Lord Walpole à la cour de France
Dans l’antique manoir de Houghton, en Norfolk, vivait, à la fin du xvii* siècle, une ^ famille aussi influente par sa grande fortune territoriale que par l’ancienneté de sa race. Elle avait alors pour chef Robert AValpole, homme d’une probité sévère et d’une fermeté inébranlable dans ses convictions : il était membre du parlement, où il avait toujours soutenu avec énergie la cause du parti whig; grand amateur de la chasse et des plaisirs de la campagne, per-
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sonne mieux que lui ne s’entendait à exercer une large hospitalité, ni à jouir des avantages d’une grande existence de province. Sa femme, Mary Burwel, lui avait donné dix-neuf enfants ; mais lorsqu’il mourut, en 1700, à l’âge de cinquante ans, six seulement lui survécurent. Robert, l’aîné, fut ce grand ministre, ami de la paix, qui, en régularisant le jeu des institutions de l’Angleterre et en fondant les bases du crédit public moderne, sut ouvrir pour son pays une ère nouvelle de prospérité financière et commerciale \ Le second fils fut Horace Walpole, cet habile diplomate, que
1 . Voici le portrait qu’a tracé de lui l’uii des écrivains anglais les plus populaires de notre temps :
« Walpole a été pur comme Pitt, anglais comme Palmertsoii, financier comme Peel, fertile en expédients et complet (thorough) comme Halifax : sa plus grande faute a été de ne pas se reconnaître battu et de ne pas se retirer des affaires avant d’y être forcé. » (Thackeray, Comhill Magazine.)
Ajoutons qu’après vingt ans d’un ministère tout-puissaul, il est mort insolvable !
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nous allons voir à Toeuvre, pendant une des périodes les plus tourmentées et les plus difficiles de la première moitié du xviii' siècle et qui sut, avec un succès constant, faire triompher la nouvelle politique inaugurée par son frère. Ces deux hommes d’État se complétaient l’un par l’autre, et le marquis d’Argenson pouvait écrire, en 1739 : < On dit toujours qu’il n’y a personne en Europe, nulle tête assez forte pour conduire un ouvrage tel que serait une ligue générale contre la France ; mais pourquoi aller si loin sans trouver les Walpole ? qui est-ce qui montre plus de tête que ces deux frères ? Têtes froides et qiii ne s’échauffent de rien ; multa agentes^ pawa agendo. Le Robert ne paraît pas affairé chez lui et mène tout. 11 a forcé son nouveau maître à le reprendre et à augmenter sa confiance, quoiqu’il le haïsse du
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temps du père. Le cadet, Horace, possède parfaitement les affaires étrangères par ses longues ambassades et voyages. 11 est diligent et laborieux. Robert est le plus habile financier et le plus corrupteur des hommes, sachant prendre le milieu entre l’autorité et les ménagements, d’où il faut conclure qu’il connaît bien l’homme et surtout l’homme de sa nation. »
L’histoire, en discutant les actes du ministre des deux premiers Georges, lui a déjà fait une large place au soleil : c’est donc de son frère, plus directement mélé aux hommes et aux affaires de France, que nous devons spécialement nous occuper
Horace Walpole était né à Houghton,. le 8 décembre 1678 : après avoir fait de brillantes études au collège d’Eton, il entra à l’âge de 20 ans à l’Université de Cambridge,
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OÙ il montra dès lors pour le trarail celte ardeur infatigable, qu’il ne cepsa de dé- .
ployer plus tard, pendant tout le cours de sa laborieuse carrière. Il se distingua particulièrement dans l’étude des lettres classiques grecques et latines, qu’il aima toujours et dont il s’occupa souvent avec succès. Sectateur ardent des principes politiques de sa famille, il se déclara franchement en faveur des whigs, sans craindre de blesser les susceptibilités du parti tory, trèsmombreux alors à l’Université, et lorsque mourut le roi Guillaume, il ne dissimula point les vifs regrets que lui causait la perte de ce monarque.
A peine sorti de Cambridge, il aroompagna en qualité de secrétaire le brigadier général Stanhope, quand il fut envoyé à Barcelone avec un renfort considérable de troupes près de l’archiduc Charles, élroite-
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ment bloqué dans cette ville par les forces combinées de France et d’Espagne. Ce secours sauva l’archiduc : le siège fut levé et les troupes alliées, saisies d’une panique inexpliquable, s’enfuirent en abandonnant leur artillerie et leurs bagages.
Malgré ce brillant début, la carrière des armes ne sourit point à H. Walpole, et peu de temps après son retour, nous le retrouvons secrétaire particulier de M. Boyle, depuis lord Carleton, alors chancelier de l’Échiquier. Ce ministre indolent et absorbé par ses plaisirs fut trop heureux de rencontrer dans son secrétaire une activité de tous les instants, jointe à une vive et profonde intelligence des affaires. En 1709, Walpole suivait son futur beau-frère lordTownshend au congrès de Gertruydenberg, où il sut se . rendre particulièrement utile et agréable à cet homme d’État, aussi bien qu’au duc de
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Marlborough, premier négociateur au congrès.
De retour en Angleterre, Walpole se montra l'un des plus ardents de son parti pour repousser toute transaction avec les tories, qui arrivaient au pouvoir et il fut nommé membre du parlement en 1713. Il y appuya fortement les démarches de son frère en . faveur des réfugiés protestants français, et n’hésita pas à se prononcer avec la même énergie contre le traité d’Utrecht, qui lui semblait compromettre d’une manière fâcheuse les résultats qu’on était en droit d'attendre de dix années de victoires inespérées. A r avènement de George I*', il déploya le plus grand zèle en faveur de la maison de Brunswick et lord Townshend, qui venait d’épouser sa sœur Dorothée, ayant été chargé de former le premier ministère du règne, le nomma sous-secrétaire d’État. A
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partir de ce moment, nous le voyons mêlé à tous les grands événements qui agitèrent l’Europe à cette époque, jusqu’à ce que sa nomination à l’ambassade de Paris en 1723 vînt lui ouvrir enfin un théâtre digne de ses talents diplomatiques. Sa finesse pleine de tact, sa parfaite connaissance des hommes, sa modération prudente et ferme surent y gagner le cœur de tous ceux qui l’ap- . prochaient et faire prévaloir une politique de conciliation, aussi utile alors à la France qu’à l’Angleterre
Quant au cardinal de Fleury, qu’il avait su deviner avant son élévation, Walpole lui avait inspiré une sincère estime et une profonde affection qui ne se sont jamais démenties un seul instant, pendant tout le temps que dura l’ambassade de Wal-