GEORGE I” ET LE RÉGENT
tique de la France et de l’Angleterre. Le traité d’Utrecht assurait au régent la succession éventuelle à la couronne, dans le cas où Louis XV viendrait à mourir sans héritier mâle, et la santé chancelante du jeune monarque rendait cet événement assez probable. Mais, en dépit de sa renonciation, le roi Philippe V, appuyé en France par un parti considérable, n’avait pas perdu ses espérances en même temps que ses droits sur cette couronne, et tous les moyens lui semblaient bons pour supplanter son rival : aussi, sous le coup de cette menace, le Régent s’empressa-t-il d’accueillirles ouvertures de l’Angleterre, comme de la seule puissance capable de l’aider à soutenir sesjustesprétentions. De son côté. George P% encore mal affermi sur son trône et harcelé sans relâche par les complots des Jacobites, que l’Espagne appuyait de tout son pouvoir, avait cru devoir rechercher l’amitié de la France, qui seule pouvait mettre à néant les espérances du Prétendant^
1. Jacques 111, connu sous le nom du chevalier de Saint- Georgre.
GEORGE ET LE RÉGENT. il
La question ainsi posée, il était facile de s’entendre ; les bases d’une alliance furent jetées à Paris par lord Stair, et le traité fut conclu à Hanovre, entre le ministre Stanhope et l’abbé Dubois, le 21 août 1716. Les principales clauses étaient : du côté du Régent, l’engagement de renvoyer le Prétendant au delà des Alpes; du côté du roi George P% la garantie pour la maison d’Orléans de la succession éventuelle au trône de France. Cette alliance, d’une origine toute personnelle, inaugura une nouvelle politique en Europe et lui donna, en définitive, une période de paix sans exemple jusque-là*. Le cabinet anglais n’eut plus alors d’autre préoccupation que celle de maintenir le Régent fidèle à ses engagements, etpouryarriver, le roi George com-
1. Ici l’intérêt des peuples se rencontrait avec celui de M. 1© Régent; car, supposé qu’une saine politique dût porter l’Espagno à secouer le joug dont les Anglais écrasaient son commerce, elle Ini prescrivait avant tout de se préparer à cette lutte périlleuse par plusieurs années d’une administration sage et active. La France n’était pas moins fortement engagée à conserver la paix, après une guerre si longue dont elle était sortie comme anéantie, quoique k son honneur. {Mémoires secrets du marquis de Louvilie, t. 11, p. 181.)
LE CARDINAL DUBOIS
mença par s’assurer le concours de l’abbé Dubois, au moyen d’une pension considérable*. Il fallait aussi écarter du gouvernement le maréchal de Villars, le duc de Noailles, le marquis de Torcy et le maréchal d’IIuxelles, qui représentaient l’ancien système de Louis XIV, et faire arriver graduellement l’abbé au poste de premier ministre. L’exécution de ce plan ne manquait pas de difficultés, car, malgré l’ascendant que Dubois avait su prendre sur son illustre élève, ce prince montrait une vive répugnance è lui laisser jouer uii rôle important. Les dépêches de lord Stair s’accordent à représenter le Régent hésitant, Dubois désespérant presque de réussir et ne réussissant enfin que par l’influence presque exclusive du cabinet britannique, qui agissait sur le duc d’Orléans au nom de ses intérêts particuliers. La nomination de Dubois à la direction des affaires étrangères était si essentielle à la politique des ministres anglais, que lord Stair, lors-
1. Cette pension est portée par Saint-Simon au chiffre de 40)000 livres sterling ; mais c’était, surtout alors, une somme si énorme qu’il a sans doute été mal informé.
LE CARDINAL DUBOIS
qu’il l’eut obtenue, déclara qu’ils tenaient enfin le gage le plus assuré du succès de leurs desseins, c’est-à-dire l’élévation de celui qui en était le principal instrument
A peine installé dans son nouveau poste, l’abbé Dubois eut l’adresse de se réserver les transactions les plus secrètes, et les affaires importantes ne passèrent plus que par ses mains. Les conseils de régence furent supprimés; on ne laissa à ceux qui en faisaient partie que leurs appointements*, et le cabinet britannique n’eut plus alors à désirer que le renvoi de M. de Torcy, secrétaire d’État, l’ennemi invétéré de l’Angleterre, qui avait tout lieu de redouter son influence et ses talents. Cet habile ministre était d’autant plus suspect au roi George et aux Whigs que, sous le règne précédent, il avait déclaré nettement à lord Bolingbroke ce qu’il pensait de la renonciation de Philippe, duc d’Anjou, à la couronne de France : « La renonciation qu’on demande, lui avait-il dit, serait