‹ Lois collectivistes pour l'an 19--Chapitre 2 sur 23 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

JanvIer-JuIn 1806

tChalllmil-LacouT. DitaïuTS pro thion, te 2i teplsmbre fsffu. à i lenCmairv dt la République).

J'entrepreads ici de tracer, seulement dans ses lignes principales mais avec une suCfisanle netteté, le dessin législatif de la société collectiviste future, telle que paraissent la promettre les faits observés dès à présent, et l'évolution scieiitiliquement probable qui doit aboutir à la transformalioû fondamentale de l'ordre actuel. Loin de moi la peusée de construire un système a priori. Estimant, pour ma part, que tout ce qui est soustrait au domaine de l'activité privée capitaliste, pour être transformé en service public ou social, est uue couquéte de la civilisation, je constate, —

et je pourrais démontrer ici, si cela n'était pas sortir du cadre restreiat que je me suis fixé — que tous les progrès sociaux, uuanimemeQt reconnus comme tels, s'accomplissent, au seiu des sociétés de civilisation occidentale, dans le sens et dans la donnéedu collectivisme : j'en suis donc ' arrivé pour mon usage k cette formule que, tout au moins en ce qui touche nos sociétés modernes, civilisation et col lecti visa tion sont deux mots absolument synonymes. Ainsi il y a lieu de prévoir le jour, — de date incertaine encore, mais que les événements peuvent rapprocher — où le capitalisme à ta limite, obéissant aux règles de son propre développement, éclatera et s'épanouira en collectivisme. L'ordre nouveau qui succédera à cette révolution sera régi par des lois qui ne seront autre chose, suivant la parole de Montesquieu, que ■ les rapports nécessaires découlant de la nature des choses i. Il n'est sans doute interdit à personne de rechercher, avec sincérité et réflexion, ce que pourrout ôtre ces rapports : telle est la tâche ambitieuse que j'ai eu la témérité de proposer à mes eflorts.

Tâche ambitieuse, en vérité, et dont aurait pu me détourner à elle seule la pensée que

Jaurès va ;

y consacrer de son côté. Jaurès a

promis de préparer, aussitôt que sera tombé le

fracas de la période électorale, une sorte de code du collectivisme. Oserai-je dire que cela m'a plutôt encouragé dans l'exécution de mon projet, antérieurement conçu ? Je tirerai personnellement grand profit d'une confrontation entre les idées de Jaurès et les miennes: peut-être même — qu'il me soit permis de le dire saus être taxé d'orgueil déplacé — cette comparaison ne sera pas dénuée d'intérêt pour quiconque s'attache aux questions qui tourmentent tant de consciences. Au surplus, et puisque les conception? humaines les plus humbles comptent parmi les facteurs des événements, il n'y a qu'avantage à ce que, môme à côté des plus grands esprits, d'autres se proposent le même sujet de méditations. A préciser les solutions qui paraissent nécessaires, il arrive qu'on les hâte: donc, la recherche de ces solutions, loin d'être interdite à personne, peut être tenue pour un devoir, '

Comme Jaurès, je veux donner à mon travail la forme d'uu eusemble de propositions de loi. Jaurès a annoncé l'intention de déposer le sien sur le bureau de la Chambre: j'imagine qu'il ne se fait pas illusion sur le sort qui lui est réservé. La Chambre de 1906, comme ses devancières, et malgré la poussée démocratique qui a marqué les élections récentes, sera respectueuse du

capital et dB ses privilèges. Quel accueil eussent fait les députés de l'i^mpire à une molion tendant à proclamer la Bé|iublique? Le même destin attend devant une Chambre radicale et capitaliste toute proposilion collectiviste, dont ta base nécessaire est la suppression du capital : elle ne peut même pas espérer les huiineurs modestes de la prise en considération.

Un pareil travail n'en a pas moins une incontestable utilité; celle de répondre, dans la juste mesure, aux curiosités des hommes de bonne foi comme aux exigences des défenseurs du capitalisme. Ceux-ci somment impérieusement les collectivistes d'avoir à décrire, jusque dans ses détails, la société de demain. Évidemment, on n'a pas à déférer à de pareilles injouctions. Il est clair, en eflet, le lendemain naissant toujours de la veille, que la physionomie première du monde collectiviste dépendra, comme on l'a dit fort à propos, du movynt du capitalisme où se sera accomplie la révolution; il est non moins clair que les nouveaux rapports économiques el juridiques créés entre les hommes par la Iransformation du régime de la propriété, la suppression *ïea fonctions parasitaires, l'attribution aux traatllcurs de leur produit intégral sous déduction s charges publiques, la diffusion et l'élévation

de l'instruction générale, tous les faits, en un mnt, qui sont de t'esseuçe du collectivisme, modiflpront non pas seulement l'aspect matériel des clioses, mais aussi les cerveaux humains et les notions morales , que des forces inconnues naîtront, dont le jeu transformera incessanimeot la face de la société. Qui donc pourrait se. flatter d'entrevoir même vaguement le dessin de l'une des physionomies changeantes qu'elle pourra prendre successivement? Ou l'a essayé toutefois, non sans talent et sans succès : sous ta forme dogmatique, comme Lucien Ueslinières, à qui je ferai, ctiemio faisant, des emprunts d'idées, que sa vieille amitié excusera : sous la forme du roman pittoresque, comme Bellamy et bien d'autres. Tentatives louables, mais qui vont au-delà de ce que peuvent légitimement exiger soit les simples curieux, soit les adversaires, intéressés ou non, du collectivisme.

Doue les socialistes ne sont pas tenus de fournir un tableau àescriptif de la société future. Et cependant, ne doivent-ils pas, et dans quelle limite, une réponse aux mises en demeure qu'on leur signifie ?

Reportons-nouB à la veille de la Révolution de 1789. Sans doute les tenants de l'ancieo régime, avec la monarchie de droit divin, les

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privilèges féodaux et les corporations ouvrières qui en étaient les institutions foudameutaies, auraient eu mauvaise grâce à demander aux disciples des philosophes, aux révolutionnaires qui allaient devenir les Constituants : >< Que sera en 1900, la société qui va sortir de vos mains ? n A la question ainsi posée les interpellés auraient pu refuser toute réponse ; et si, par hasard, ils s'étaient aventurés à quelque pronostic, jamais certes ils n'auraient pu prévoir l'état social que nous ont fait d'une part la concentration des capitaux, d'autre part la dislocation des classes ouvrières , concenlralion et dislocation aggravées toutes deux depuis 1789 par le progrès du machinisme, l'une permise, l'autre voulue dès l'origine par la législation révolutionnaire. Mais de cette législation même, telle ^qu'on s'apprêtait à la forger, il était raisonnable de demander compte à ceux qui en voulaient être les ouvriers : et ceux-ci, loin de se dérober aux explications, donnaient de la législation nouvelle, dans les Cahiers des Etats-Généraux, les multiples et vivantes formules, u Nous abattrons », disaient-ils, « la féodalité et ses privilèges; nou« établirons (I l'égalité de droits entre les citoyens; nous éta- (( blirons la liberté du travail : et voici par Il quelles mesures nous empêcherons le retour

n des institutions abolies ». Personne n'eût été recevable à leur en demauder davantage.

Aujourd'hui, les défenseurs du privilège capitaliste ont-ils le droit de se montrer plus exigeants euvers les disciples de Karl Marx, envers tous ceux qui pressentent et aunoncent la Révolutioa prochaine ? On ne peut leur montrer dès à présent la Société collectiviste de l'an 2000. Mais on peut leur dire. — et puisqu'on le peut, oo le doit, — ce que sera l'œuvre du législateur révolutionnaire, enregistrant et consacrant les faits accom' plis. Il abattra le capitalisme; il établira l'égalité économique; il donnera à chaque travailleurriQté^ralité du produit de son travail; il assurera ainsi la liberté vraie : il lui appartiendra de prendre ses mesures pour empocher la résurrection des iniquitésdu passé.

Je voudrais donc non pas entreprendre un voy;ige vers quelque Icarie de rêve ou quelque Salente chimérique, mais tracer le cadre, à la fois iernie et souple, dans lequel pourra évoluer et se mouvoir k l'aise une société d'où seront bannis les privilèges et la notion même du capital. ,)e crois qu'il est possible, dès mainleuant, de discerner certaines règles qui, tout en maintenant dans la mobilité des choses les principes fondamentaux, s'adapteraient aux conditions de vie

d'une société de ce genre, toujours en travail de transformation, toujours en mal de progrès ; j'estime, en tout cas, qu'on en peut trouver dappropriées aux premiers besoins de la Révolu tion et aux débuts du nouveau régime.

Mou seul but a été de les chercher. Puissé-je n'avoir pas été trop indigne de la tâche 1

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