‹ Lord ByronChapitre 1 sur 116 · Lord Byron · texte numérisé non relu

Lord Byron

LoBSQUE la vive douleur qu éveille en nous la perte d'un grand hoinme vient à se calmer, le premier besoin qu'on éprouve est , je crois, d'arracher à la mort tout ce qu'on peut lui enlever. On rassemble ses souvenirs, on veut retrouver les traits , les pensées , les impressions, et jusques àFaccent delà voix de celui qui n'est plus. On cherche partout cette âme immortelle qui échappe au temps, ce cœur qui battait si vite, et qui donnait sa brûlante empreinte à tout ce qui s'en exha* lait. Le génie est ime apparition si belle et si rare quon ne saurait trop consacrer soti passage sur la terre , et trop honorer sa mémoire. Si l'éclat de la j^loirc de lord Byron fut

vj PREFACE.

obscurci par quelques erreurs, Tensemble imposant de sa vie, et surtout sa glorieuse fin, ont droit à notre admiration la plus vive. Je sais qu'il me manque bien des choses pour être digne de traiter un pareil sujet ; mais cette admiration^ je la sens, et les mots me viendront, j'espère, pour l'exprimer. D'ailleurs, rhëritier de la brillante couronne de lord Byron , le poète qui succède à ses honneurs en Angleterre, Moore, son ami et son émule, possède encore de lui des manuscrits précieux , dont il compte donner des extraits au monde : ce n est donc qu en attendant que je me hasarde à publier ceci.

Le génie de lord Byron a été goûté en France, mais non apprécié et senti comme il doit Tétre : on a confondu le sublime avec le bizarre, Tenthousiasme avec le délire. Ces erreurs avaient souvent éveillé en moi le désir de faire une revue des poèmes de ce grand homme en racontant l'impression que j'en recevais , et cette idée se ranima avec force au moment de sa mort. Ses œuvres me sem-

PHiFAGB. Vij

blaient renfermer d immortels mémoires de sa vie.

En éSety toute son existence fut poé-»

tique. Il unissait à la force de Tâme la puissance des actions. U traduisait ses sentimens, ses émotions, en une langue divine, n sentait^ il Tivait, il agissait en poke:

c'est donc dans ses chants qu'il &ut le chercher; c'est là qu on retrouve âon àme géné* reuse, son imagination puissante, son cœur froisse par le monde, tour-à-tour abattu et renaissanL Là, toutes ses impressions se retracent comme dans un miroir magique, et lui-même est lenchanteur qui nous révèle ces mystères. Frappée de cette idée, j'essayai de la développer dans un article sur lord Byron que je destinais à la Revue Encyclopédique : peu à peu le cercle que je e'tais tracé s'agrandit : un ami du poète ànglàis qui avait yécQ dans son intimité , voulut bien me donner des détails sur sa jeunesse , ses habitudes, son mariage; un singulier hasard me procura deux pièces de vers de lady Byron, qui

yiij prMfack.

n'ont jamais paru ni en Angleterre , ni en France; un colonel autrichien au service des Grecs me communiqua d'importans rensei- ^emens. Je reçus aussi des notes d'Italie. {*) J'eus des pièces inédites ; enfin, le but de mon Ouvrage, qui était de rendre hommage au caractère et au génie de lord Byron , me valut tant de bienveillance et de zële de la part de tous ceux qui l'avaient connu, que je fiis obligée de changer mon plan, et au lieu d'un article de journal, de faire deux volumes.

Dans le premier, j'ai conservé une partie de la pensée que j'avais eue d'abord : j'ai mêlé aux iaits les citations des passages qui m'ont semblé concerner plus directement le poète.

J'ai joint le texte à ma traduction, parce que j'ai Toulusurtout faciUter aux personnes qui s'occupent de la langue anglaise l'intelligence de l'original qui sera toujours presque intra* duisible en français. Âux vues particulières

(^) Il en est, cependant, dont je ne ferai point usage, assez d'autres pcrsomies s'euipresseront de publier tout ce qui peut donner lieu au scandale.

PRiFACs. ix sur lord Byron, j'ai fait succéder quelquefois des considerations générales sur la littérature anglaise et silr la nôtre, sur le théâtre de Shakespeare, etc.; fai cru pouYoir le laire sans nuire à Imtérêt, d autant plus que ces aperçus, fort superficiels, d'ailleurs, se rat'taehaient inmiediatement à mon sujet.

Le second volume se composera de faits, et de morceaux inédits. On y trouvera la lettre entière dont est tiré le foc siniUe. Elle fut écrite de Gènes, très peu de temps avant le départ de lord Byron pour la Grèce ; il y donne son opinion sur le célèbre Walter Scott.

En publiant le premier valume avant le second, qui ne pourra paraître que dans quinze à vingt jours, je cède aux vœux de quelques personnes qui n'ont cessé de me répéter depuis le commencement de mon travail : «c HàteiHrous donc ! vous arriverez trop tard, j» Comme s'il n était qu'un temps en France , pour honorer le génie ; comme s'il passait sur notre sol sans y laisser sa trace

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lumineuse et brillante. Non, non, il nen est point ainsi. Tout ce qui est noble et beau aura toajoors un culte et des adorateurs dans notre chère patrie ; ni 1 égoisme , ni la froideur du reste du monde, n'atteindront jusqu'à elle; et quand Findifférence menacerait de tout envahir^ on trouverait encore parmi nous des âmes qui sauraient s affranchir de cette triste influence, et qu'enflammerait encore un généreux enthousiasme. Cest à celles-là que je m'adresse ; ce sont elles qui, fermant les yeux sur mes dé&uts, verront, j'espère, dans cet Ouvrage, le besoin de mériter leur estime, et peut-être un jour leurs encouragemens et leur suffiage.

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