‹ Lord ByronChapitre 10 sur 116 · CHAPITRE TROISIEME. afft · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIEME. afft

les Anglais. S'ils ne Font pas inventée, ils lont du moins variée k l'infini; et lenr pensée s y

montre aussi indépendante que dans leur littérature. C'est nn ensemble de défiints bizarres et de beautés sublimes , mais toujours -conçus et exécutés avec une entière liberté. Presque tous les beaux édifices de l'Angleterre sont gothiques ; on n'a pas , comme en France, la barbare manie de tout détruire pour rebâtir à la moderne. La nation et les individus protègent lo passé et Tentourent d'un saint respect; on soigne les jouis^ sances de l'imagination. Il faut aux Anglais d'antiques manoirs , des ruines , des mystères; tout ce qui , enveloppé dans les brouillards du temps , ou dans le vague de Finconnujeiir permet de rêver f de deviner, de créer. Je sais bien que c'est un prestige de plus en £iveur de Taristocratie ; mais c'est la cause de la poésie que je plaide , et non celle de la justice. Où se réfugieraient les arts et les muses , s'ils étaient condamnés à habiter les champs gras et fertiles de la Flandre ?

Ce fut à Newstead-Abbey que lord Byron composa son premier ouvrage , Les heures d*oisweté. On y trouve des pensées fortes, exprimées en vers faibles; des sentimens pleins d'ardeur et de générosité (*), et une profession de foi qui contient tout son avenir. Elle est dans une épitre adressée

(*) Vojcs la lipome à rimpromptu qui prut dant Ira jiwrMtix ttir laniott de Fox.

sti LOUD BTftOlf.

il un de ses camarades de collège, au duc de D***. la traduis ici presqu'en entier.

•c Cher D — r — t! Tes premiers pas ont erré avec moi sous i ombrage du Moiit Ida. Toi que ma tendresse in*apprit à défendre, et dont je fus Tami, et non pas le tyran, malgré les lois de notre république

qui t ordonnaient d obéir, et à moi de commander

dans peu d'années, le sort amassera sur ta tète le don des ricbesses et Torgueil du pouvoir. Dès à présent tu portes un nonoî illustre, renommé dans l'histoire, et peu distanl du trône. Mais que ces vains debors ne séduisent pas ton âme, et quand ton précepteur, passif, craignant de s*attirer la haine de i*enfant titré dont le souffle peut Félever un jour, verrait tes erreurs d*un œil indulgent ; quand il encouragerait les défouts

I) — r— l! wbosc caily steps with mine h^vc stray *d, Ëxplorbg every path of Ida's glade , Whom y stilly affection taught me to defend, And made me less a tyrant than a friend;

Tho' the harsh custom ot* our youlhl'iil l>and I»ade ihee obey y and gave nie to comoiaud J'hee, on whose head a fiew short yean will shower The gift of riches and the pride of power; I'Acn now a nainr iUiistrioiis is thine own, Kcnown'd in rank, not I'ar l>cneath the ihroue. Vet, D— r— t, let not this seduce thy soul.

To shun fair science , or evade controul; Tho' passive Uitors, fearfnl to dispraise

CHAPlTltE TROISIÈME. 2^

qu'il n'ose chAtier, je t*en supplie ne fuis pis les

sciences, uc te révolte pas contre un frein salutaire.

€ Lorsque de jeunes parasites plieront le genou devant la ricliesse, leur itlok*, non devant toi; car, dès la simple et candide adolescence , on trouve des esclaves prêts à flatter et à ramper : quand ils te diront que la pompe doit entourer celui que sa naissance appelle aux grandeurs; que les livres ne furent

écrits que pour amuser des rêveurs ou des insensés ; que les esprits supérieurs dédaignent les règles ordinaires , ]» ne les crois pas! Ils montrent le sentier qui conduit à la honte ; ils cherchent à ternir Thonueur de ton beau nom. Alors, tourne-toi vers ceux des compagnons de ton enfance dont Tûme ne craint pas de con-

The titled diild, whose future breath may raÎM , View ducal errors with indulgent eyes , And wink at laolu they trembk to chastije.

When youthful parasites, who bend the knee To wealth, their golden idol, not to thee!

And, even in simple boyhood's opening dawn.

Some slaves are found to iatter and to finvn: When these declare : « That pomp alone should wait a Ou one by birth predestin'd to be great; « That hooks were oidy meeni for drudging fools, « That gallant spirits scom the common rales. 9 Beliere them not,— they point the path to diame, And seek to blist the honours of thy name :

Turn to the few, iu Idas early throng, Whose souls disdain not to condemn the wrongs

•a 8 LORD BYUON.

damner le mal; et si, parmi eux,, il ne s'en trouvait

pas un qui usât iv faire entendre la voix impérieuse de la vérité, demande-la à ton cœur, il t'avertira du danger; car, je le sais, la vertu y réside.

a Oui, j'ai veillé sur toi pendant bien des jours. Mais à présent de nouveaux soins m'appellent. Oui , j'ai vu que ton âme généreuse était ibrmée pour le bonheur du genre humain, jâhl quoique moi-même je sois if un naturel hautain, bizarre, impétueux , dominé par le caprice, la proie de mille erreurs qui préparent ma chute y je voudrais tomber seul» Quoiqu'aucun précepte ne puisse maintenant dompter mon cœur allier, j'aime les vertus que je ne pratique pas.

Or, if amidst the comrades of thy youth, None dare to raise the sterner voice of truth , A«k thioe own lieart! 'twill bid thee , boy , forbear , For I know, that virtue lingers there.

Yes! I have niark'd thee maiiv a [)asj»iiig day. But, now new scenes invite me lar away; Yes! I have oiark'd, within that gênerons mind , A soul, if wdl matnr'd, to bless mankind; Ah? Ûio' J mynelfj by nature haughty j wUd j, if horn Indiscretion hail'd her favourite child; l^ho* ef'iy error stamps rne for her oun , * And doom§ my/aU,J fiUn would JuU ahne} Tho* my proud Asarino precept^ now, can tama, i h%fe iho idrttt€$ which I cannot claim.

*Tis not enough with other sons of power.

To gleam the hmbent meteor of an hour^

CnAVilIXE TROISIKiMK. aj)

c Nod , ce n*est point assez de briller oonfimdu avec

les eniuiis du pouvoir , comme un météore qui passe et s'évanouit; d'enfler les annales de la noblesse de vains noms qu'on ne retrouve plus ailleurs; de partager avec la foule titrée le sort commun ; dVHre dans cette vie un moment entrevu, oublié dansle tombeau. Là, rien ne te séparera du vulgaire, si ce n'est la pierre glacée qui pèsera sur ta tête, Técusson tombant en poudre, ou le parchemin du héraut-d'armes. Les grands qui meurent sans gloire uWt trouvé que la tombe pour transmettre au monde, après eux, un nom méprisé. Là dorment, inaperçus comme les voûtes sépulch raies qui cachent k*ur poussière, leurs folies et leurs fiiutes , une longue suite d'aïeux recouverts d'armoiries destinées à u être jamais lues. Ah ! que ne puis-je te voir d'uu

To swell st>rnc peerage page iii feel)lc priHc , With loog-drawn names, that grace do page bcsiiie; Then shue with titled crowds the common lot.

In fife josl gas'd at, in the grave forgot; While nought divides thee firom the vulgar dead, Except the dull cold stone that hides thy head , I hc mouldering \scutcheoii , or the herald's roil, That weUremhlazon'd, but negiecled scroll.

Where knrds, anhonoar'd, in the tomb may find One spot to leave a worddess name behind; There .sleep, uunolic'd as the gloomy vaults, That veil their dust, their lollies , and their laults; A race, with ohi armorial lists oerspread.

In raoords, dcstin'd never to be read.

3o LORD BTBOir.

œil prophétique, paimi les sages et les hommes vertueux, parcourir une longue et glorieuse carrière! IjC premier par ton rang, par tes vertus, par ton génie, foulant aux pieds les vices, exelnpt de toute bassesse, non le favori de la fortune , mais le plu$ noble de ses Bis! » O

Un pareil langage, dans la bouche d'un jeune

homme de dix-neuf ans, n'auaonrait pas une âme commune. 11 était d ailleurs facile de reconnidtre, dans Fensemble de ces poésies, an être qui aspirait à de hautes destinées et qui déjà ne bisait plus partie de la foule: on y rencontre à cliaque page des promesses de gloire pour l'avenir. Qui ne serait ému du pressentiment d'immortalité que renferment ces vers, datés de i8o3? Lord Byron avait alors quinze ans.

Fain would I view tliec, with prophétie eyes, Exalted more among the good and wise; A glorious and a long career pursue.

As first in rank, the first in talent too; Spurn every vice, each little meanness shun, Wot Fortunes inioioii, but her noblest son! (*)

(*) Crtte pièce de veniiaTiU «ncoie jinnais été traduite en fiançau, noD \t\us que le fragment cii« à la page luivantc.

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