LORD CARTERET
Versailles, que Dubois employa plus d’une fois dans l’intérêt de son ambition personnelle le crédit de l’ambassadeur près du Régent, et qu’il eut même recours à l’intervention du roi George, qui voulut bien s’y prêter.
Lord Stair, avec son caractère cassant, s’étant attiré l’inimitié de Law, contrôleur général des finances ‘, fut rappelé en Angleterre et remplacé à Paris par sir Richard Sutton ; mais Sunderland et Stanhope ayant quitté le ministère, pour mourir bientôt après, lord Carteret, secrétaire d’État pour les affaires étrangères dans le nouveau cabinet avec lord Townshend et sir Robert Walpole, se hâta d’envoyer à Paris un homme qui fût tout à sa dévotion. Il devait porter à Dubois, de la part du roi, l’assurance positive que les changements survenus dans le ministère ne modifieraient en rien l’attitude du gouvernement britannique, et qu’il était déterminé à persévérer dans l’étroite union si avantageuse
1. Milord Slair ne peut s’empêcher de témoigner sa haine contre Law : il gagne cependant là-dedans trois bons millions. (Duchesse <rOrléans, Correspo/ulance, t. Il, p. 21(i.)
2G SIR LUKE SCHAUB.
aux deux nations. Lord Carteret fit choix de sir Luke Schaub, originaire de Bâle, ancien secrétaire particulier de lord Stanhope, et qui avait passé un an à Madrid en qualité d’agent anglais. Dubois, dont le pouvoir sur le Régent dépendait de l’amitié de l’Angleterre, reçut Schaub à bras ouverts, comme un messager de bonnes nouvelles *.
La catastrophe du Mississipi et l’exil de La^v ajoutèrent encore à la prépondérance de Du-
1. Schaub, ce Suisse dont ce prince (George l®'') s’élait si longtemps servi à Vienne, ce drôle si intrigant, si rusé, si délié, si anglais, si autrichien, si ennemi de la France, si confident du ministère de Londres, que nous avons si souvent rencontré dans ce qui a été donné ici, d’après M. de Torcy, sur les affaires étrangères, ce Schaub éUit ici chargé du vrai secret entre le ministère anglais et le cardinal Dubois, sur lequel il avait su usurper tout pouvoir. Aussi était-il fort cultivé dans notre cour. (Saint- Simon, Mémoires, t. XXXVIII, p. 155.)
La duchesse d’Orléans, qui montre toujours une grande faiblesse pour tout ce qui touche à l’Allemagne de près ou de loin, se montre beaucoup plus favorable à ce diplomate. Elle dit, dans une lettre à la date du 29 mars 1721 ; « Le chevalier Schaub est arrivé ici il y a huit jours. Ce n’est point un Anglais, mais bien un bon Suisse de Bàle; il est habitué aux grandes affaires, il a beaucoup de capacité, et c’est d’ailleurs un homme fort estimable. Je lui paide toujours en allemand, langue dans laquelle il s’exprime volontiers. 1 )