprit , la voie, la loi de l'intelligence? Jésus-Christ crucifié est-il l'objet réel , l'objet vivant que doit imiter et calquer la logique des intelligences qui veulent aller à la vérité? Qu avons-nous donc montré dans tout ce qui précède , si ce n'est que l'esprit de l'homme, qui a deux procédés, l'un pour s'étendre dans sa lumière actuelle , en a un autre , pour s'élever, dans la lumière possible, à ce qu'il n'avait pas j pour voir, hors de soi , ce qui est; pour voir dans la périssable nature réternelle loi, en s'élevant plus haut que la nature -, pour entrer
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dans l'essence de la loi, et reconnaître en elle le caractère sacré de l'infini : pour lire Dieu dans toute créature, pour épeler dans la vue de notre àme les perfections de Dieu. Pour tout cela, il faut une chose : effacer la limite, abstraire, effacer l'accident : séparer dans toute donnée contingente 'et individuelle, tout ce qui vient de la limite et du tini, séparer cet élément mobile, qui voile la loi, sa permanence et son infinité, et l'éternelle idée de Dieu : effacer un instant, par la pensée, cet élément mobile pourvoir l'idée de Dieu, dont il est l'effet et l'image, c'est la méthode métaphysique aussi bien que géométrique. Sans ce calque logique (In sacrifice, lud passage à aucune idée à parlir d'aucun fait; plus d'idée, plus de loi, plus rien d'universel ni d'infini: en un mot, plus de vérité; ni perception simple, ni affirmation générale, ni loi, ni cause, ni Dieu, ni Être. L'intelligence même est éteinte. Elle ne peut vivre que par l'imitation telle quelle du sacrifice et de la croix, par le loi;ique sacrifice de tout être créé à Dieu.
Mais si l'intelligence, comme il est surabondamment démontré, ne s'élève à la vérité qu'autant que notre volonté s'élève au bien, Jésus-Christ, par sa croix, est donc à la fois la méthode et la voie qui mène au vrai. La volonté n'allant au bien
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que par la croix, l'intelligence n'allant au vrai qu'avec la volonté, et n*y allant elle même, de son côté, que par quelque imitation de la croix, il est visible que Jésus crucifié est deux fois, par sa croix, la méthode et la voie.
Et il est, en un autre sens encore, la méthode et la voie, en ce sens qu'il nous donne d'avance Tensemble et le plan de la science, afin d'éviter toute erreur. Car, après la séparation de l'intelligence et de la volonté, source |)rincipale de l'erreur, il n'y a nulle source d'erreur aussi féconde que ce qu'on peut nommer les méthodes exclusives. Voulez-vous, dit saint Jean, discerner les esprits ; vous les reconnaîtrez à un seul signe : tout esprit qui divise Jésus-Christ vient du mal. Eh bien, que font tous les sophistes et tous ceux qui se trompent? Ils divisent Jésus-( christ, ou ils s'efforcent tout au moins de le séparer de sa croix.
Essayez de chercher la sagesse et de philosopher en divisant le Christ, lui qui est le vrai monde abrégé, Féternel plan de Dieu : essayez de prendre à part son corps seul, séparé de son âme et de sa divinité, vous n'avez plus que des atomes, sans lien ni sens ; ce n'est plus le corps du Christ ; ce n'est plus même le corps de Thomme ; c'est la plus grossière des erreurs, la plus inepte des méthodes. La
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secte est très-connue, et ne mérite pas même ici
d'être nommée.
Essayez de prendre son âme, l'âme raisonnable seule, séparée de son corps et de sa divinité : vous n'avez plus ni Dieu ni homme; car,-comme le dit supérieurement le docteur angélique, l'âme à part n'est pas l'homme {nnima non est homo). Il y a telle philosophie qui s'écrie : Point de ciel, point de terre; point de lumière surnaturelle, point de lumière des sens; point de théologie, point de mathématique ni de physique ; l'âme seule, la psycholo«^ie seule! —O Psyché! ô statue! où donc est le sang humain dans tes veines? où est le feu divin dans ton cœur et tes yeux?
Essayez de prendre la divinité seule, séparée de l'âme et du corps; que ferez- vous, pauvre homme, de ce mot, que vous aurez dans votre tête, éclairé de son sens, j'y consens, de ce mot : Divinité? Est-ce que vous déduirez de ce grand mot l'homme et le monde? Est-ce vous qui essayerez de reproduire, comme les sophistes contemporains, l'œuvre de la création? Est-ce vous qui, dans votre idée abstraite de Dieu, fixée dans votre entendement par le mot Dieu, être absolu et infini; est-ce vous qui saurez lire directement et face à face l'idée divine de l'homme et de la création ? Vous prétendez
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voir Dieu lui-même, sans lame, sans le corps de Dieu incarné; mais, vous le savez, cVst là le grand écueil, le grand orgueil, le grand abîme. De votre idée abstraite de Dieu, vousnepouvez tirer qu'ellemême et ce qui lui est identique. Et comme vous êtes d'ailleurs un homme vivant sur terre, et qu'il vous faut nécessairement rendre raison de la terre et de Thomme, vous viendrez dire: Le monde c'est Dieu, et Dieu c'est moi. Ou bien, si vous comprenez que votre idée abstraite de Dieu est creuse eu sa substance, quoique mathématiquement certaine dans sa forme, vous direz : Dieu n'est pas, ou Dieu n'est rien, ou l'être et le néant sont la même chose, et sont ensemble le principe de toute chose.
Mais je veux bien que vous ayez pris pour objet l'âme raisonnable et Dieu, en ôtant seulement le corps d'une part et de l'autre Dieu incarné dans l'Ame et dans le corps. Vous distinguez parfaitement Dieu de l'âme, j'y consens; et vous n'êtes plus ni panthéiste, ni athée; mais qu'étes-vous et que pouvez-vous? Privé de corps et de l'humble méditation du monde des corps, signe sensible de la vérité, privé de grâce surnaturelle, des forces et des lumières du Saint- Esprit, vous n'êtes plus qu'un pasteur réformé d'un culte sans sacrements et inévitablement socinien. Vous n'avez plus que la pa-
role, la raison seule, le raisonnement et la morale humaine, sans régénération surnaturelle, sans grâce et sans révélation. Vous parlez bien, mais vous ne donnez pas la vie, ni celle qu'apportent les sacrements, ni celle que peut donner l'effusion libre du Saint-Esprit. Vous ne régénérez point de l'eau et de l'esprit ; vous n'entrez point et ne faites point entrer dans le royaume des cieux.
Enfin essayez seulement de séparer Jésus-Christ (le sa croix : vous aurez devant vous l'idéal, l'idéal complet , mais vous ne pourrez y atteindre. 11 n est pas mort pour vous : du moins vous ne le croyez pas ; et vous, vous ne mourez pas avec lui. \ ous n'êtes pas enseveli avec lui dans la mort par le baptême {consepulti cum illo per baptismum in morlem). Catéchumène non baptisé, qui ne voulez pas l'être, pour abuser de la vie plus longtemps, vous ne savez pas les mystères et n'y pouvez participer ; vous n'avez pas mangé la chair du 1 ils de l'homme, vous n'avez pas la vie en vous : vous ne savez pas même ce que veulent dire ces mots.
Telles sont les âmes et les intelhgences idéalement chrétiennes, mais sans pratique, et privées de la foi substantielle dont parle saint Paul, qui est, dit-il, le commencement de la vie éternelle. Ne lU L. 18
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dites pas : Je ne divise pas Jésus-Christ. J'admets le Christ entier : son corps, son sang, son âme et sa divinité. Oui, mais vous le séparez de sa croix. Vous ne comprenez pas sa mort pour vous, vous ne comprenez pas la vôtre en lui : surtout vous ne k voulez pas. Eh bien, ici est le point critique. Ici le grand passage. Ici s'arrête toute philosophie, même platonique, même devinant Faurore évangélique, même moderne, et appuyée de l'Evangile et de sa lettre, et même de son idée. Voulezvous, oui ou non, porter sa croix? Vous êtes ou n'êtes pas son disciple. Voulez-vous, oui ou non, mourir en lui, uni à lui, par le sacrifice de la croix? Vous entrez ou vous n'entrez pas dans la lumière vivante et substantielle, dans le plus haut degré de l'inteUigible divin. Votre raison ne va pas à sa fin dernière, ou elle y va.
C'est ainsi que Jésus-Christ, et Jésus-Christ crucifié, est seul la voie, la méthode, toute méthode, même la méthode logique, pour arriver à la vente. Et surtout on ne franchit le passage de l'intelhgible inférieur à Tintelligible d'en haut que par l'union réelle, pratique, d'intelligence et d'âme à Jésus- Christ, et à Jésus-Christ crucifié.
Ici un nouvel horizon se découvre : vous le voyez, il n'est pas seulement la vérité, il n'est pas
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seulement la voie et la méthode; il est bien plus encore, il est la vie, la vie qui donne la force de marcher dans la voie et d'arriver à la vérité.
(]ar, je vous le demande, qui vous donnera la force de porter la croix et d'accepter la mort ? Or la croix, le sacrifice et la mort, c'est la méthode, nous l'avons amplement montré.
La science ne saurait naître que dans l'àme sacrifiée et devenue conforme au Christ par la mort volontaire, dans l'âme qui, par la pratique morale et intellectuelle de la croix, sait retrancher tout obstacle au retour vers Dieu à partir de toute impression , à partir de tout mouvement d'esprit, d'Ame ou de corps. Est-ce vous qui saurez vivre dans cette habitude de la mort? Mais est-ce vous qui saurez trouver en vous-même cette vie meilleure que les mystiques appellent la vie ressuscitée? Est-ce vous qui parviendrez, par quelque imitation logique du sacrifice, aux régions de la science abstraite, à la fin naturelle de la raison? Est-ce vous qui saurez vous élever jusqu'à sa fin dernière, et entrer dans le commencement de la vie éternelle que donne l'union à Dieu, par l'amour et la foi? 11 y a là un abîme que celui-là seul peut combler qui est lui-même la vie, un abime qui ne sera comblé en vous , que si lui-même vient vivre en
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VOUS ; sll vous donne d'être uni à sa croix et à son sacrifice, de mourir avec lui, d'être enseveli avec lui par Tesprit du baptême, d'anéantir en vous, ainsi qu'il s'est anéanti lui-même, tout obstacle, toute limite mauvaise ; s'il vous donne de briser, pour rétendre indéfiniment, toute limite naturelle qui empêche de grandir en Dieu et d'entrer dans son infini; d'aller de la vie naturelle, temporelle, divisée, qui passe toujours et oscille toujours, à lu vie pleine et éternelle, simultanée et rassemblée. Or il faut quelque commencement implicite de la vie éternelle au fond de Tâme [inchoatio viiœ œUr- Nw)j pour que, dans notre esprit, puisse luire quelque rayon de l'intelligible suprême. De sorte que la fin dernière de la raison, le terme suprême de la science, d'où la vie doit descendre sur tous les détails de la science, n'est en aucune sorte abordable que par le Clirist vivant en nous. U est de toute impossibilité qu'un homme, ou une nation, marchent dans la voie de la science pleine, de hi sagesse totale, si Jésus-Christ n'habite dans cet homme et dans cette nation par la grâce et la foi. Si vous ne vous nourrissez pas de la chair du 1 ils de l'homme, dît le Seigneur lui-même, vous n'aurez pas la vie en vous. Toute nation, tout homme qui rejettera Jésus-Christ de son sein, rejettera la
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vraie vie scientifique. Les faits, d'ailleurs, le montrent. Mais si la civilisation moderne se maintient dans la foi chrétienne, si l'esprit de la foi vivante recommence, comme il semble, à se réveiller en Europe, nous en viendrons à ce que les saints ont appelé « la vraie science des chrétiens ». Il y aura «ne inspiration réelle du Christ demeurant dans nos cœurs et dans le cœur des sociétés, une inspiration réelle de Jésus-Christ pour la formation de la science, de la science telle que la cherche l'humanité depuis le commencement. Lui qui a dit : « Je suis le cep et vous êtes les branches ; sans moi, « vous ne pouvez rien faire ; mais demeurez en (c moi, si vous voulez porter beaucoup de fruits; » lui qui a donné ce conseil principal au monde et à chaque homme, à l'àme entière, à sa volonté prise à part, dans sa lutte pour le bien, et à Tintelligence prise à part, dans sa recherche de la vérité; lui, dis-je, qui a fait cette promesse, la tiendra, si notre intelligence s'attache à lui, demeure en lui, et tire sa sève de ce cep divin, cœur et vie de la
science.
Et, selon nous, ce cœur delà science a déjà laissé voir son travail dans la création de la science moderne. La science, la vraie science de la nature est toute moderne, et, de fait, la force vive qui l'a
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produite est toute théologique et s est manifestée par des actes de foi. Kepler qui a créé l'astronomie, qui le premier a contemplé l'œuvre de Dieu dans le ciel visible, Kepler était manifestement animé dans toutes ses recherches par la foi la plus vive. Nous l'avons vu. Colomb, qui le premier a vu la terre entière, était poussé par la foi élevée jusqu'à l'enthousiasme. Quant à Tidée de l'infini, elle a été peu à peu dégagée par les saints, par les mystiques et les théologiens. Les chrétiens seuls, ce semble, quelques penseurs Font affirmé, pouvaient créer le calcul infinitésimal, levier universel des sciences de la nature visible. Leibniz, chrétien lui-même, catholique de cœur et d'esprit, Leibniz était poussé par tout son siècle. Cest donc un grand siècle chrétien, vivant de foi, qui a créé la science de la nature, inconnue avant lui. Nous sommes fermement convaincu que , sans les secrètes impulsions de Celui qui est la vie de la science, toutes ces grandes découvertes qui domptent la nature physique ne pouvaient avoir heu. Mais ce n'est là que le commencement du travail de ce cœur divin de la science. Il a commencé par le moindre, par la nature physique , corps terrestre de la science totale ; et si Ton ne voit pas encore les invisibles artères qui rattachent tout le
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corps à ce cœur et toutes nos sciences à Jésus- Christ , c'est sans doute qu'il en est de la science comme il en est du développement de notre corps. L'œil de l'observateur voit quelquefois, dans l'embryon , les organes se former à la circonférence, pendant que le cœur bat à part de son côté. Mais on ne voit encore, entre ce cœur et ces organes où coule déjà du sang, aucun passage du sang à travers les artères et les veines. Notre corps, d'ailleurs, se développe comme en trois sphères distinctes ^ : la plus centrale d'abord, puis la plus extérieure ; le lien n'arrive qu'en dernier Heu.
Or la théologie catholique, cœur de la science, a été développée par l'Église, pendant l'avant- dernier grand siècle chrétien, que représente le docteur angélique. Au dernier grand siècle chrétien a paru le corps de la science, sa circonférence extérieure. Le lien, sans doute, se développera un jour; ce s( ra l'œuvre du prochain grand siècle. Ce lien, c'est la philosophie, qui montrera comment le cœur envoie par ses artères la vie à tous les points du corps, et comment tous les points, par leurs veines, renvoient au cœur leur sang pour qu'il soit vivifié. Alors enfin se déroulera aux yeux le plan
Les trois feuillets concentriques de rembryon.
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complet de la science chrétienne. Alors seulement la science pleine aura commencé sa vie dans le monde. Sans doute il faut, pour cela, que la philosophie sache la théologie, et la physique et la géométrie. Sans doute un seul homme ne peut embrasser toutes ces choses, mais plusieurs en un lo pourraient. Ne voyez-vous pas déjà que la philosophie abstraite, séparée, privée de la théologie, science révélée, privée de science terrestre positive, n'est presque plus tolérée parmi nous! Visiblement stérile, elle n'a plus que bien peu de pontifes et pas un seul fidèle. C'est bien ainsi que s'éteignaient, au cinquième siècle ou au sixième, les derniers restes du paganisme.
C'est qu'en effet Jésus-Christ est la vie, lui, lui seul! Il est la vie comme la voie et la vérité. Il est la science entière, son plan total, son terme dernier, sa méthode et sa vie. Donc, si je veux savoir toute chose, je dois, avec saint Paul, prendre pour ma devise sa grande parole : « Je ne veux savoir « qu'une seule chose, Jésus-Christ et Jésus-Christ « crucifié. »
Concluons. Nous avons étudié ce que nous ap-
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pelons le premier et le principal procédé de la vie raisonnable. Ce procédé est le fond de la démonstration de l'existence de Dieu, l'instrument de passage du monde à Dieu, des faits aux lois et aux idées. Il monte de tout fini à l'infun, en effaçant par la pensée, dans la vue du fini, tout ce qui constitue le propre caractère du fini, etils'élèveainsi àquelque idée de l'élément immuable, infini, qui porte, comme cause première, créatrice et vivificatrice, tout être fini, et toute vie des êtres finis. C'est une imitation logique du sacrifice, un effacement, un anéantissement de limites, qui passe ainsi du monde à Dieu, et qui élève notre raison à sa fin naturelle. Mais nous avons été plus loin. Nous avons de nouveau montré, ce que nous avions fait déjà dans notre Traité delà Connaissance de Dieu, que la raison, arrivée à sa fin naturelle, n'est pas encore à sa fin dernière. Dieu la destine, ainsi que l'homme entier, à nne plus haute élévation, et la raison, comme le cœur, arrivée à sa fin naturelle, regrette et désire l'autre. Elle veut sa fin surnaturelle; elle veut Dieu même, non plus indirectement aperçu dans la nature, mais connu en lui-même. Etici nous avons montré que la raison, comme l'homme entier, franchit ce passage, non plus par une imitation logique du sacrifice, mais par l'union réelle au
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sacrifice de Jésus-Christ, par la marche en cette voie qui est Jésus-Christ même : divine méthode dont la méthode dialectique n'est que l'imitation abstraite. De sorte que le procédé logique principal, le procédé dialectique se trouve autorisé des deux côtés : d'iui coté par son analogie a ver les mystères de la foi, dont il est un calque logique, etdelautre coté par son application à la géométrie, où il est la méthode infinitésimale.
De sorte qu il faut nier mainlenant la géométrie pour nier la légitimité des sublimes et universels résultats que la saine raison, fruit de cette lumière éternelle qui éclaire tout homme venant en ce monde, a donnés ou aurait pu donner aux ànies droites dans tous les temp;-, dans tous les lieux.
Et ce travail philosopliique que nous offrons a ceux qui pensent, le démontre rigoureusement, à partir d'une seule concession, savoir : que la raison est raisonnable. Qu'on nous accorde ce seul point, et ce qui précède est certain comme Tanalyse géomélrique. — Descartes et Leibniz déjà soutenaient que les vérités métapliysiques se démontrent aussi rigoureusenient que la géométrie; seulement ils ne remarquaient pas assez (|ue la démonstration n'est pas tout entière du même ordre que la démonstration mathématique déductive, et que la comi)arai-
son n'est pleinement exacte qu'en tenant compte de la méthode géométrique infinitésimale. Leibniz pourtant l'a su, et il l'a fait entendre assez clairement. — Et de fait, pour nous contester toutes ces choses, il faut nous contester que la raison est raisonnable, et on le conteste : tous les sophistes, depuis Gorgias et avant lui jusqu'à Hegel, en font ainsi.
Il est absolument certain que la raison tend à l'infini, c'est-à-dire à Dieu, à toute grandeur, à toute beauté, à toute bonté et à toute perfection, à Dieu enfin; elle tend à Dieu, le démontre et le prouve, tout aulant que le cœur sur les ailes de la poésie, de la prière, de l'enthousiasme, peut y rêver, y aspirer et y monter. L'un ne va pas plus haut que l'autre. Le cœur ne saurait plus aller trop loin.
Ce n'est pas à un infini vague et indéterminé, insaisissable, abstrait, que montent le cœur et la raison, mais à un infini connaissable, visible, vivant, aimable et beau.
Ce que la Philosophie, et surtout la Théologie nous disaient, qu'on s élève par les phénomènes à quelque connaissance des idées, idées humaines qui sont les vrais reflets de celles qui sont en Dieu : que les choses visibles représentent les perfections de IHeu, sa puissance éternelle et sa divinité; que les
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perfections de Dieu sont celles de nos âmes, moins les limites; que tout ce qu'il y a, en toute créature, d'être, de bonté, de perfection, que tout cela est en Dieu souverainement, infiniment; que dès lors, pour connaître ce qui est en Dieu, il ne faut pas nier ce qui est dans les créatures, mais l'affirmer infiniment, en niant, non ce qu'elles sont, mais ce qu'elles ne sont pas, avec Platon, Descaries, Fénelon, Malebranche , Bossuet, Leibniz, et saint Thomas d'Aquin : tout cela, dis-je, malgré l'assertion contraire des sophistes, assertion qui les mène au néant; toute cette méthode de connaissance de l'infini est aujourd'hui montrée certaine comme la géométrie, puisque le procédé géométrique infinitésimal n'en est lui-même qu'un cas particulier.
Par cela seul qu'il y a quelque part quelque trace, quelque idée de beauté, de bonté, d'intelligence, d'amour, de perfection et de bonheur, il est certain qu'on peut, qu'on doit pousser à l'infini toutes ces idées, et affirmer l'existence actuelle, éternelle, infinie de leur réalité. Ni le cœur, ni l'imagination, ni la prière, ne peuvent aller trop loin. Tout est encore plus beau que ce qu'on rêve : tout est encore plus grand que ce qu'on croit.
De sorte qu'un enfant qui espère et qui croit ; qu'une humble femme qui prie et pleure, qui aime,
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(|ui croit à des merveilles qu'elle attend dans une vie future, cette femme et cet enfant possèdent les dernières conclusions de la science, et plus; car ils tiennent à la fois la vérité dans leur cœur et dans leur esprit.
D'où il faudrait encore tirer ces conclusions pratiques qu'aujourd'hui notre manque de foi, de conviction, d'enthousiasme, vient du mal, et part, soit d'une perversité qui détruit la raison, soit de rabaissement général de la raison parmi nous et du sommeil de la philosoj)hie : qu'il faudra détruire la raison, et c'est ce qu'on entreprend, pour détruire ces saintes et religieuses doctrines universelles qui sont, comme on le sent très-bien, le préambule et la base naturelle du Cadiolicisme; que le prochain grand siècle raisonnable sera un siècle plus catholique que le dix-septième siècle et même que le treizième; que la renaissance des fortes études philosophiques serait un gage de renaissance sociale ; que la sérénité des inébranlables croyances fondées sur Dieu et la nature, sur la foi et sur la raison, qui viennent de Dieu, peut encore succéder au lamentable abattement des âmes plongées dans la langueur et dans les ténèbres du doute, et réserver aux peuples modernes de nouveaux siècles de lumière, de foi, d'union, d'héroïsme, de charité,
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pour le service de Dieu et pour l'eunoblissement du
genre humain.
Il faut dire plus. Il fout dire que, sauf rimpardoiinable découragement de ceux qui ont conservé une lueur de raison, une étincelle d'amour de Dieu, un reste d'ardeur pour la propagation de la justice et de la vérité, une prochaine n-naissance auta lieu. Le dernier siècle lumineux, le dix-septième, ce dernier grand flot du progrès, ayant été suivi d'une vague abaissée assez longue, le flot va remonter. Mais de plus, nous sommes libres : Tocéan des esprits est un océan libre : le flux et le reflux, quoique poussés par la nature, dépendent aussi de nous. Il suffirait qu'aujourd'hui, parmi nous, se produisît pour relever la raison et par la raison la religiou, un effort comparable à celui du dix-huitième siècle pour écraser la religion, et sur ses ruines la raison même et la philosophie. Voltaire, Diderot, d'Alembert , Lametlrie , d'Holbac , Helvétius , Condorcet , et toute cette liste , se sont ligués et associés pour renverser le Christ : mais qu'ont-ils fait de la philosophie ? A l'éclatante lumière du siècle qui les touchait encore, ils ont fait succéder, en peu d'années, une nuit |)liilosophi(}uesi pleine, que Voltaire a \m dire, sans soulever un rire inextinguible, (c qu'entre Platon et Locke, il n'y avait
« rien en Philosophie' ; » et après Voltaire, Condillac a pu dire : « Nous avons quatre métaphysi- (( ciens, Descartes, Leibniz, Malebranche et Locke. « Ce dernier seul n'était pas mathématicien, et (.combien n'est-il pas supérieur aux trois autres ! » Ainsi une pleine éclipse cachait à ces étranges esprits l'étincelant soleil du siècle merveilleux qui a créé les sciences, qui a donné à la philosophie ses dernières armes. Aidés parles passions et les vices de leur temps, ces hommes ont pu renverser du même coup la religion et la phdosophie. Aidés de Dieu, serons-nous incapables de relever dans les générations nouvelles la tradition philosophique véritable et complète, le culte de la droite raison, et par la droite raison, la foi? Qu'on ose en concevoir le projet et en décréter l'entreprise, et le succès est assuré. Dieu sera certainement avec nous, dans une foule de cœurs droits, et d'esprits assez forts pour rompre le cours du préjugé. On a su vaincre, au dix-huitième siècle, le préjugé qui mène à Dieu ; on saura vaincre, au dix-neuvième, le préjugé qui en éloigne. L'ignorance cédera; l'ab-
' Il comptait pour rien saint Augasiin, saint Thomas, tous les Pères, tous les scolastiques, tous les mystiques, et tout le dixseptième siècle : Pascal, Descartes, Bossuet, Fénelon, Malebranche et Leibniz. Cela est assurément prodigieux.
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siircle, regardéeii face par des esprits capables de n'en avoir pas peur, perdra son impudence ; la raison se relèvera ; la lumière qui éclaire tout homme venant en ce monde, agira de nouveau, en retrouvant sa liberté, et la foi renaîtra d'elle-même. Dieu s'en charge, quand Tobstacle est levé.
Comme la grâce, dans les cœurs, agit dVlleméme, et ne demande à Thomme que d'enlever l'obstacle qui Fétouffe ; de même, la religion au cœur des peuples agit et se relève d'elle-même, et ne demande qu'une chose : qu'on ote l'obstacle intellectuel et moral qui l'opprime. Otez l'obstacle intellectuel, l'obstacle moral est entamé. Or lobstacle intellectuel parmi nous, c est la philosophie du dix-huitième siècle, destructive de la foi au nom menteur de la raison; l'obstacle enfin, c'est la doctrine des sophistes contemporains qui détruisent la raison aussi bien que la foi. Comment combattre cette philosophie négative? Comment combattre ce qui n'est pas? En l'employant comme démonstration par l'absurde. Nous l'avons ûiit. Puis en s'occupant directement de relever la raison parmi nous, par le rétablissement des fortes études philosophiques. Cela est praticable. Qu on s'y
dévoue .
Seulement, qu on nous comprenne bien : nous
ne parlons ici que de philosophie chrétienne, de cette philosophie qui a pris pour devise la parole de saint Paul : « Je ne veux savoir qu'une seule c( chose, Jésus-Christ et Jésus -Christ crucifié. » Toute autre philosophie est ou stérile ou corruptrice. Il faut la vie chrétienne dans les âmes pour que la pleine philosophie soit possible, pour qu'elle naisse et se développe. Il faut cette vie nouvelle, pour relever la raison affaiblie en elle-même, plus jiffaiblie encore par le contagieux affaissement de la volonté, et incapable de déployer jamais toutes ses forces logiques quand elle n'est pas guérie par Jésus-Christ.
Qu'on nous permette maintenant de terminer ce livrC;, qui traite du plus solide et du plus court moyen d'arriver à la science, par l'invocation qui termine l'opuscule de Bossuet, intitulé : Manière courte et facile de prier.
Voici cette prière de Bossuet. Nous transposons ses paroles, en appliquant à la philosophie ce qu'il dit de la sainteté :
« Grand Dieu, qui, par un assemblage merveil- « leux de circonstances très-particulières, ménagez « de toute éternité les manifestations successives de « ces vérités, ne permettez pas que certains esprits, « qui se rangent parmi les savants, puissent être ac-