PREFACE
Sur un champ de luire, il arrive, par une journée de chaleur, qu'un mouvement inusité se produit. Un frisson passe sur les bêtes en onde électrique. Ln animal, taureau ou vache, bœuf ou cheval, se dresse, poussant un meuglement, un hennissement, un cri. où il y a de la plainte, de l'effroi, de la douleur, de la fureur. L'inexprimé de l'animal retentit avec la violence d'un appel. Immédiatement, cet appel de l'instinct est entendu par l'instinct. Toutes les bêtes se lèvent avec une rage irrésistible, rompent leurs liens, sautent les unes sur les autres, courent dans tous les sens, se heurtent à faire croire qu'elles vont se dévorer, renversent
il PRÉFACE
les gens suipris et alTolés, foulent aux pieds les maquignons et les acheteurs, cherchent une issue pour fuir. Les voix grondent, les yeux sont injectés de sang, les queues fouettent les flancs haletants, les sabots frappent le sol. On ne voit rien qu'une mêlée confuse dans un nuage de poussière que le soleil allume en poudre meurtrière.
Les vociférations des hommes, les pleurs des femmes, les gémissements des blessés changent la place paisible en un tumulte de champ de bataille. Tout à l'heure, peut-être, on va relever un mort, le ventre ouvert d'un coup de corne, la tête fracassée d'un coup de pied, le visage arraché d'un coup de dents.
Aussi subitement que la sauvage horreur s'est déchaînée, aussi subitement elle s'apaise. Les bêtes furieuses arrêtent leur course, soufflent comme après avoir tracé un sillon, monté une côte. Elles obéissent de nouveau docilement aux mains qui les conduisent, reprennent leur place, leur licol, leur passivité.
On donne à ce phénomène rapide le nom de la « Mouche », à faire croire qu'une bête a été piquée, injectée de venin, qu'elle a communiqué sa fièvre terrible aux autres, qu'ainsi le