ACTE I. SCÈNE XV
IS
CHRISTOPHE
Et n'êtes-vous pas Kerven , vous , celui que je cherche ?
TOM , à part.
Tiens ! il me prend pour mon maître.
CHRISTOPHE
Quel bonheur que je vous aie trouvé tout de suite ! Vous ne me reconnaissez pas? C'est tout simple ! (i'abord , on ne peut pas distinguer les traits, puis il y a si long-temps que nous ne nous sommes vus ! mais vous ne pouvez pas avoir oublié mon nom! Donnez-moi donc la main, et répondez-moi! Elle est arrivée, pas vrai? vous l'avez vue?
TOM
Qui cela?
CHRISTOPHE
Elle!Loïsa! M"*Loïsa! elle est venue ici , n'est-ce pas?
TOM
Oui, maispardonnez-niol... il faut...
CHRISTOPHE, l'arrêtant.
Oh! je ne vous retiendrai pas !.. Un seulmot ! Je repars demain au point du jour !
TOM, à part.
h! il repart demain! (Haut.) Eh bien! que Avoulez-vous? qui vous amène ?
CHRISTOPHE
Elle! son sort! sou avenir !
TOM , à part.
C'est quelque amoureux de la petite.
CHRISTOPHE
Son mariage avec vous.
TOM
Avec moi ? { A part. ) Tiens ! est-ce que mon maître?., excellente occasion pour tout apprendre.
CHRISTOPHE
Ah! ça, Kerven, qu'est-ce que vousavez donc à ne pas me répondre? à marmotter tout bas? Estce que j'aurais égratigné votre fierté par hasard? ( Il indique ses habits. ) TOM.
Non ! une préoccupation... des affaire!
CHRISTOPHE
Ah ! soyez tranquille, je ne veux pas vous déranger... Mais tenez, moi je suis un franc Breton et je ne vois pas pourquoi je ne dirais pas la vérité. Parce que vous êtes devenu un beau monsieur... vous croyez peut-être... mais nous n'en sommes pas moins égaux , voyez- vous !
TOM
Ah! ah!
CHRISTOPHE
Air : Connaissez mieux le graii<i Eugène.
Jadis, au lieu qui tous deux nous vit naître, N'avons-nous pas joué, pauvres enfans?
Et, maintenant, Kervent daigne peut-être Se souvenir que nous é?ions parens ?
Souvenez-vous que nous étions parens.
Si mon habit vous offusque, et vous blesse, Mes sentimens sont tous dignes de vous : Les beaux habits ne font pas la noblesse, 11 faut songer au cœur qui bat dessous I N'oublions pas le cœur qui bat dessous.
Touchez donc là, cousin!
TOM , à pan.
Cousin! Mon maître serait flatté!. Débarrassons-le de ce malencontreux parent!
CHRISTOPHE, à part.
Il recule! ( Haut. ) Ah! pauvrefLoïsa 1
TOM, se rapprochant.
Que dites-vous de cette jolie (ille ?
CHRISTOPHE
Je dis qu'elle est encore meilleure qu'elle n'est jolie.. Tous pleuraient au village quand^ elle est partie !
TOM
Vraiment!
CHRISTOPHE
Et je veux leur porter de ses nouvelles, voilà tout!
TOM
Elle se porte à ravir.
CHRISTOPHE
Mais oii est-elle donc ?
TOM
Une dame a emmené chez elle la jeune Bretonne, et je vaissi, vous le permeltez..
CHRISTOPHE
La retrouver avec moi , je veux bien !
TOM
Cela ne se peut pas !
CHRISTOPHE
Oh ! je VOUS en supplie , laissez-moi vous suivre, Kerven!.. Je vous quitterai dès que j'aurai pu lui dire un dernier adieu.. Tenez, si mes habits et mes manières vous choquent... je ne dirai pas que nous sommes parens... je ne parlerai pas denot'pays puisque vous seniblez l'avoir oublié.. Voyez, je ne me plains pas de vous, et pourtant au village , si vous étiez venu dans ma pauvre cabane, ce n'est pas ainsi que je vous aurais reçu...
TOM
Mais...
CHRISTOPHE
Pas de mais! venez !.. Je vous apprendrai combien elle mérite d'être heureuse... combien vous êtes heureux d'en être aimé !..
TOM
Eh bien! venez donc! Je le perdrai en roule,
ENSEMBLE
AiB de l'Eitisc.
CHRISTOPHE
Venez donc! venez donc !
Rendez-moi sa présence :
Ce retard est trop long Pour mon impatience :
Je vais r' partir demain, V'uez, montrez-moi Tchemin.
TOM
Allons donc , allons donc I
Cédons à son instance ,
Ce retard est trop long
Pour son impatience :
Il va partir demain ,
Moi , j' vais le perdre en ch'min,