Loi électorale durant la guerre
L'avenir et l'honneur du Canada dépendent tellement du résultat de la guerre actuelle, que le Gouvernement s'est vu obligé, avant les élections prochaines, de reviser les principes sur lesquels repose la franchise électorale. Les sacrifices et les services demandaient que le Gouvernement fût des plus généreux; d'un autre côté, le péril national exigeait de restreindre le plus possible le droit de franchise pour ceux de nos concitoyens dont l'idéal et les sentiments n'étaient pas en harmonie avec la cause du Canada. Une élection était inévitable; aussi, le Gouvernement a passé la " Loi Electorale durant la guerre."
Par cette loi, les plus proches parentes de nos soldats d'outremer, ou de ceux qui sont revenus avec honneur, jouiront de la franchise électorale. Les soldats qui sont morts, ceux qui sont prisonniers, ceux qui sont invalides, ou ceux que le service militaire empêchera de voter, seront représentés par leurs plus proches parentes. De cette manière, les soldats exerceront leur influence dans l'élection prochaine, même s'ils, ne peuvent pas eux-mêmes voter, et leurs parentes seront récompensées des sacrifices que leurs chers soldais ont faits.
Au Canada, il y a des milliers de personnes d'origine étrangère. Le Gouvernement les a exemptées du service militaires; mais il n'est que juste, et pour ces étrangers et pour le Canada, de ne pas les laisser se prononcer entre leur patrie et leur pays d'adoption. Ces personnes resteront donc défranchisées tant que le Canada sera aux prises avec leur pays de naissance.
Dans la Chambre des Communes, le 10 septembre dernier, Sir Robert Borden, premier Ministre, a prononcé le discours suivant, pour expliquer la Loi Electorale durant la guerre:
Mr le Président,
Vu le peu de temps dont je puis disposer, il ne nie sera pas possible de réfuter toutes les assertions de mon très honoraible ami (Sir Wilfrid Laurier). Cependant, je crois devoir lui dire qu'il est sérieusement dans l'erreur sur plusieurs points. Il prétend que, dans les quatre provinces de l'Ouest, tous les sujets naturalisés britanniques ont le droit de vote; on peut prouver le contraire en consultant les statuts de ces provinces. Mon très honorable ami semlble être sous l'impression que les gardemalades qui ont accompagné en Europe les soldats du Canada, n'auront pas le droit de vote; il a même ajouté que plusieurs de ces infirmières avaient été au feu. Je me permets de l'assurer que tous les membres de la Milice canadienne d'outremer, hommes ou femmes, auront le droit de voter à la prochaine élection. Bien plus, Mr le Secrétaire d'Etat, l'Honoralble Arthur Meighen, m'assure que les parentes de ces gardemalades auront aussi le droit de voter à la prochaine élection, si elles sont domiciliées au Canada.
Au sujet de la Loi des Elections Fédérales, mon très honorable ami ne partage pas l'opinion des avocats de la Couronne. Il affirme que toutes les femmes dont les noms sont inscrits sur les listes électorales provinciales, ont le droit de voter aux élections fédérales. Je ne puis que répondre que Mr le Ministre de la Justice, l'honorable C. J. Doherty, Mr le Solliciteur Général et toutes les autres autorités légales que le Gouvernement a consultées sont d'une opinion absolument (contraire à celle de mon très honorable ami. Il comprendra que, sous les circonstances, nous devons suivre l'opinion des avocats de la Couronne et des hautes autorités légales, plutôt que la sienne.
Pour appuyei ses dires, mon très honorable ami ta cité le cas des Etats-Unis. Depuis qu'ils ont déclaré la guerre, il n'y a pas eu là d'élection fédérale. Avant d'étaiblir des comparaisons entre le Canada et les Etats-Unis, il faudra qu'il prouve que les conditions sont là-toas les mêmes que celles de notre pays, actuellement. Il a oublié de nous dire que l'Australie nous a donné l'exemple d'une législation semblable à la nôtre, excepté que nous n'avons pas été aussi loin que l'Australie.