LE LAC DE NEUCHATEL
Le Français — le Parisien surtout — est si naturellement casanier, qu'il lui faut un prétexte à peu prôs raisonnable pour partir, comme si le voyage n'était pas à lui seul un but 1 Personne n'ose dire : « Je m'en vais afin d'être ailleurs, de ne plus voir les mômes rues, les mômes maisons, les mômes figures. Le lieu où j'irai m'est indifférent, pourvu qu'il soit autre; mon existence ordinaire m'ennuie comme un drame à salon et à tapis, et il serait temps de changer de décor. » Nous " même, bien que nous y mettions plus de franchise,
Dous avons tâché de motiver à nos propres yeux notre départ soudain, en nous disant qu'on annonçait pour le 23 ou le 24 une exposition de l'industrie à la Haye, et qu'une exposition de Tinduslrie à la Haye (en hoUandais S'gravenliaag) devait être bien curieuse.
Tout chemin mène à Rome : le dicton est vrai de toute autre ville quelconque, et notre itinéraire le prouve victorieusement. Nous aurions voulu rejoindre notre ami About en Italie, que nous n'eussions pas pris une autre route. Seulement, à Dijon, nous laissâmes le convoi filer vers Lyon et la Méditerranée, et, par l'embranchement de Dôle, nous arrivâmes à Salins le soir du même jour.
On s'habitue si vite à ce qui est, qu'en ce siècle de chemins de fer une diligence semble un mastodonte de la carrosserie, un engin de locomotion perdu et retrouvé par hasard sous quelque hangar tertiaire. A la faible clarté du ciel nocturne et aux rayons vacillants de quelques lanternes, nous regardions avec un œil de naturaliste le monstre antédiluvien qui devait nous empi)rter de Salins à Neuchàlel ; sa structure excitait notre étonnement et nous en faisions l'anatomie comparée. On nous établit d'une.façon assez confortable dans une sorte de coupé à trois pans très-bien disposé pour voir,
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et Ton accrocha à la machine cinq ou six chevaux de poste. — Des chevaux de poste ! il n'y en aura bientdt plus, et, dans quelques années d'ici, lorsque le réseau des voies ferrées aura rejoint ses mailles, on montrera le dernier de la^ce comme, à Venise, dans l'île de Murano, on montrait un cheval pour de l'argent.
Nous ne regrettons pas la disparition successive dfô diligences, et nous n'avons pas envie de blasphémer la sainte vapeur; cependant ces rondes croupes de chevaux à la queue nouée, ces sonneries de grelots, ces claquements de fouet, ces bruits de ferraille, et, dans les nuits fraîches, cette fumée de sueur et d'haleine enveloppant l'attelage en marche, avaient quelque chose de pittoresque, d'animé, de vivant qui n'était pas désagréable. Mais, aujourd'hui, Rossini seul voyage obstinément avec des chevaux, et ne veut point se fier aux hippogriffes d'acier et de cuivre fabriqués par Grampton.
Les premières ondulations des montagnes lointaines multipliaient les montées et les descentes et nécessitaient des relais rapprochés, quelquefois des renforts. Comme il faisait nuit, à peine était-il possible de distinguer à droite et à gauche quelques vagues silhouettes d'escarpements et de collines; mais, quand on eut
dépassé Pontarlier, Taube frissonnaDte et paie se leva dans un ciel froid, grisâtre et brouillé; des lignes de terrains sombres et dénudés se dessinèrent sur rborimn blafard. La nature souvent semble éprouver ce malaise du matin connu des travailleitfs ou des viveurs nocturnes; elle a besoin d'étirer ses membres roidis et glacés, d*essuyer ses yeux lourds de sommeil, et de secouer Tépouvante des beures noires; la vie ne lui revient pas subitement.
L'élévation du lieu refroidissait sensiblement la température; le vent qui nous arrivait après s*être roulé sur la neige des Alpes rougissait notre figure penchée à la portière. Tout en grelottant, nous nous demandions pourquoi les gens qui furent toujours vertueux aimaient à voir lever Taurore, et nous avouons n'avoir pas trouvé de réponse satisfaisante à cette ques* tion.
Il faisait complètement jour, quoique le soleil n'eût pas encore ôté son bonnet de nuages, quand la diligence arriva aux Bayards, le premier village suisse. On sentait déjà qu'on n'était plus en France ni en pays catholique; de légères différences de formes, difficiles à faire comprendre par des mots, avertissent les regards les moins attentifs qu'on passe d'une contrée
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à uoe autre. II y a dans les moindres détails quelque chose de net^ de propre, de soigné et de méthodique en même temps qui révèle une population protestante.
A partir des Bayards, la route devient très*pittores< que. Elle côtoié^par des pentes habilement ménagées, la montagne qui forme une des parois du val Travers, au fond duquel bouillonne et court la Reuse. Ce torrent, avec son petit air d'indépendance et de fougue, ses détours et ses cascatelles, n'en travaille pas moins comme un bon ouvrier ; ses eaux écumeuses font tourner les roues de moulins et de scieries, sans rien per* dre en apparence de leur liberté sauvage. Rien n'est charmant, d'ailleurs, comme ces fabriques vues de haut avec leur grand toit, leur bouquet de verdure et le feston de mousse blanche dentales brodent le cours rapide de la rivière. \
Siu* la paroi opposée du vallon, la montagne se marbrait de larges taches d'un bleu noirâtre qu'on eût prises volontiers pour des plaques de mousse, et qui étaient des bois de sapins énormes. Dans les régions plus basses, au feuillage sombre des sapins se mêlaient des touches d'un vert plus tendre, décelant des arbres ^ feuillage annuel qui ne dépassent pas une certaine élévation*
Nous ne ferons pas une description particulière des Verrières, de Moitiers, de Couvet, traversés au trot de la diligence ; mais nous pouvons dire le sentimeDt de surprise que nous avons éprouvé à rencontrer dans cette gorge solitaire des groupes d'h^ftitations humaines si riches, si élégantes, si confortables, si bien tenues, et, chose rare, d'une construction originale. Les toits de ces maisons et souvent les étages supérieurs | sont couverts de petites tuiles rondes de bois imbri- ) quées et papelonnées comme des écailles de carpes, tandis que le rez-de-chaussée se revêt de carrés de bois simulant la pierre et taillés en pointe de diamant; aux arêtes des toitures scintillent des chaperons en j fer-blanc d*un vif éclat métallique. Les chambranles | des croisées et des portes sont rechampis d*un blanc qui tranche sur les couleurs vives des murailles, et, derrière les vitres, la mousseline suisse étale ses larges ramages. Chaque maison a son jardin rempli de fleurs et ombragé de marronniers aux thyrses roses. La Heuse, ou d'autres ruisseaux qui s'y rendent, traverse tout cela, apportant la fraîcheur et Tanimation que Teau donne au paysage, toujours incomplet sans elle. C'est l'horlogerie qui a fait, dit-on, les loisirs et Topulence de ces bourgs charmants, où il semble qu'on
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serait heureux de vivre, sans être obligé toutefois de dcDticuler des roues de montre.
Tout en rampant sur le flanc escarpé du vallon, nous rencontrions de temps à autre le chemin de fer qui doit rejoindre Verrières à Neuchàtel, en train de se frayer une route à travers des obstacles que, dans tout autre siècle que le nôtre, on eût jugés insurmontables; tantôt c'était un remblai en quartiers de granit, tantôt une arche enjambant un torrent, ou bien la bouche noire d'un tunnel trouant une montagne. Quels immenses travaux pour obtenir Thorizontalité indispensable au railv^ay I C'est un spectacle vraiment touchant que de voir ce pauvre animalcule humain, vermine parasite d'une planète, se donner tant de peine dans le but de secouer
Uantiqae pesanteur à tout objet pendante.
Et pourtant, par rapport à l'énormité du globe, cette tranchée colossale pour Thomme n'équivaut pas à une égratignure faite avec la plus fine aiguille anglaise sur la peau d'une orange. Les montagnes elles-mêmes ne sont que les rugosités de Tépiderme terrestre.
Malgré ces réflexions, le chemin de fer n'en est pas
moins une invention admirable qui sera dans l'avenir Thonneur éternel de notre siècle. Faire courir une locomotive à travers ce chaos de rochers et d*ablmes est une entreprise de Titans 1 La route carrossable ellemôme ne les franchit qu'à force de pentes, de montées, de zigzags, et encore, à un endroit, est-elle obligée de forer la roche et de passer sous une arcade. Que diront les aigles et les chamois quand ils verront filer un convoi, aigrette de vapeur au front, dans leurs solitudes prétendues inaccessibles?
Parmi les alternatives de pluie et de soleil , nous avancions toujours, et bientôt, dans le fond d'une espèce de V gigantesque dessiné par les pentes des deux' montagnes formant le col de la vallée, apparut au loin le lac de Neuchàtcl, miroitant à travers la vapeuî* avec des teintes de plomb et de vif-argent.
Cette révélation subite, au tournant d'une route, d'une mer ou d'un lac, produit toujours un grand effet. Ici, les deux pans de montagues formaient par leurs tons sombres d'admirables coulisses à la perspective.
En débouchant de la vallée après Rochefort, la diligence traverse Boudry et longe le lac jusqu'à Neuchàtcl, entre de charmantes villas enfouies dans des
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massifs de rhododendrons et de marronniers roses. — Neuchâtel s'avance vers le lac sur une espèce de promontoire dans une situation admirable ; l'aspect général de la ville est heureux et gai. Les fraîches verdures s'y mêlent dans une agréable proportion aux façades blanchies à l'italienne ou écaillées à la suisse.
 la descente de la diligence nous attendait un ami qui s*est retiré du tourbillon parisien pour se bâtir, au bord du lac de Neuchâtel, une retraite philosophique où nous avions promis de lui rendre visite. Nous voilà tout aussitôt reparti sur un léger phaéton ; car la maison de notre camarade, située à quelque distance de la ville, baigne son pied dans le lac même, et il nous fallait rétrograder au delà de Boudry jusqu'à Bevaux pour descendre vers la rive. Nous nous croisions souvent avec ces petites voitures bizarres j particulières à la Suisse, espèces de chaises à porteurs placées de côté sur quatre roues. Quand on fait face au point de vue, rien de plus commode ; mais on a quelquefois devant le nez une montagne se dressant à pic comme une muraille.
La nature, qui n'est pas soumise à la critique comme la peinture et n'a pas besoin de paraître vraisemblable, se permet parfois de singuliers tableaux. En voici un qu'elle s'était amusée à colorier, ce jour-là, des plus
étranges tons de sa palette. Un aquarelliste anglais n'eût pas osé les risquer, et cependant rexposition des painters ofwater's colours montre que les artistes britanniques ne sont pas timides.
Le premier plan se composait d'une large et longue bande de colza en fleur, d'un jaune de soufre ou de chrome aussi éclatant, aussi vif, aussi aveuglant que Colcomb peut le fournir en trocliisle ou en vessie ; celle lisière d'or, par Tinclinaison du terrain qui se dérobait, tranchait nettement sur l'eau du lac, sans rupture de ton, sans demi-teinte intermédiaire- Un bleu de ciel vert exactement pareil à celui de la turquoise, teignait toute la région du lac, sur laquelle se détachait la plate-bande de colza; puis ce bleu allait s'assombrissaut et prenait des nuances de burgau ou de plat arabe à vernis métallique. Plus loin, l'eau presque noire ressemblait à de l'ardoise. Un filot de lumière égratignée rayait transversalement cette partie mate, et de petits flots y produisaient par leur clapotis quelques points diamautés. Au delà de cette zone, le lac était violet, lilas, fumée de pipe. La rive opposée se distinguait à peine; par-dessus la mince ligne du bord, à travers les brumes du lointain mêlées et confondues avec les nuages, les Alpes suisses se glaçaient de brus-
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qucs touches d'argent. Plus haut, dans un ciel haché de pluie et de rayons, flottaient des archipels de nuées semblables à des œufs à la neige par le côté voisin du bleu, et comme pochées d'encre vers Thori-
ZOD.
Un petit bateau à vapeur, son panache de fumée rabaltu par le vent, pataugeait dans la bande éclairée comme une fourmi tombée sur du mercure.
Pendant que nous notions dans notre cervelle celte gamme de tons à désorienter tous les coloristes, car jamais on n'a fait un premier plan jaune serin, la voiture, quittant la route, nous menait par un petit chemiQ de traverse à l'ermitage de notre ami.
Figurez-vous une maison très-simple, à toit de tuiles, à murailles blanches, à fenélres tournées vers le lac, se composant d'un rez-de-chaussée et d'un étage, avec un hangar pour le bûcher et une cabane de bois pour les filets ou engins de pêche. Ce n'est point le cottage prétentieux d'un philistin enrichi, c'est la retraite d'un jeune homme d'esprit, qui, après avoir mené une grande existence, a reconnu combien il faut peu d'outils et de place pour vivre heureux ; celte science ne lui a guère coûté que deux ou trois millions. Ce n'est
pas cher 1
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Une source limpide et claire bouillonne à deux pas et va se perdre dans le lac.
Trois barques d'une forme particulière, sans quille pour atterrir par les eaux basses, étaient échouées sur le rivage. Elles font partie de l'équipage de poche de notre hôte, et sont graduées de force, selon le poids et la grandeur des filets dont on les charge ; elles se manœuvrent au moyen d une pelle assez semblable à la pagaie des sauvages. — D'après cet outillage formidable, vous croyez peut-être que le repas qu'on nous offrit avec une cordialité chafmante consistait en ttuites, sautnons, anguilles, écrevisses et autres produits aquatiques. En aucune manière. On a pris du poisson une fois, du temps de Jésus-Christ, et ce phénomène s'est appelé la pêche viiractileuse, Raphaël n'a pas dédaigné d'en faire une composition magnifique, dont le carton se voit à Hampton-Court. En revanche, les côtelettes, le jambon et le filet de bœuf étaient exellcnts. Notre paradoxe : « Les poissons n'existent que dans richthyologie de M- de Lacépède, » reçut une fois de plus une éclatante confirmation.
La rapidité extrême que nous imposait le peu do temps accordé à notre voyage nous fit repartir aussitôt pour Neuchàtel^ où nous frétâmes une voituJre, dont
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les chevaux, sous le fouet de notre compagnon déroute, habitué à rouler vite, prirent une allure tout à fait inaccoutumée en Suisse. 11 s'agissait d'être à Berne avant la nuit. La voiture était légère, le chemin pas trop raontueux, le temps tout à fait tourné au beau, et nous courions la poste à travers des horizons splendides, comme au temps où il n'y avait pas de chemins de fer. A droite, miroitait le lac de Morat; au-dessus, dans ce lointain des pays montagneux dont on ne peut calculer la distance, des crêtes et des pics noyés de vapeurs à la base ébauchaient leurs sommets glacés et leurs flancs striés de neige aux lueurs du couchant. Nous ne saurions mieux les comparer qu'à des gazes bleues chiffonnées et lamées d'argent où le paillon s'allume par place sous un rayon de lumière.
On ne devait relayer qu'une fois, et nous laissâmes souffler les chevaux à une grande auberge en forme de chalet, où Ton nous présenta sur un plateau de cette eau de merises (kirschenwasscr) claire comme le diamant, froide comme la glace, et qui a un petit goût d'acide prussique; c'est Teau-de-vie locale.
Tout en s'extasiant sur la façon de conduire dô notre compagnon, le maître de la voiture nous racontait ses petites aflTaîres, et comme quoi il avait été guéri d'une
maladie de foie par un empirique des plus siogulieis. Cet empirique était un paysan du village de Lyss. Il demandait aux consultants leur nom, leur âge, et ne leur adressait, du reste, aucune question sur leur maladie. Cette formalité remplie, il ouvrait un volet de bois au fond de la chambre, donnant sur un verger, et regardait fixement la campagne. Après une contemplation muette, il se retournait vers le malade et lui dictait une ordonnance d*un effet infaillible ; souvent même, quoiqu'il ne l'eût jamais vu, il lui disait des particulariti^s secrètes sur sa vie ou celle de ses proches. En ouvrant cette fenêtre, ce médecin d'une nouvelle espèce s'adressait-il à quelque esprit familier, invoquait-il les forces mystérieuses de la nature, priait-il seulement Dieu de lui donner l'intuition du mal et du remède? C'est ce que nous ne saurions décider ; toujours est^l que ce guérisseur inspire une foi aveugle à sa clientèle. C'est peutêtre là tout son secret.
Au train dont nous allions, nous eûmes bientôt gagné Aarberg, petite ville très-pittoresque sur l'Aar, où nous devions relayer. On y entre et on en sort par un pont couvert en charpentes enchevêtrées soutenant un long toit. La rivière, sur laquelle nous jetâmes les yeux à travers les madriers, emmenait à la dérive des pièces
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de bois flotté que le courant pousse jusqu*à un certain endroit où on les repêche. Chaque bûche est timbrée . de la marque du propriétaire et le tri s*en fait aisément.
Au milieu de la place d'Aarberg, entourée de maisons dans le vieux style suisse, s*élëve une sorte de hangar en grosses poutres surmonté d'un beffroi ; un char à bœufs y était remisé, et les pauvres bêtes, levant leurs mufles hunjides, poussaient de longs et doux beuglements, ennuyées d'attendre leur maître, buvant sans doute dans quelque cabaret. Les bœufs semblent avoir le rêve et la nostalgie, sentiment qui manque aux chevaux.
C'est sur cette même place d'Aarberg que nous vîmes
pour la première fois le costume national faire son apparition. — Dn costume caractéristique est si rare maintenant, que c'est pour le voyageur une joie enfantine d'en rencontrer ailleurs qu'à l'Opéra. Ce costume consiste en une robe noire ou bleu foncé, courte de taille, et découpée sur la gorge de manière à laisser paraître comme une plaque blanche la chemise plissée et bouffante. Le corsage se referme à la base du col et produit l'effet d'une cravate. Le vêtement des hommes consiste en une veste, un gilet et un pantalon d'une étoffe qu'on appelle
mi-laine dans le pays, et qui ressemble tellement à de
Tamadou, qu^on n^oserait pas battre le briquet près de ceux qui la portent. Notons encore un autre détail. En passant près d'un chalet, nous remarquâmes que le chien de garde était attaché à une longue chaîne glissant au moyen d*un anneau sur une corde fixée près du toit de la maison, dont il pouvait ainsi faire le tour sans avoir pourtant la liberté de s'élorgner. Cette précaution, nous dit notre loueur de voiture, était ins;]{rée par la crainte des incendiaires.
Quoique notre second relais ne marchât pas si bien que le premier, nous arrivâmes à Berne au commencement de la nuit, en longeant un magnifique bois de sapins, dont les fûts filaient à travers l'ombre comme des mais de navire ou des nervures de piliers gothiques, et rappelaient cette étrange forêt que Gustave Doré fait parcourir au Juif errant ; en feuilletant ces bizarres ill ustrations, nous avions trouvé les arbres crayonnés par le dessinateur trop pareils à des tuyaux d'orgue; nous nous empressons aujourd'hui de retirer notre critique. Doré avait raison. La nature justifie toujours l'art.
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DE BERNE A STRABBOURa
C'est toujours une bonne fortune quand le hasard des heures et des routes vous amène la nuit dans une ville inconnue. A droite et à gauche de la voiture, les yeux avides essayent de percer l'obscurité et de saisir à travers Torabre, ctoîlée ça et là de lanternes, quelques traits de la physionomie générale des édiDces. On envie les prunelles nyctalopes des hiboux et des chais; à peine entré dans Tauberge, on en sort; on voudrait qu'il fît jour tout de suite, et Ton accuse l'aurore, môme l'aurore d'été qui se lève si matin pourtant, d'être paresseuse au lit.
Il y a souvent une poésie, que détruit parfois la grande clarté, dans ces masses noires qu'ébauche un rayon perdu, un vague reflet du ciel nocturne, et les villes entrevues ainsi prennent des apparences bizarres,
grandioses et fantastiques comme ces villes imaginaires que r&me parcourt pendant le rêve.
Quoiqu^il fût tard déjà, après avoir commandé notre souper à l'hôtel du Faucon, le meilleur de Berne, nous nous lançâmes au hasard par la ville, avec un guide chargé seulement de nous ramener, si nous nous perdions, à notre point de départ.
Des arcades basses s'ouvraient au pied des maisons comme des gueules de caverne ; des toits noirs mordaient de leurs déchiquetures singulières le bleu sombre des cieux ; des colonnes se dressaient portant sur leurs chapiteaux des statues pareilles à des fantômes ; des rigoles encadrées de pierres faisaient miroiter aux milieu de la rue leurs flaques d'eau brune écaillée de brusques lumières; quelques points brillants tremblotaient sur une façade encore éveillée, et le long des -murailles filait de loin en loin un passant attardé.
Après plusieurs détours dans ce labyrinthe aveugle où le domestique de place, si nous nous égarions, devait représenter le peloton de fil d'Ariane, nous arrivâmes à une sorte de voûte sous laquelle s'enfonçaient les marches d'un escalier. Rien ne nous amuse plas en voyage que d'errer à travers un inextricable lacis de ruelles, que de suivre dans un édifice ténébreux des corridors
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sans fin, des spirales descendant vers des profondeurs mystérieuses. — C'est le plaisir que donnent les romans d'Anne Radcliffe et les eaux-fortes de Piranèse transporté dans la réalité. — Aussi tentâmes-nous, à tQut hasard, la descente de l'escalier, desccnstis Averni.
Cet escalier aux marches raboteuses, d'une pente assez roide, coupé de loin en loin par des paliers, éclairé de faibles lueurs, avait sous sa voûte écrasée, entre ses parois sombres, quelque chose d'étrange et de sinistre, dû à l'heure sans doute; il rappelait ces rampes sans fin qu'escalade Panurge et que dégringole la troupe avinée des escholiers et des souldarls dans les illustrations de Rabelais par Doré.
Au bas de ces degrés, innombrables comme ceux qui se succèdent dans ces cauchemars d'architecture où l'on rêve qu'on cherche à sortir d'un château magique ou d'une ruine maudite, nous débouchâmes sur une plage encombrée par des billes de sapin ; un air frais et un bruissement d'eau nous avertissait du voisinage d'une rivière : c'était l'Aar, qui entoure Berne de trois cotés et en fait une sorte de presqu'île au milieu des terres.
La lune n'était pas levée et la perspective se fermait à quelques pas devant nous; nous remontâmes donc
resealier, dépouillé au retour de son mystère, puisque nous savions qu'il conduisait de la partie haute de la ville à la vallée profonde découpée par TAar. Pas plus & la montée qu'à la descente, aucun malandrin ne nous sauta à la gorge, nous demandant Tescarcelle ou la vie, comme cela eût été convenable, vu le stylo moyen âge du décor.
Quelle chose fâcheuse que d'être obligé de dormir en voyagel combien d'heures perduesl L'excitation nous eût bien tenu éveillé; mais le lustre était éteint, la rampe baissée, le spectacle fini, et, à moins d'illuminer Berne aux flambeaux, il n'y avait plus moyen de rien voir. Force nous fut de nous coucher.'
Le lendemain de très-bonne heure, car nos minutes étaient comptées, nous sortîmes et nous parcourûmes en calèche découverte la grande rue de Berne, que nous devions quitter au premier départ du chemin de fer pour Bâle. Eh quoil vous voilà déjà en route? Isaac Laquedem, « qui souffre à demeurer, • s'arrête au moins pour boire la chope de bière que lui offrent les bourgeois de Bruxelles en Brabant!
Il y a deux manières de voyager : la première consisteA passer dans chaque ville trois ou quatre jours, une semaine ou davantage s'il le faut, pour visiter les
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églises, les édifices, les musées, les curiosités locales, étudier les mœurs, Tadministration, les procédés de fabrique, etc., etc.; la seconde se borne à prendre le I)rospect général des choses, à voir ce gui se présente sans qu'on le cherche, sous l'angle d'incidence de la route, à se donner l'éblouissement rapide d'une ville ou d'un pays, comme, au Cosmorama, on regarde défiler devant soi une longue bandelette peinte vous menant de Liverpool à San-Francisco, avec cette difierence qu'ici le spectateur chemine et que le spectacle reste immobile. — Nous ne nous sommes arrêté à Berne qu'une heure et demie environ pendant le jour, et cependant ce nom prononcé fera désormais Se dessiner dans notre esprit une silhouette précise, une configuration nette qui sufiisent à notre curiosité. Les détails peuvent s'apprendre par des livres ou des gravures.
La grande rue de Berne a gardé ce caractère du passé, qui s'eflkce de jour en jour dans les autres villes, et que l'artiste aimé taiit' à retrouver. On sent, ce qui est un grand charmé, que d'autres générations ont vécu dans ces maisons de forme particulière et y ont laissé le cachet des mœurs disparues; des espèces ' de contre-forts en talus les piètent et leur doûoent
une apparence rassurante de solidité; des arcades surbaissées forment, de chaque côté de la rue, une sorle de portique ou de galerie couverte ; les toits se projettent en saillie, et sur les balcons de serrurerie trèsouvragée, qui rappellent les xniradores espagnols, nous avons remarqué des carreaux de damas rouge disposés en sofa, comme si les Bernoises passaient leur vie aux fenêtres, à la façon des Andalouses et des Maltaises. Ce détail tout méridional nous a surpris et nous semble contraire aux habitudes protestantes, qui se contentent du reflet de la rue dans ce miroir appelé espion.
Les enseignes des hôtels, des magasins, des abbayes pendent à des potences de fer travaillées et compliquées d'arabesques comme les majuscules ornées de Simon Vostre ou de Pigouchet. Jamais calligraphe n'a enchevêtré des traits de plume plus lil)res et plus souples que ces grands parafes de serrurerie au bout desquels brimbalent sur la tête des passants les aigles, les ours, les licornes, les singes, les Mores et autres emblèmes démonstratifs à Tusagc des boutiques et des auberges; — c'est un motif de décoration charmant qui tend à disparaître et qu'on défend même/ en beaucoup d'endroits, par amour malentendu de la régularité; ces
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fortes saillies rompent heureusement les lignes droites et accrochent l*œil à propos.
L'abbaye des Tisserands se blasonne d'un griffon ailé, de la tournure la plus fantasque et la plus héraldique. Le More appuyé sur sa targe a une mine truculente digne des héros sarrasins du Tasse et de TArioste. Rien n'est amusant comme cette statuaire de renseigne, où le sculpteur se laisse aller à tout son caprice.
Il y a dans le goût germanique une certaine furie contournée et ronflante dont les vitraux suisses et les gravures de Goltzius peuvent donner la note, et qui se prête très-bien aux fantaisies de Tornement. Nous n'en voulons d'autre preuve que les jolies fontaines décorant la grande rue de Berne. Ce sont des colonnes d'ordre rustique, composite, salomonique, ou purement fantasque, à pans coupés, à volutes évidëes, à chapiteaux touffus et feuillus, qui portent des statues cambrées sur la hanche^ le jarret tendu, la gorge au veut, la mine outrageuse et fiëre, avec des draperies volantes, des plumes tire-bouchonnées en lambrequin, des épées, des balances, des écus et autres emblèmes doréi du meilleur effet. Ces figures appar- ,.,. ^..^. •• M,^ v.^ V i. 2:::!:, aaMl^j::;JjsîncJ.s.
Voici le nom de quelques-unes des fontaines qu'elles surmontent : la fontaine de TOgre (Kinderfresser Bun^ nen)^ de-Sarason, de la Justice, de TOurs, des Tireurs, de la Cigogne. On en compte six dans la grande rue seulement. Et tous ces personnages prennent des poses de Titan escaladant le ciel... pour protéger un robinet!
Au naiieu de la voie règne un canal d'eau vive recouvert de dalles de distance en distance pour le passage des piétons et des voitures.
Une grande tour coiffée d'un toit bizarre, avec bouquet de plomb et gloriettes, se dresse au bout de la rue, et présente au voyageur, sur la paroi faisant face à la ville, une figure gigantesque de saiut Ciiristoplie ou de goliath, on ne sait trop lequel, sculptée en demi-relief, avec une roideur de lignes qui fait penser aux images de complaintes; quelques restes d'ancienne enluminure achèvent la ressemblance. De l'autre côté de la tour, au-dessus de la porte, sont barbouillés en style troubadour les trois héros libérateurs de la Suisse.
Maintenant, nous allons dire adieu à Berne; mais, quelqac pressé que nous soyons, nous jetterons un coup d'œil en passant à ces braves ours qui sont les armes vivantes de la ville et jouissent, à ce qu'on dit.
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d'une rente de sept cents livres. Ds étaient trois dans la fosse, un adulte et deux petits : Tadulte tournait en rond comme le cheval blanc du Cirque, sans doute dans Tespoir de quelque gftleau ; ce qui manquait de dignité pour un ours héraldique et rentier. Les deux petits se pourléchaient naïvement et n'avaient pas Tair de se douter qu'ils étaient des pièces de blason !
Le moyen de connaître une ville, c'est de la quitter, surtout lorsqu'elle est située comme Berne sur une espèce de promontoire qui entoure une vallée profonde.
En montant l'allée d'arbres qui conduit à la sta-* tion du chemin de fer de Bàle, -- arbres magnifiques dignes de poser pour Cabat ou Français, — on voit Berne se déployer sur son plateau avec la netteté d'un plan en relief. L'œil l'embrassée tout d'un coup. Les toits de tuiles, d'ardoises ou de plaquettes de bois, se découpent avec leurs arêtes aiguës : la cathédrale, le Rathaus, le Zeitglockenthurm, le Kœflchthurra, la tour de Saint-Christophe et autres édifices émergent à demi au-dessus des constructions bourgeoises, et donnent à la silhouette de la ville un air féodal et moyen âge tout à fait louable.
Devant celte vue, un de ces sauts de pensée familiers aux voyageurs noas transporta de Berne à Gon-
slantine, qu'on aperçoit de même du Coudyat-Alî, entourée par le ravin au fond duquel écume le Ruromel, et reliée à la terre ferme par un pont plein de hardiesse; — seulement, les environs de Constanline, pulvérulents, dévorés de lumière, effrités de soleil, ne nourrissent que des caclus et des palmiers nains, et la plus riche, la plus luxuriante végétation revêt les pentes des collines qui entourent Berne. De chaque côté de la roule, dans des prés d'un vert d'émeraude, éclataient, en pluie d'or et d'argent, ce que nous appellerons, faute d'un terme qui rende mieux l'effet, les bombes lumineuses d'un feu d'artifice de fleurs.
Les chemins de fer suisses ont quelque chose de débonnaire et de patriarcal. Les abords n'en sont pas défendus : l'on va et l'on vient sur la voie, et les machines n'y semblent pas si méchantes que les nôtres, qu'on prendrait pour des monstres d'acier et de cuivre prêts à tout avaler. En attendant le départ, qui s'opère tranquillement comme un départ de diligence ou de coucou , nous regardions avec reconnaissance quelques femmes qui avaient eu la délicate attention de revêtir leur costume national, pour la plus grande joie des touristes. Vous savez : cette pièce d'estomac, blanche, découpée fians la roho noire ou vîolrtt(\ étoilée aux
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angles de petits disques d'argent ciselé, d'où pendent des chaînettes de môme métal; cette taille sous le sein, ces manches ouatées et ballonnées comme les anciennés manches à gigot, cette cravate noire, ce nœud de ruban en papillon formant la coiffure. Dussiez -vous nous trouver puéril, cela nous faisait plaisir. II est amusant, en ce siècle d'uniformité, de voir les costumes de Guillamne Tell dans une gare de chemin de fer. Une seule cliose nous étonnait, c'était de ne pas entendre le chœur chanter :
Toi qne Toiseau ne suivrait pas, aht aht aht...
Les wagons sur les chemins de fer suisses et allemands n'ont pas la même installation que les nôtres. Les wagons français sont d'excellentes voitures , trèsbien rembourrées, capitonnées et passementées; ils représentent l'idéal de la berline ou de la diligence, et, sous ce rapport, on ne peut adresser aux compagnies le moindre reprcfehe, pour la première classe du moins. Les wagons suisses sont des salons avec de grands fauteuils à la Voltaire, une table au milieu, un tapis, une glace; on s'y promène comme dans une chambre. Nous approuvons beaucoup cet aménagement : il est vrai, il est logique, et il sera, nous l'espé-
rons, bientôt suivi partout. Ua traia de cbeinia de fer doit offrir la même accommodation qu'un steamer maritime ou fluvial; c'est le steamer terrestre. Remplacez les voitures par des chambres communiquant entre elles d un bout à Tautre du convoi; pratiquez dans cos compartiments plus ou moins vastes un ou plusieurs salons, une salle & manger, un caré, une tabagie, une bibliothèque, un dortoir avec des cadres comme dans les vaisseaux. A Textérieur de la chose, faites circuler une galerie, rendez praticable la plate-forme, ou plutôt le pont de ce navire à roulettes, et, alors seulement, la locomotion à vapeur sur railway aura rompu avec la vieille routine. N'est-il pas ridicule d'atteler à une file de fiacres l'Irrésistible machine de Stephenson?
De Berne à Ollcn, le paysage qu'on traverse est de la plus rare magniflcence. D'abord, lorsqu'on regarde en arrière, on aperçoit la dentelure des Alpes Bernoises, couronnées par la neige d'un éternel diadème d'argent. Puis ce sont des forêts de sapins gigantesques, aux troncs élancés et droits comme les colonnes d'une nef gothique, véritables cathédrales de la nature; plus loin, des prairies veloutées, étoilées de fleurs, traversées de cours d'eau, des massifs d'arbres d'une verdure et d'une frondaison sans pareilles au monde, des
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chalets à toits immenses, à galeries découpées, à fenôtrès maillées de plomb, propres, soignés, confortables, qu'on voudrait emporter et mettre sous verre ; des villages qui semblent sortis d'une boîte de jouets d'Allemagne, et posés au bord de la route; des collines boisées jusqu'au sommet, avec defr éclaîrcies faisant trouée sur le ciel. Cela continue ainsi jusqu'à Olten; de là jusqu'à Bàle, le paysage, quoique toujours charment, n'a plus celte fraîcheur alpestre, ce caractère édénîque qui nous ont si vivement frappé. On se rapproche de la plaine, et la terre, moins arrosée, ne verdoie pas autant. Bàle a l'air moins suisse que Berne. 11 y a chez elle delà ville allemande et de la ville auglaise. Ce qui lui donne un cachet particulier, ce sont les marronniers à flours roses qui accompagnent ou masquent à demi les façades des maisons dans les rues nombreuses que la boutique n'envahit pas. Qu'on s'y amuse beaucoup, nous en doutons fort; mais le travail y trouverait une retraite agréable et paisible. L'église de Bàle, assez curieuse, mais bâtie en gr.ès rouge d'Heilbronn, contrarie d'abord If s yeux habitués aux teintes sombres des «églises gothiques françaises; puis l'on s'y fait et Ton admire le saint Martin partageant son manteau avec un pauvre, qui fait pendant à un saint Georges dressé
flèreraent sur ses arçons et enfonçant une lance de granit dans la gueule dentée d'une guivre, d'un dragon, d'une andriague d'une hideur chimérique. Dans la sacristie de l'église, on nous fit voir une copie ancienne de la célèbre Danse des morts, de Klauber, Taussement attribuée à Holbein, et peinte à fresque sur le mur du cimetière, au couvent des dominicains. FresquOi mur et couvent ont disparu d^uis 1805. Quelques fragments de l'œuvre détruite sont conservés au musée de la \111e : une tête de femme, entre autres, d'un caractère doux et triste. Ce musée renferme plusieurs Holbein, un portrait de la femme du peintre et de ses deux enfants, d'une expression pénétrante et pleine de charme malgré la sévérité du faire; un Érasme, un Luther, une Catherine de Bora, des études pour le fameux tableau qui est à Dresde. — Holbein était de Bàle, et sa ville natale lui a voué un. culte particulier : — c'est le genius loci.
Quoique l'hôtel des Trois Rois soit un grand hôtel tenu à. l'anglaise avec toute la recherche et l'élégance modernes, il a conservé — ce qui nous a fait plaisir — son enseigne parlante : trois énormes statues coloriées et dorées de Gaspar, Balthasar et Melchior, qui font très-bon effet sur sa façade. Nous avons mangé là d'ex-
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cellentes traites au gratin, et pris le café sur une terrasse dont le Rhin baigne le pied de son flot vert et rapide. On a devant soi, sur l'autre rive, le Petit Bâle avec ses vieilles maisons pittoresques; à droite le pont de bois, à gauche les embarcations amaprées, au fond les montagnes de la forêt Noire.
A cinq heures, nous prenions le chemin de fer de Strasbourg, où nous étions arrivé à dix heures du soir, rentrant en France pour en sortir; car, le lendemain matin, nous traversions le pont de Khel, nous dirigeant, par le chemin de fer badois, vers Heidelberg. Vous voyez qu'un feuilletoniste en vacances ne perd pas son temps I