CHANGEMENTS DANS LE CABINET
Le chancelier d’Aguesseau était revenu à la cour ce matin-là, on l’avait envoyé chercher la nuit précédente ; bien que la charge de chancelier soit distincte de celle de garde des sceaux, que ces deux emplois aient été souvent remplis par des personnes différentes et qu’on n’ait point redemandé les sceaux à M. d’Armenonville, ce dernier n’en a pas moins quitté Yersailles hier matin à huit heures : c’est M. de Morville qui a rendu à midi les sceaux au Roi de la part de son père. On prétend que le chancelier ne les aura pas et qu'ils seront donnés à M. de Chauvelin
1. Germain-Louis de Chauvelin, d’une famille aussi distinguée dans la magistrature que dans les armes, était né en 1685. Doué d’une intelligence vive et d’une instruction profonde qu’il avait puisée en partie dans les manuscrits précieux sur le droit que lui avait légués le président de Harlay, il fut pendant dix ans l’homme de confiance du cardinal; mais en 1737, ce prélat le soupçonna de vouloir le supplanter, et il fut aussitôt exilé. D’Argenson dit que l’influence anglaise, représentée alors par lord Waldegrave, contribua puissamment à cette disgrâce. M. de Chauvelin mourut en 1762 sans être rentré au pouvoir. « C’est, dit encore d’Argenson, un grand travailleur par goût et d’une assiduité surprenante. 11 se vante d’écrire tout de sa main, et il se rompt l’estomac, assis à son bureau : petitesse de génie, étendue d’avidité. Il y a un secret d’État, qui est que les Anglais donnent gros à nos ministres; peut-être le trône en tolère-t-il une partie? » Plus tard, d’Argenson revint sur ce premier juge-