AMÉRIQUE
P. brunnea (Awérique du Nord)
P. laevis (Haïti)
P. expectaia (Paraguay) PEROCISD.
(Brésil) Spondylis (Mexique)
Derobrachus (Géorgie-Colombie)
Monodesmus (Cuba)
S. molarius (Colombie)
S. maxillosus (Petites-Antilles)
Callipogon
(Colombie, Antilles, Mexique)
Poecilosoma (Brséil)
C'est-à-dire que les proches parents des Prioninæ atricains se trouvent à Madagascar, en Asie, en Océanie et en Amérique : le type le plus inférieur, Parandra, manque à Madagascar, les types moyens ont des représentants dans toutes les contrées précitées, le type supérieur (Macrotoma) marque en Amérique. En ce qui concerne l'Asie, c'est en Perse et en Syrie que; se rencontrent surtout les formes archaïques, les genres supérieurs ayant leurs représentants dans l'Inde; pour l'Amérique, la Colombie et les Antilles sont les pays où se trouvent le plus de formes primitives.
Au point de vue phylogénétique, aucun type africain ne peut être considéré comme l'ancêtre direct d'un de ses congénères malgaches, asiatiques, océaniens ou américains, mais tous ces Prioninæ proviennent respectivement d’une souche commune: cest tantôt le type africain qui est le plus près de cette souche commune (Acanthophorus, Slenodontes), tantôt le type malgache (Macrotoma), tantôt le type asiatique (Parandra), tantôt le type océanien (Callipogonini), jamais le type américain, lequel semble toujours se rattacher à un représentant océanien.
Tous ces résultats sont corroborés d'une manière frappante par l'étude des groupes de Prioninæ qui n'ont pas de genre africain, et il y a une concordance trop remarquable entre la répartition géographique de tous les Prioninæ pour que les conclusions suivantes qu'il y a lieu d'en tirer ne renferment pas ou moins une grande part de la vérité.
Lorsque les Longicornes se sont constitués, probablement au début de l'ère secondaire, il existait un continent équatorial aujourdhui partiellement englouti sous l'Océan Indien et sous l'Océan Pacifique; ce continent comprenait l'Afrique orientale et l'Arabie; la Syrie et la Perse y étaient rattachées ; il se prolongeait en Océanie, passait par la Malaisie et les îles Fidji, envoeyait un cap jusqu'à Honolulu, un autre jusqu'à la Nouvelle-Zélande, et se terminait en Amérique. L'Australie actuelle semble n'en avoir fait partie qu'un peu plus tard. de même que Madagascar, mais il est probable que de la Malaisie partait une langue de terre qui aboutissait à l'Afrique australe.
C’est sur ce continent, vraisemblablement dans la contrée recouverte actuellement par l'Océan Indien, que se sont produits les phénomènes de variabilité qui ont donné naissance aux divers types de Prioninæ et particulièrement aux genres existant en Afrique.
Plus tard, sans doute au début de l'ère tertiaire, lors de l’éparouissement du genre Macrotoma, relativement moins primitif, il est probable que le continent équatorial était déjà brisé en deux parties : un continent oriental, comprenant l'Amérique, la Polynésie, la Papouasie et l'Australie, et un continent occidental comprenant la Malaisie, l'Inde, la Perse et la Syrie, l'Afrique orientale et occidentale, Madagascar. C'est à ce dernier continent que Haeckel a donné le nom de « Lémurie ».
Ensuite, l’île que formait l'Afrique australe se rattacha à l'Afrique orientale, Madagascar s’isola, la communication avec l’Inde et avec la Malaisie fut engloutie, et l'Afrique méditerranéenne, peuplée de formes syriennes, fut réunie à l'Afrique tropicale; pendant ce temps le Congo, qui avait antérieurement été un lac intérieur, se vidait de ses eaux, et venait compléter l’ensemble qui constitue ce que lon appelle l'Afrique.
La seule étude des Prioninæ nous permet de refaire en partie l’histoire du globe; elle nous révèle pour l'Afrique cinq périodes :
Première période. — L'Afrique est représentée par deux caps occidentaux du
continent équatorial : l’un des caps est l'Afrique australe, l'autre l'Afrique tropicale orientale. Parandra Thunbergi et Nothophysis caffra arrivent de la Malaisie dans l'Afrique australe, Parandra Kolbei et Parandra gabonica arrivent dans l'Afrique tropicale.
Deuxième période. — L'Afrique australe cesse d'être en communication avec la Malaisie, mais elle se rattache au continent équatorial par l'intermédiaire du Nord de Madagascar qui fait partie de ce continent; l'Afrique tropicale s'étend vers l'Ouest et entoure le la congolais. Des types de Prioninæ du continent équatorial pénètrent les uns dans l'Afrique australe et à Madagascar (Megopis), d'autres dans l'Afrique australe, à Madagascar et dans l'Afrique tropicale (Wacrotoma de la première branche), d'autres à Madagascar et dans l'Afrique tropicale (Æoploderes), d’autres enfin dans l'Afrique tropicale seule (Jamiwonus); les Prioninæ de l'Afrique orientale s’avancent dans l'Afrique occidentale et s'y épanouissent en espèces nouvelles.
Troisième période. — L'Afrique australe et l'Afrique tropicale sont réunies et ont perdu toute communication avec le continent équatorial, dont il ne reste plus à proximité que Madagascar transformée en île. Les Nothophysis passent de l'Afrique australe dans l'Afrique tropicale, un Macrotoma et un Acanthophorus passent de l'Afrique tropicale dans l'Afrique australe.
Quatrième période. — L'Afrique se complète par l'addition de la région méditerranéenne, dont les Prioninæ sont d’origine asiatique. Prionus pectinicornis passe de l'Algérie au Sénégal, Macrotoma palmata descend le Nil jusqu'en Égypte.
Cinquième période. — Le Congo achève de se dessécher. Il est envahi au Nord par des Prioninæ de l'Afrique occidentale, à l'Est par des Prioninæ de l'Afrique orientale, au Sud par des Prioninæ de l'Afrique orientale et de l'Afrique australe.
Il n'est pas possible de déterminer, par l'étude des Prioninæ, la chronologie exacte des trois dernières périodes, lesquelles constituent probablement des phénomênes partiellement contemporains; la Géologie ou des recherches sur d’autres uroupes d’Animaux pourraient nous renseigner à cet égard, mais je n’aborderai pas actuellement ce domaine, ayant voulu seulement exposer objectivement les résultats positifs auxquels nous mène la seule étude méthodique et raisonnée d’un département très exigu, mais bien choisi, de l’'Entomologie.