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biï cliapclle, SCS i>illoresques maisons de bois et î^es l>outiquo>plus haules et \t\u^ UtësC'ii^ que ne le sont celles du Ponlc Vecchio de Florence, mais un jx)nl moderne sur lequel
roule durant tout le jour la plus compacte multitude de piétons et de voitures qui se puisse voir au monde — sauf peut-être à Tcntrée du Pont de Brooklyn vers six heures du soir. — On a calculé qu'il passe sur le pont de Londres plus de iSoooo personnes et de 25ooo voitures en un jour, et il faut toute Thabilcté des policemen de la Cité pour débrouiller les encombrements qui s'y produisent à chaque minute.
London Bridge est le point extrême où peuvent aborder les grands navires. Les bateaux d'excursion qui vont sur les côlcs et en Ecosse partent du pied même du pont. Plus haut ne montent plus que les remorqueurs, les barges et les petits steamers qui font le service de la rivière, toute une marine inférieure qui baisse ses mâts et ses cheminées pour passer sous les ponts.
A l'autre bout du pont de Londres est l'église du Saint- Sauveur, plus connue comme la cathédrale de Southwark. Son histoire est associée à tant de souvenirs historiques et littéraires qu'une visite du monument s'impose.
Elle a été construite au xni' siècle et elle appartint d'abord à l'ancien prieuré auguslin de Sainte-Marie Overy. Mais il ne reste plus de ce temps que le cliœur, le transept et la chapelle Notre-Dame, laissés intacts par les transformations de Téglise restaurée.
Celle-ci renferme de vieux tombeaux et s'éclaire de nouveaux vitraux commémorant Chaucer, Shakespeare, Massinger, John Flclcher et Gower qui, plus ou moins, eurent des relations diverses avec la Paroisse.
Le théâtre de Shakespeare, nommé Théâtre du Globe, était érigé près de là. Il fut détruit par un incendie le 29 juin 161 3.
Chaucer fait partir ses pèlerins de Cantcrbury du Tabard, une auberge voisine.
Le Tabard d'aujourd'hui est sans intérêt, mais un peu plus loin, dans High Street, est « le George », une vieille et curieuse hôtellerie du temps des diligences, la seule qui subsiste avec ses galeries couvertes — et qui évoque le souvenir du White Hart, situé autrefois à quelques pas, maintenant détruit, la Joyeuse auberge où pour la première fois Monsieur Pickwick rencontra Sam Weller, alors qu'il s'était jeté à la poursuite de miss Wardle et de son ravisseur Jingle. Sûrement un peu de l'esprit de Dickens flotte encore dans l'air de ce quartier qu'il a tant aimé et si souvent décrit : près d'ici était le King's Bench, prison que fréquenta Monsieur Micanobcr et aussi la maréchaussée où naquit et vécut la petite Dorrit.
A part des souvenirs, le quartier du Borough n'ofîre guère que des rues bordées de longs murs d'usines, de moulins et chantiers. J'y fus visiter la brasserie de Barklay, Perkins et C* : c'est une colossale entreprise qui fournit la bière à la majeure partie des public bouses de Londres et de ses banlieues. Vous vous figurez la quantité de liquide brassé qui sort de là journellement.
Le guide que l'on me donna me cita tant de chifTres impressionnants, établit des comparaisons si variées entre les gallons de bière vendus chaque année et la quantité d'eau fournie par certains fleuves, avec la circonférence de la terre, le dôme de Saint-Paul, que, les exhalaisons enivrantes de la bière fraîche qui montent de partout y aidant peut-être, je sortis étourdi, inconscient, avec des souvenirs fort imparfaits de tous les magasins, caves, cuves, mes, cours que je venais de voir.
Rejoignant la Tamise au j>ont de Blackfriars nous suivrons le long Victoria Embankment, notant au passage les verdures et les nobles lignes du Temple, les immenses caravansérails comme le Cecil et le Savoy, bâtis sur l'emplacement des palais des Tudors et
plus populaire de toutes les vues de Londres, la haute Clock To>vcr, la tour de l'Horloge et les maisons du Parlement avec leurs longs murs en terrasse, réfléchissant leurs belles lignes calmes dans les eaux larges du fleuve et balancées heureusement sur l'autre rive par les constructions de l'hôpital Saint-Thomas.
Plus loin, les murs noirs de Lambeth Palace offrent leur note vénérable qui contraste avec l'aspect moderne et utili-
taire des Polteries Doullon, dont les hautes cheminées égratignent les nuées.
Tate Gallery offre de l'autre côté sa masse un peu lourde
et compacte. C'est un musée qui contient des peintures modernes et de fort beaux Turner. Près de là est un coin que j'affectionne. C'est un chantier de bois, dont les matériaux proviennent de la démolition de vieilles frégates. Une affiche vous prévient qu'ici se vendent les bûches de vieux chêne, si fameuses pour leurs belles flammes colorées, et les grandes figures placées à l'avant des navires, monstres, guerriers et déesses, conservées ici, disent les souvenirs glorieux des « Téméraire » et des a \ igilant » du temps passé. Apres cela nous retrouvons les bords connus de Chelsea et de
Battersea, puis Fulham, Putney, Hammersmllh, Chiswick avec son mail et sa vieille église où repose Hogarih.
La rivière a repris son aspect paisible et quand nous arriverons à Kew, elle coulera champêtre et douce le long des beaux jardins.
Kew, c'est déjà la grande banlieue de Londres, surtout pour qui a suivi les méandres de la Tamise ; par voie de terre, on pourrait prendre la petite ville pour Textréme faubourg Ouest de la capitale, étalée interminablement.
La parure de KeW, ce sont les célèbres jardins botaniques qui, une fois de plus, vous montrent le culte fervent des Anglais pour les beautés naturelles. Vous verrez là, entretenus avec des soins infmis, cactus et fougères, orchidées et palmiers, et une adorable serre de nénufars. Sans attacher trop d'importance aux petits temples qui
décorent les jardins dont s'entoure le palais en briques de Georges III, engagez-vous dans les allées ombreuses de rArboretum, qui s'étend jusqu'à la Tamise, ou, pour la plus grande joie des yeux, amis des tons chauds ou délicats, admirez les magnolias et les azalées, et aussi les rhododendrons du Hollow Walk.
Je m'arrache, non sans peine, à ce rêve fleuri... et, puisque rien ne fait mieux comprendre la vitalité de Londres que ses violents contrastes, franchissons plus de vingt kilomètres à vol d'oiseau; nous sommes dans TE^st- End : regardons.
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East-End. — Passé Bishopsgale-Street, London change totalement d'aspect et est une autre ville vivant sa propre vie avec d'autres mœurs, d'autres habitudes, d'autres coutumes, d'autres ambitions que celles que nous avons entrevues dans l'Ouest. C'est une habitude de s'apitoyer sur le sort des habitants de l'East End et de déclarer ces quartiers lointains tristes et laids, à la grande indignation des cockneys, qui tirent honneur d'être nés dans le cercle où s^entendent les cloches de Bow. Il y a dans Mile End Road — le Bond Street et le Piccadilly de ce côté — déjeunes personnes qui, tout en sacrifiant
le luxe de leurs bottines à celui de leurs chapeaux, ne s'en estiment pas moins de <( perfect cadres )),le prouvent par leurs plumes et leurs franges et dédaignent Mayfair et Belgravia.
Quoi que Ton puisse vous dire dcTEst, allez-y, etbientôt vous découvrirez qu'il abonde en coins inattendus, en reliques du passée en groupes et scènes pittoresques, en tableaux passionnants, en ombres et lumières du plus attrayant caractère.
On y trouve de ces auberges à la vieille mode, avec leur enseigne se balançant au haut d'un mât — beaucoup de vieilles maisons sont encore
debout, comme Bulcher's Row dans Aldgate, rangée de
petites boutiques du xvii® siècle, depuis ce temps occupées
par les étals de bouchers — ou bien
la Trinily Almhouses, un carré de
petites maisons datant de la môme
époque, destinées aux vieux marins
ou aux veuves de marins au nombre
de soixante. La chapelle est à un bout
et au milieu est un gazon avec des
bancs où les loups de mer viennent,
je pense, se conter leurs aventures,
leurs voyages et leurs naufrages.
Dans Whilechapel, de fameuse
réputation, les juifs prédominent. C'est le ghetto de Londres. Traqués de Pologne, de Russie, ils apportent ici leur ruse héréditaire.
Réfléchis, tenaces, rapaces, ils pullulent et leurs profils crochus ou aplatis, leurs tignasses noires, leurs yeux profonds et bridés d*Orientaux contrastent dans la foule avec le tyjKî normand ou saxon , aux yeux bleus, haut et blond, batailleur et imprévoyant. Il est certaines rues aux alentours de Petticoat Lane où vous pouvez vous croire n'importe où, excepté en Angleterre :
les ty|)es sont étrangers, les femmes se dra[)ent dans des loques multicolores ; des enfants aux tignasses crépues, au teint olivâtre jouent dans les ruisseaux; il ne se prononce pas un mot d'anglais et pas une affiche, pas une enseigne n'est compréhensible à celui qui ignore l'hébreu. La plupart de ces juifs sont brocanteurs, trafiqueurs de toute espèce de vieilles choses, et particulièrement de vieux habits. Il y a, chaque dimanche matin, dans Middiesex Road, un marché à la brocante, où se vendent les choses du monde les plus extraordinaires et les plus imprévues. C'est une foule, une cohue sans nom, où les ty[>es abondent ;
écoutez les boniments des vendeurs, juches en haut d'échelles, offrant avec force lazzis des défroques démodées, usées, finies, portées déjà par un bon nombre et qui, rapiécées cncon% jKisseront sur les épaules du jiauvres et tristes boufiiTs ; € uni me leurs devanciers, ils lo.s < ngageront pour quelques prnnies, chez le Pawnbrnkci", le préleur sur gages, LHiutil les remettra sur le marché un prochain dimanche !
A Houndsditch — in Phir s Buildings est le marché central de ces piteuses loques ; le droit d'entrée coûte un i^enny, c'est peu et je crois que vous donneriez de
grand cœur un louis pour en sortir, une fois pris dans la foule des chalands.
Il faut visiter TEast-End à toute heure et à des jours différents, car il renouvelle sans cesse ses aspects.
Par une mialinéc d'hiver, allez voir Farmée des travailleurs en marche sur les usines, les docks et les chantiers.
La rigueur du chmat, une vie dévorée de travail, la dure lutte parmi les foules affamées
pourchaquecroûtedeson pain, donne ce regard dur et usé aux visages pauvres des ouvriers londoniens.
Si les plus jeunes sifflent, la plupart ont l'allure lourde de betcs de somme passives et ahruties par un labeur surhumain.
L'exploitation de ces juifs venus de Pologne ou de Russie est quelquefois scandaleuse : les entrepreneurs les traitent comme des esclaves, pratiquant sur eux le révoltant « sweating system », le travail manuel réduit au plus bas prix possible.
Les législateurs, les congrégations religieuses, le clergé, la presse s'en indi-
11 ne 1 i guc pour rcpi i m cr
ces manœuvres, elle publie des chiffres, des statistiques, cile des cas désolants.
Une femme coud des pantalons à quafre sous la paire et a souvent travaillé jusqu'à quatre heures du matin pour attraper une croûte de pain.
Des familles vivent h huit ou dix dans une seule chambre, travaillant du matin au soir, ne prenant que quelques heures de repos, sans feu, dénuées de tout, vivant de rogatons et de thé faible.
Les cas de décès par excès de travail sont fréquents, surtout chez les jeunes fdles :
il n'y a rien d'étonnant à cela, quand on pense qu'à Woolwich de pauvres femmes font des chemises à douze sous (six pence) la douzaine !
Ceci est le résultat d'une situation économique Inquiétante, d'un état de choses réglé par la loi de l'offre et de la demande, et par le Struggle for life, terrible en ce pays.
Mais je m'écarte Ici de mon sujet, et m'empresse d'y revenir. Le samedi soir montre l'East dans toute sa splendeur et aussi toute son horreur. Les rues resplendissent de lumière, les victuailles débordent sur le pavé, les foules inondent la chaussée. Jusqu'à plus de minuit c'est un marché ouvert à
tous vents, de longues files de petites charrettes envahissent les rues. C'est alors une profusion extrême, désordonnée, de légumes et de fruits, de viandes et de poissons, de bas morceaux et de rogatons, plats bon marche dont raffole le peuple, poissons frits, pâtés d'anguilles, moules au vinaigre ou pieds de mouton, à côté d'étalages de brocanteurs, de las de vieux chapeaux, de vieux outils, de vieilles chaussures.
Tous ces vendeurs, crient, hurlent, glapissent, vocifèrent sur tous les tons, mènent un tapage d'enfer; la scène est fortement éclaire^e par les jets de lumière farouche que lancent les torches au pétrole.
Parmi la foule houleuse, des centaines de camelots passent et repassent, proposant des journaux, des chansons, des boutons ou bien des bibelots d'un penny, de ces jouets de pau>Tes faits de riens, de ficelles, de fer-blanc, de carlon ou de papier argenté. Puis au coin des rues, des pianos mécaniques moulent des airs populaires aux sons desquels dansent la gigue toutes les petites filles et tous les bébés du quartier, un pelit monde en lofjues et haillons, poussant dans le ruisseau. Un peu plus loin vous pouvez assister à une rixe de femmes :
les assistants rient, s'amusent, battent des mains en cadence, forment le cercle autour de deux mégères qui se déchirent la liice a coups de griffes, mettent leurs nippes en lambeaux, s'injurient, s'égosillent k en perdre le souffle. Le
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sang coule, Tassistance trépigne. De grosses femmes en Iradilionnel costume — châle à carreaux, tablier blanc, chapeau à plumes et canotier — sont prises d'un rire hystérique qui secoue toute leur graisse malsaine comme un paquet de gelée.
L'arrivée seule du policeman met une fin à ce hideux spectacle.
Des chants s'élèvent, vous vous dirigez vers le bruit. C'est un missionnaire laïque préchant au coin du trottoir. Il commente un verset de la Bible pour une vingtaine d'assistants qui l'écoutent gravement, ce sont des ouvriers, des dockers, des matelots, des rôdeurs, un soldat. De sa voix monotone l'homme explique le texte sacré, exhorte l'auditoire à songer à sa fin prochaine, à la vie future : il parle longtemps sans paraître fatiguer ses catéchumènes, et quand il a fini, à bout d'arguments, il fait le tour de l'assistance, distribue des recueils d'hymnes et entonne un cantique : tous reprennent en chœur, accompagnés par un. petit harmonium que tient une vieille dame aigre ou une jeune fille d'aspect agréable.
Des passants se rapprochent, quelquesuns pressés, chargés de paquets : ils sortent un livre d'hymnes de leur poche, chantent avec les autres, écoutent quelques minutes le prêcheur et
disparaissent en courant, heureux sans doute d'avoir altrape quelques bribes de la Bonne Parole.
Après cela, ne les croyez pas des petits saints ! Nulle part le vice n'est plus horrible, ce ne sont partout que hideux tableaux de débauche et de dépravation. L'ivresse lourde du whisky ou du gin rend ces malheureux semblables aux brutes, les femmes s'enivrent aussi bien que les hommes, et l'on a des apparitions d'enfer à contempler ces affreux visages
de vieilles, abrutis, le regard vide, la peau couleur de cendre, — i8i —
marqués de tous les stigmates des dernières abjections. Je ne puis chasser de mon esprit la triste et hideuse vision que j'eus en décembre dernier d'une jeune femme couchée par terre, ivre-morte, dans une mare de whisky. Son petit enfant, tombé avec elle, dormait bleui par le froid, un peu de sang coulait le long de sa joue. Des policemen secouèrent la misérable créature, elle ouvrit des yeux stupides et retomba : il fallut remporter sur une charrette.
L'ivrognerie, voilà la grande tare.
L'alcool est presque nécessaire sous ce climat, par cette pluie continuelle, dans ce brouillard glacial. L'homme s'y habitue vite, s'en fait une nécessité et retombe dans le fossé, fatalement. Les églises, les pasteurs de toutes religions, les associations de toutes sortes luttent pied à pied de tout leur pouvoir, et il faut Tavouer, souvent avec un succès inespéré. L'œuvre de l'Armée du Salut dans le East End est admirable, et on '"^ peut dire que la physionomie des loin-
tains quartiers a sensiblement changé depuis vingt ans, grâce à son influence.
Je suis frappé, pour ma part, de voir que chez ce peuple soucieux avant tout des droits de l'individu, l'action collective ait tant de prise sur les particuliers; je ne sache pas
qu'en France où l'« homme libre » est toujours prêt à se laisser mettre en tutelle, on ait chance d'obtenir des cures semblables par un enseignement d'État ou par tel autre
moyen de propagande. Les conférences ou les affiches antialcooliques ont-elles corrigé beaucoup de buveurs invétérés ?
Je le souhaite, mais il faut bien avouer que, de ce côté-ci du dé troit, la prédication morale ou religieuse, les tentatives les plus respectables et les plus utiles, ont le plus souvent connu rindiffé rence ou la raillerie.
Mais ne noircissons pas à Fexcès le tableau de notre faubourg londonien : il a aussi ses lumières, et par un jour de Bank Holiday le East End est joyeux et agréable à voir.
Par les beaux après-midi d'été le Mile End est couvert de voitures qui se dirigent vers Wanstcad et Epping, les Champs-Elysées, le
Paradis du Londres de TEst, — équipages populaires bien entendu — les cockneys méprisent le Mail coach et se contentent fort bien de leurs charrettes, wagonnettes, tapissières et même de leur véhicule favori, la voiture h ânes. Le dimanche venu, le coster-monger entasse sa famille dans la charrette sur laquelle toute la semaine il a promené les légumes de saison. L'élue de son cœur en occupe le centre, paradant en ses atours d'été , fière de »es boucles d'or et de son pharamincux chapeau. Les petits se groupent autour, le \)vre a sa place sur les brancards, les jambes pendantes, et « Jack » le bon bourriquot s'en va à son allure habituelle vers le grand air, les pelouses, les petits sentiers, les ruisseaux et la mousse.
Ce ne sont plus les manières du West End, comme vous le pensez bien, et les formahtés de l'étiquette sont d'une autre nature. Ici tous se connaissent ou semblent se connaître, on s'accueille chaudement, les gens en voiture ou sur les « bus » sifflent les amis qu'ils reconnaissent sur le trottoir. Ceux-ci
repondent par des hurrahs et des « chcers » prolongés.
Tant de cordialité fait naître une gaieté générale et le
dimanche, si triste dans TOuest, se passe dans TEst sans
mélancolie aucune; si T Angleterre s'intitule quelquefois
i< Merry England », joyeuse Angleterre, c'est ici qu'elle mérite son surnom.
Cette bonne humeur, vous la constaterez dans les Comly Courts, les justices de paix où se jugent les contraventions, les cas peu graves : les grands journaux de Londres en publient quelquefois des compte rendus, dont la saveur comique ne le cède en rien aux fameuses audiences que sténographia notre Jules Moinaux avec tant d'humour.
Les théâtres et les « music hall » de l'Est vous renseigneront mieux d'ailleurs, sur les goûts et les coutumes du jKîuple que ne le fera ce palais de \Miitechapel, où jx)ur l'éducation des masses Télile de Londres expose chaque année ses plus beaux tableaux, ses meilleurs meubles, ses plus splendides tapisseries, ce qui
n€ va pas sans
nie, n'esl-ce pas ?
Le parc Victoria est aussi donné comme une preuve de la sollicitude des pouvoirs publics pour la classe ouvrière : rien n'y manque, pas même les cygnes et les gondoles sur les deux étangs ! Il faut le voir aux jours de repos , le samedi soir ou le dimanclie,.
en belle saison :
jeux ici, là, danses en plein air, et ripailles dignes d'un Téniers !
Malgré tout, jamais on ne revient gai de l'East-End : tant de grosse joie bruyante tombe vite; c'était remporlement faclice de gens qui veulent oublier le dur labeur de la semaine, et qui, le soir venu, se sentent guettés et ressaisis par Tusine ou les docks. Si la fête continue, c'est l'ivresse brutale, la sale débauche, la rixe souvent mortelle.
Ecliappons-nous et revenons vers l'aristocratique et riche West-End.
Peut-être n'y Irouverons-nous plus autant de charme, car l'image nous poursuivra de gens qui ne connaîtront
jamais les vraies joies de la vie, celles qui Ja font digne d'être vécue. Dans ce Londres aux violents conlrastes, celui-ci est peut-être le plus fort de tous, et plus d*un étranger s'en
indigne. Mais quoi ? chacun ici semble y être fait : rien n'est moins anglais que la récrimination inutile ou que la vaine pitié. Malheur à ceux que broie le « moulin social », dont
nous parle Taine, dans ses Notes sur T Angleterre. L'extrême misère n'est-elle pas ici, plus qu'ailleurs, la rançon nécessaire de tant de force et de richesse?