LES PLAIDEURS
Une fois le déjeûner fini, Sir L N.
Casault porta la santé de ord Russell à peu près en ces termes :
“L'occasion qui nous réunit aujourd’hui est bien remarquable. C’est la première fois, depuis 200 et quelques 30 ans que:
cette province est devenue une colonie Britannique, qu’un juge en chef d’Angleterre l’honore de sa visite, et que ce haut personnage procure au Banc et au Barreau de cette division judiciaire de Québec l'honneur de le recevoir. Cette visite laissera son précieux souvenir non-seulement à nous qui avons le privilège de lui offrir l'hospitalité mais à nos successeurs
“ Lord Russell of Killowen est à an
certain point l’un des nôtres. En sa qualité de l’un des Lords of Appeal in ordinary et l’un des Judges of Appeal, il est membre du comité judiciaire du Conseil Privé ; et, par conséquent, un des honorables juges
auxquels réRRortISRent noÔs appels à ce tri-
bunal:
“ Nous connaissions sa Seigneurie long-
temps avant d’être ses justiciables. Sa réputation comme avocat avait déjà depuis un bon nombre d'années, traversé les mers.
Nous avions admiré le talent extraordinaire, l’habileté et la force avec lesquels il avait démasqué de Castro, défendu Parnell contre les accusations du Ti imes, et l’éloquences et les connaissances de droit public qui avaient émerveillé le trinunal d’arbitres devant lequel il avait défendu des droits qui nous intéressaient plus encore que la mère patrie. Je veux parler des pêcheries des vaux marins d’Alaska. Nous savions que Sa Seigneurie avait, dès lors, mérité d’être qualifié le plus grand avocat de l'Angleterre et d’être, à deux difiérentes reprises, appelé à remplir la charge éminente de procureur général, qui ne l’avait pas été par un catholique, en Angleterre, depuis la Réforme. Il ne restait plus, sur la hauteur de l’organisation judiciaire de l'Angleterre que deux degrés auxquels il était possible à notre honorable hôte
d'atteindre, c’était celui de -Lord of Appeal in Ordinary et celle de Juge en chef de toute l'Angleterre. Ses talents si distinguées, ses connaissances variées et hors ligne, son éloquence et ses hautes qualités personnelles, je ne dirai pas les lui ont mérités, mais l’y ont, pour ainsi dire, forcément imposé, et lui ont fait renverser une barrière qui paraissait jusque là barrer le chemin à ses coréligionnaires.
Au plaisir et à la satisfaction que nous a causé l’élévatien d'un homme aussi éminent, je serais tenté d'ajouter que nous catholiques avons une raison spéciale de nous réjouir des hautes distinctions de Sa Seigneurie, si je ne connaissais les idées éminemment libérales de mes confrères et des membres du Barreau qui ne partagent pas mes Croyances, et si je ne savais qu'ils seréjouissent autant que nous qu'un catholique les ait méritées et obtenues. Nous sommes, dans cette province, une aglomération de religions et de nationalités Pres mais quelqu’attachés que nous
soyons à nos croyances et à nos origines, nous ignorons absolument toutes ces différences dans nos rapports sociaux et, politiques. (1).
Je propose la santé de Lord Russell of Killowen. Une santé comporte tous les souhaits de longue vie et de bonheur.
Nous y joignons l'espoir que Sa Seigneurie continuéra, pendant de longues années, à illustrer le Banc d’Angleterre et à dispenser la justice. Ces souhaits que nous formons dans toute la sincérité de notre cœur, ne sont pas, sous ce dernier rapport exempt d’un égoïsme, bien pardonnabie chez des justiciables qui apprécient aussi hautement “ue nous le faisons, la science légale, l’érudition et toutes les brillantes qualités qui, quoiqu'il n’ait occupé le Banc que depuis deux ans, ont déjà fait remaiquer Sa Seigneurie comme un des plus
(1) Nous nous permettrons, à ce sujet, de rappeler que c’est dans cette petite province de Québec, alors celle du Bas-Canada, que notre Législature a, la première du monde entier, proclamé l'émancipation des Juifs en leur ouvrant les portes non-seulement de tous les emplois publics, mais même de la Législature.
illustres magistrats qu’ait eu l’Angleterre.
Puisque cette santé comporte, comme je viens de le dire, iongue vie et bonheur, nous y joindrons Lady Russell of Killowen dont il devront être le partage pour que celui de son illustre époux ne souffre pas d’altération.
“ Les Dames boivent cette santé avec nous, heureuses qu'elles seront, je le sais, de s'associer à lhommage et aux bons souhaits qu'elle exprime.
“* [Il me este à m'excuser auprès de Leurs Seigieuries pour avoir proposé cette santé dans un idiome qui n’est pas leur langue maternelle ; mais'qui dit maternelle mentionne une chose que l’on vénère et que l’on aime, et je n’ai pas voulu infliger à Leurs Seigneuries la peine d’entendre maltraîter et déchirer leur langue par une langue française.
“Je propose la santé de Lord Russell of Kitlowen. ” |
Cette santé fut accueillie par des hravos enthousiastes, |
De eg
|} Lord Russell était visiblement ému lors- || qu'il prit la parole.
....“ J'avoue, Mesdames et Messieurs,
que je me sensincapable de répondre con-
venablement au Juge en Chef de Québec
dans le gracieux langage que l’on parle
sur les rives du St-Laurent ; il va me |
falloir employer ma langue maternelle. | “ J'ai été particulièrement sensible à la
gracieuse allusion que Sir L. N. Casault a
faite à ma femme, en associant son nom à
cette,santé. Il vous a dit que j'étais votre
juge en dernier ressort en Appel; mais
c’estelle qui pour moi est le tribunal sans
appel.
‘“ Partout, mes compagnons de voyage
æt moi-même, nous avons reçu un accueil,
une hospitalité qui nous ont vivement
touchés ; mais nulle part l'on avait eu la
délicate pensée d'associer les dames qui
m'accompagnent aux fêtes que l’on a
données en mon honneur, Je vous remer- |
cie particulièrement de cette gracieuse
attention. |
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pu constater les scènes de la vie des affaires. À Ottawa, j'ai vu vos grandes institutions nationales. (Cependant, je l’avoue, il fallait venir à Québec “ le siège de la grandeur” pour voir vos beautés naturelles comme les endroits historiques
qui font l’orgueil de ses enfants. :
“ Cette réception que vous me faites
s'adresse aussi au Barreau d'Angleterre.
Bien que votre province ait conservé en en grande partie le droit français et qu’elle ait mis de côté une partie de notre jurisprudence, elle a, toutefois, conservé précieusement ce principe fondamental de droit: la justice et l’égalité devant la loi. Vous appartenez tous à un Barreau distingué et votre magistrature vous fait honneur. Une fois de retour dans l'Isle | des Saints et des Martyrs, je n’oublierai |
mt PT de
LORD RUSSELL 37 ‘Jai aussi été frappé de tout ceque j'ai : vu ici: à Montréal comm: à Toronto, j'ai
‘amas les instants si agréables que j'aurai passés avec vous; et ce que je vous dis là n’est pas exagéré, je vous parle dans toute la sincérité de mon âme.”
En reprenant son siège, le noble Lord fut salué par des applaudissements frénétiques ; il avait littéralement électrisé ses auditeurs.
Le Bâtonnier, M. F.-X. Lemieux, C.R,., proposa ensuite la santé du Barreau Anglais dans les termes suivants:
“ Honorable Juge en chef, |
‘ Milord, € Mesdames et Messieurs,
% Au nom du Barreau le plus ancien de ce pays, dont j'ai l'honneur d’être le Bàtonnier, je souhaite la bienvenue la plus cordiale aux hôtes distingués qui, en ce jour, nous honorent üe leur présence, et je propose avec toute l’effusion de mon âme, la santé du Barreau anglais, représenté ici par plusieurs de ses membres éminents,—-du Barreau anglais, fier de son passé et dent les traditions sont si grandes, r si pures et si glorieuses.
“En foulant cette partie du sol canadien, en entrant dans notre visille cité de i
Champlain, soumise au régime anglais mais fondée par un illustre français, Lord Russell et ses compagnons de voyage ont peut-être soupçonné, pour un instant, que 1 l'enthousiasme légitime avec lequel ils avaient été accueillis aux Etats- Unis, au Canada et surtout à Saratoga, où son | immense talent et sa voix autorisée pour | parler d’un sujet humanitaire avaient été si chaleureusement applaudie, ils ont pu croire, dis-je, que se trouvant au milieu de Français, cet enthousiasme allait diminuer ou se refroidir.
Mais non.
“ Je me hâte d'effacer toute trace de ce soupçon, et de nouveau et avec plus d’enphase que jamais, je vous souhaite la
bienvenue.
“ Si nous, Français, sommes en majorité, cela veut dire que nous avons deux patries:
celle de nos pères, la vieille France, dont le nom n'est jamais évoqué sans éveiller dans nos cœurs les souvenirs les plus chers et les plus précieux. Et la patrie d’adop-
hd ST
tion providentielle l'Angleterre, que nous
respectons ; car, depuis trois quarts de siècle, elle nous a traités en enfants bien aimés, et son drapeau est pour nous une garantie du maintien présent et futur de nos droits et de nos libertés nationales.
“ Nous sommes Français, c'est-à-dire peut-être plus que tout autre peuple au monde, nous sommes les admirateurs du beau et du grand, du génie et de la parole puissante de l'avocat; car, pour nous, le beau, le grand, le génie et l’éloquence n'ont pas de nationalité,
* Le Barreau anglais a illustré cette dernière pensée d’une manière remarquable, dans une circonstance bien solennelle.
“Permettez-moi de vous faire part de souvenirs pleins d'actualité qui se pressent dans ma mémoire et qui se rapportent à l’ordre des avocats.
“C'était en 1861, Berryer, achevait la cinquantième année de son inscription. Le Barreau de Paris voulut honorer solennellsment ce glorieux anniversaire et faire en
nat CS OR nd EE EE has 6 0 nn à RE none one à dt orme Gt ve mr à
RS l'honneur d’un confrère exceptionnel une
manifestation exceptionnelle de sympa-
thie ét de reconnaissance. Il fut décidé de
lui offrir un banquet auquel prirent part les sommités judiciaires et légales de toute la France, entre autres Jules Favre, Chaïx D’Est Ange, Marie, Duvergier, Demolombe, Odilon Barrot, Crémieux et tant d’autres dont les noms m’échappent.
“Ce banquet en l’honneur du vieux stagiaire demeura légendaire au Barreau de Paris, et eut un retentissement universel et particulièrement en Angleterre où Berryer comptait parmi les jurisconsultes anglais de précieuses amitiés, entre autres Lord Lyndhurst et Lord Brougham. Aussi ce dernier, pour lequel le talent et le génie n'avaient pas de nationalité, fit à l’illustre avocat, en 1864, au nom de la profession, l'invitation d’aller à Londres, dans un banquet solennel, rompre le pain béni de l’amitié et de la confraternité professionnelles.
“ Berryer accepta et fut l’objet de mani
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festations incessantes de sympathie et
d’hommages indicibles du Barreau et de la
haute noblesse anglaise: du Duc de Wellington, de Sir John Stuart, de Lord Bryan, du juge en chef Cockburne, de Lord Palmerston et de M. Gladstone, ce vieillard octogénaire qui semble défier les années et dont la gloire est toujours fraiche.
‘ À cette occasion Berryer fit un de ses derniers discours publics, et le Barreau anglais a recueilli ses paroles comme un legs précieux et les a consignées en lettres ineffaçables dans les plus belles pages de ses annales judiciaires.
“Depuis cet événement professionel sans précédent dans l'histoire, trentedeux années se sont écoulées, et je crois que le Barreau français n’a pas eu encore, depuis l’occasion favorable de payer au Barreau anglais la dette de reconnaissance qu'il avait contractée envers celui-ci, pour le témoignage spontané de respect et d’admiration, qu’il avait donné au grand maître de la parole, à l’illustre avocat des
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| | | | princes déchus et des rois détrônés et au | défenseur infatiguable des libertés étein- (l tes, |
“ Loin de nous, la prétention—car nous | sommes trop humbles—d’acquitter la dette d’honneur du Barreau français, laquelle |
‘sera quelqu'un de ces jours soldée avec
gros intérêt; mais nous, français eb avo- | cats, vivant sur les bords du Saint-Laurent, combien nous serions heureux et honorés si cette faible démonstration et ce témoignage d’admiration étaient acceptés comme un léger acompte sur la dette due au Barreau anglais, par celui qui, dans toute l'Angleterre, a joué le rôle distingué et combiné de Lachaud et de Berryer.
“ Nous vous souhaitons la bienvenue, car nous sommes, comme vous, les sujets fidèles et loyaux de cette gracieuse souveraine la Reine Victoria, dont la gloire est telle, qu'il a été dit que le soleil ne se Gouchait jamais sur ses vastes domaines et dont l'avènement au trône britannique
GT
a marqué une ère nouvelle de repos, d’es-
pérance et d’expansion pour notre race et :
notre nationalité. Et nous Français, nous nous inclinons devant la triple couronne de l’auguste reine Victoria: celle de reine, d’épouse et de mère vertueuse.
# Nous vous souhaitons la bienvenue, parce que nous connaissons votre histoire.
Nous savons que, depuis le jour déjà lointain dans l’histoire où Guillaume le Conquérant à établi des Cours régulières en Angleterre, le Barreau anglais a fourni
toute une pépinière d'hommes aux larges aspirations et au cœur patriotique, qui ont.
henoré et agrandi leur pays et ont illustré notre profession, c mme le héros de cette fête qui, naguère encore, faisait retentir les voûtes de Westminster de sa voix puissante, dans ls affaires à jamais mé-
morables de Maybrick, Colin Campbell, Parnell et tant d’autres, dont l’énuméra-
tion seiait trop longue.
“ C’est aussi dans ce Barreaû que se sont.
formées les principales illustrations parle
mentaires de notre époque. Mais, en Angleterre comme partout ailleurs, c’est dans le Barreau que reviennent les vic times de la politique et des chutes des gouvernements. Comme l’a dit un penseur : c’est une école pour les ‘uns et un refuge pour les autres. Mais le Barreau
est resté la seule institution stable depuis
des siècles, et le temps qui ébranle tout, l’a respectée, parce qu’elle tient à l'essence même de la justice et du droit, au maintien de la propriété et de l’honneur des individus. | “Nous vous souhaitons la bienvenue comme avocats. Comme nous, vous avez nos aspirations, nos goûts, nos espérances; vous participez à des luttes et à des combats journaliers semblables aux nôtres ; vous partagez nos gloires, vous subissez nos insuccès; vous jouissez de la partie sentimentale de la pratique de notre profession, car vous défendez l’orpheline, qui dans notre siècle, soupire toujours après l'heure où elle ne pleurera plus; vous
soutenez la veuve qui d’ailleurs se console
si vite en s'appuyant sur l'avocat, la veuve
dont le fabuliste a dit :
La perte d’un mari vaut bien un soupir,
On fait beaucoup de bruit et puis on se console, Sur les ailes du temps la tristesse s’envole;
Le temps ramène les plaisirs.
“ De grands orateurs du Barreau anglais ont droit à l’éternelle reconnaissance de nos compatriotes,
“En 1837, nos pères étaient avides de liberté, Ils voulaient obtenir toutes les prérogatives attachées au titre de citoyen britannique, et pour conquérir ces prérogatives 1ls n’ont pas craint la ruine, l’exil et l’échafaud; ils levèrent même l’étendard de la révolte. Mais après leur téméraire et courageuse conduite à St Charies et St Denis. suivie d’une inévitable défaite, ils se trouvèrent sans biens et sans asile.
Les récoltes avaient été détruites, les chaumières incendiées et les familles dispersées.
2% Pour venir au secours de nos compatriotes, il fut présenté dans les chambres
qe
canadiennes un “bill d’indemnité” qui donna lieu à de violents débats au cours desquels les représentants du peuple se distinguèrent par leur courage et leurs éloquentes protestations. La cause des Canadiens fut entendue et épousée par ces patriotes anglais et surtout par des avocats comme l'illustre Daniel O’Connell, par des hommes d'Etat comme Gladstone et Palmerston, qui tous, sur le parquet de la chambre des Communes, plaidèrent la cause toujours grande ‘et toujours solennelle des opprimés qui veulent être libres et indépendants.
“ [/écho de la voix de ces illustres défenseurs s’est répercuté audelà des mers et a été entendu et béni par nos gens. Ça été le germe de cette union entre les deux races, qui pendant cinquante ans avaient voulu du sang de l’une et de l’autre: ça
. été le commencement de cette grande ré-
volution qui s’est opérée dans les relations des représentants des deux grands peuples.
4s RÉCEPTION A
“ Dieu merci, à Québec surtout, l'harmonie existe entre Français et Anglais !
| “Comme je souhaiterais que le Lord juge en chef d'Angleterre et ses dignes compagnons, assistassent à une séance de nos Cours de justice. Ils y verraient, par exemple, deux avocats anglais plaidanc
| dans leur langue devant un juge français,
| ou deux avocats français faisant valoir les droits de leurs clients, aussi dans leur langue, devant un juge anglais ; encore m'eux: un avocat anglais défendant un Français et un avocat français défendant un Anglais, Je crois qu'ils apprécieraient le spectacle de deux avocats, dont l’un Anglais et l’autre Français, soutenant, chacun dans leur langue, les causes de leurs clients, et tout cela sans friction, sans encombrement et avec la.meilleure grâce et amitié du monde et la vraie confraternité qui doit exister entre les mem- .
bres du Barreau, tellement qu’au commencement de quelques débats judiciaires, 1l semble y avoir hésitation à qui, de l’An-
re etat marrante
glais ou du Français, portera le premier coup. On se croirait souvent à Fontenoy, où le général anglais disait : “ Messieurs:
des gardes françaises, tirez,” et d’Auteroche, de répondre : “ Après vous, messieurs les anglais, nous ne tirons jamais les premiers.”
“La bonne entente est telle que, ces jours derniers dans le but de resserrer les liens d'amitié entre les membres d’une même profession, il à été décidé d’introduire à Québec, la coutume qui existe à Paris, d'ouvrir solennellement les Cours de justice, à l'automne par une messe du Saint Esprit, à laquelle assisteraient tous les membres de la profession, sans distinction de foi religieuse. Cette proposition à été faite par un Anglais, un de nos confrères estimables, M. Stuart.
"Cette messe sera dite jeudi prochain, et je ne serais pas surpris que des anglais protestants y entonneraient, en l'honneur de Saint Yves, patron des avocats qui
parait:l, n'a pas grand encouragement au
delà des voûtes célestes, l’antienne suivante:
Sanctus Yvus erat Brito Advocatus sed non latro, Res stupenda populo.
Ou:
Saint Yves était Breton, Avocat, mais non larron.
Chose fort rare, dit-on.
“ Mais c’est dans nos fêtes nationales que nous avons un symbole unique et solenmel d'union entre les deux races. Par ‘exemple, vous voyez au haut du même mât le pavillon anglais et le pavillon français flotter, tantôt fièrement et nerveusement sous le souffle d’une bonne brise, l’un semblant nous dire : Respectezmoi et je vous garantis des libertés; Ne .cessez de m'aimer comme vous l’avez toujours fait ; tantôt se nouer paresseusement -autour de la même hampe et méler ou confondre les plis de l’un dans les plis de l’autre.
“Je le répète, c’est le plus solennel témoignage d'amitié et d'entente entre les
repr( viva elle
je n
OTgu Ceux sans la gl teste ear avoit abso dire nous clon:
‘6 | dev( poli tiné hon les :
ang tou
e sui-
es que solen-
Par même villon t nerbonne )ectez- ; Ne >z touement lex ou lis de
lennel tre les
LORD R'ISSELL J|
représentants des deux plus grands peuples vivants sur les bords du St-Laurent. Et elle est tellement grande cette union, que
je me sens le droit de réclamer avec
orgueil notre illustre hôte, comme un de ceux pratiquant la foi de nos pères, et cela sans altérer en aucuns manière la joie et la gloire de mes confrères anglais et protestants,— de le voir au milieu de nous— ear nous sommes dans un pays où nous avons la liberté pleine et entière d’être absolument croyants et chrétiens. c'est-à dire d’adorer notre Diou et Créateur comme nous le voulons et comme nous l'enten- «ons.
“ Cet heureux état de choses, nous le devons, dans une certaine mesure, à la politique de la mère-patrie, dont les destinées sont le plus souvent confiées à des hommes recrutés dans le Barreau et parmi les avocats anglais.
“ Messieurs, c’est la santé du Barreau
anglais, et j'espère que vous la boirez avec tout l'enthousiasme que je vous connais
ee — — RASE IRIS
et avec tous les honneurs qui lui sont dus.
* Au Barreau Anglais !.
Le discours de M. Lemieux fut chaleureusement applaudi. Sir Frank Lockwood fut prié d'y répondre au nom du Barreau angais.
Ceux qui eonnaissent sa brillante répution et comme orateur et comme avocat.
ne seront pas étonnés d'apprendre qu'il à été tout simplement superbe. Il à su faire: preuve de sa verve intarissable, de son esprit si pétillant, bref il à parfaitement.
rempli le précepte du poëte : wiscuit utile due, En terminant, il proposa à son tour la santé du Banc et au Barreau de Québec.
L'Hon J, Blanchet de la Cour du Banc de la Reine et l’Hon. L. P. Pelletier, Procureur Général, invités à répondre à cette santé, s’en acquittèrent avec le talent et l’éloquence qu'on leur connait.
Somme toute, cette journée fut char:
mante et les juges et les avocats de Québec en conserveront un inaltérable souve:.
nir.
d . LA RENTRÉE DES COURS DE “al JUSTICE
«es cours à Québec, avait un caractère | aussi solennel. Le Barreau avait eu l’heureuse idée de faire coincider cette innovation avec la présence de Lord Russeil | parmi nous. Cette cérémonie, on le sait, mn estempruntée à une coutume immémorale qui existe en France; chaque année l’ou verture des tribunaux est précédée d’une messe solennelle chantée à la sainte chapelle. On appelle cette messe la ‘“ messe du St Esprit” ou encore la “Messe Rouge ” | parceqne les juges y assistent revêtus de
| : leurs robes rouges. Le public s'était porté
en foule pour voir cette jolie cérémonie.
nd Le ciel lui-même semblait être de la par- | tie, car il faisait un temps ravissant.
À neuf heures précises les juges et les
avocats, en costume officiel, quittaient le
C'était la première fois que l’ouverture
Palais de Justice et se rendaient en procession à l’hôtel Chateau Frontenac pour accompagner Lord Russell qui avait accepté l'invitation d'assister à la messe à la chapelle du Séminaire de Québec.
La police du gouvernement provincial, sous le commandement des sergents Harpe et Burke ; la police de la cité commandée par le capitaine Pennée ; les gardes de la prison sous les ordres du gouverneur, le capitaine Bernier, faisaient escorte.
Venaient d’abord :
L’huissier audiencier portant la massse et son assistant M. W. McDermott.
Le shérif de Québec, l’E 5n. C. A. E, Gaynon, avec ses eux députés, MM. J. B Amyot et Begin.
Le Barreau était presque: au complet.
C’était un spectacle aussi nouveau qu’imposant de voir défiler à travers nos rues tout notre monde judiciaire à la suite du juge en chef d'Angleterre.
Arrivés à la chapelle du séminaire de Québec, Lord Russell prit place sur un ri-
che prie Dieu, ayant à sa droite Sir L. N.
Casault, notre juge en chef, et à sa gauche, M. F. X. Lemieux notre Batonnier. On voyait à leurs côtés MM. les juges Blanchet, Andrews, Pelletier, LaRue et Chauveau, M. le juge Goff, Recorder de la Cité de New-York, de passage à Québec, et M.
le Recorder Déry.
Sir Frank Lockwood occupait un siège à côté du Procureur-Général, l’hon. L. P.
Pelletier.
La messe a été célébrée par Mgr Laflamme, Recteur de l’Université Laval.
Les servants de messe étaient Aurèle Lemieux, fils du Bâtonnier, Armand Lavergne, fils de J. Lavergne, M. P., tous deux écoliers du Séminaire.
M. Alphonse Bernier, avocat et organiste de l’église de Notre-Dame de Lévis, a fait exécuter le programme suivant:
Veni Creator, en plein chant.—Chœur d'avocats.
Heavenly Song,de Hamilton Grey.—Mlle Dunbar, fille de M. J. S. Dunbar, C.R.
Ave Verum, de Millard.— Mlle Casault, fille de Sir L.-N. Casault, juge en chef de la Cour Supérieure,avec accompagnement de violon par M, J, E. Prince, avocat.
Esprit Saint, descendez en nous.—M. Jos.
Turcotte, avocat, et chœur.
À l'entrée et à la sortie, la fanfare de l’Artillerie Royale Canadienne s’est fait entendre.
La collecte à été faite par Mlle H. Casault, fille de Sir L.-N., juge en chef, accompagnée de M. Gibsone ; Mile Marie Mathilde Lemieux, fille du Bâtonnier, accompagnée de M. E. Fiset ; Mile Cécile Pacaud, fille de M. Ernest Pacaud, avocat, accompagnée de M. Albert Malouin ; Mlle E. Roy, belle-sœur de M. N. N. Ollivier, secrétaire du Barreau, accompagnée de M. E. Gelley.
Une fois la messe terminée, la procession se remit en marche et se rendit au Palais de Justice, qui était littéralement encombré par la foule.
L'hon. juge Andrews, qui présidait ce
hs
premier terme de la Cour, invita Lord et Tady Russell, ainsi que Sir Frank Lockwood, à preudre place sur le banc, à ses côtés. Quelques causes furent appelées
pour La forme et la Cour fut ajournée
jusqu’au lendemain, au grand désespnir
des plaideurs !