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passa à celle de Hollande, dont il resta titulaire jusqu’à la chute de Robert Walpole, en 1742; il revint alors se fixer en Angleterre, où son temps se partagea entre la campagne pour laquelle il avait conservé ainsi que son frère ‘ une prédilection mar- * quée, etles travaux du parlement auxquels il prit toujours une part active. Nous ne le suivrons pas plus longtemps au milieu des événements de cette époque : nous nous contenterons de dire qu’en 1756, le roi Georges II, en récompense de ses longs et loyaux services, le nomma baron Walpole de Wolterton en Norfolk. C’était le nom d’une terre qu’il avait achetée peu après
1. Robert Walpole aimait la chasse avec ardeur, et il se plaisait à y faire allusion au milieu des plus vives préoccupations de la politique. 11 écrivait à Horace, en 1722, à l'époque de la découverte du complot jacobite de l’évêque de Rochester : « We are in trace of several things very material, but v:e fox huniers know that we do not always find every fox, that we cross upon. »
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son mariage, en 1720, et qu’au milieu de sa rie si occupée, il préférait à tout autre séjour ^ Il l’a décrite lui-même avec amour dans une lettre adressée à son ami le révérend Milling, en 1745 : « Ma maison, dit-il, que j’ai fait bâtir moi-même, n’est ni trop grande ni trop petite, elle ne peut exciter ni l’envie ni le dédain. La disposition des appartements en est convenable, sans être magnifique ni trop simple. Elle est située sur une éminence d’où l’on jouit d’une vue délicieuse sur des bois entremêlés de champs cultivés, et elle se trouve si bien abritée du nord par des massifs de grands arbres, qu’on n’y a point à craindre l’inclémence de la mauvaise saison. Elle est gracieusement encadrée par une innocente armée de jeunes plantations que j’ai élevées
1. Cette terre, qui s’est consenée dans la famille, appartient aiyourd’hui à Horace Walpole, comte d’Orford.
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moi-môme et qui, nées seulement depuis vingt ans, rivalisent de zèle pour arriver bientôt à l’ampleur majestueuse des hautes futaies. Elles sont toutes de noble origine ; leurs noms de famille sont : chône, hôtre et châtaignier d’Espagne, et je ne crois pas que dans aucun pays leurs parents puissent donner de plus brillantes promesses.
Leur dicipline est si parfaite et leurs rangs si bien alignés qu elles forment les plus délicieuses avenues, avec des percées habilement ménagées, qui laissent découvrir à droite et à gauche de vastes champs de l’aspect le plus agréable.
« Devant la maison, au midi, un tapis vert du gazon le plus fin réjouit l’œil et le mène insensiblement à une plaine plus étendue ; plus loin le regard est attiré et retenu par un lac d’eau vive, d’où s’échappe en serpentant une charmante ri-
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vière dont le cours, qui semble interminable, ya se perdre dans un bois de l’autre côté. La promenade à travers la campagne et la contemplation de ces scènes, aussi attrayantes que douces et variées, sont pour moi une source toujours nouvelle de plaisir et de santé, et me font haïr les heures de bruit, d’anxiété et d’agitation passées au milieu du tumulte des partis, dans le vain espoir de servir un public qui ne vous en récompense que par son ingratitude. > Lord Walpole ne jouit pas longtemps des honneurs de la pairie ni de cette existence champêtre si conforme à ses goûts ; il souffrait depuis plusieurs années de la pierre, dont il mourut en 1757, à l’ûge de 70 ans, laissant de sa femme, Marie-Madeleine Lombard \ fille d’un négociant français ré-
1. C’était une femme aussi spirituelle que modeste : ou raconte que, pendant l’ambassade de son mari, lorsqu’elle fut pré-
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fugié, qui lui avait apporté une grande fortune, quatre fils et trois filles. Ce fut l’aîné de ces fils qui succéda plus tard au titre de comte d’Orford, à la mort de son cousin Horace Walpole, le spirituel et caustique philosophe de Strawberry Hill, dont madame du Deffant a fait une véritable illustration française \
Voici comment W. Coxe nous dépeint lord Walpole au physique et au moral : « Il était d’une taille au-dessous de la moyenne et sa personne ^ manquait de
sentée à la reine Marie Lecz.inska, cette princesse, à qui on avait dit quelle était d’origine française, lui demanda de quelle famille elle était : « D’aucune, Madame, » répondit l’ambassadrice.
1. Horace Waljwle, le neveu et l’homonyme de l’ambassadeur, né eu 1778, était le troisième fils du ministre. C’était un homme d’infiniment d’esprit, qui a mérité de devenir dans ces derniers temps un objet d’études pour plusieurs de nos écri\ains les plus distingués. Ses lettres françaises à madame du Deffant sont, à notre avis, bien supérieures à la correspondance monotone et ennuyée de la célèbre aveugle. Il a laissé, entre autres écrits, de courts Mémoires rétrospectifs sur le règne des deux Georges, qu’il a intitulés ses Reminùcences, et auxquels nous avons fait plusieurs emprunts. 11 est mort eu 1797.
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cette grâce élégante, qui, d’après lord Chesterfield, doit être l’apanage essentiel d’un gentilhomme accompli ; ses manières étaient simples et modestes : malgré son long séjour dans les cours étrangères, il était négligé dans ses habits. Avec beaucoup d’esprit, il s’emportait souvent dans la conversation, et il n’a jamais pu perdre l’accent de sa province de Norfolk. Ces légères imperfections que la malveillance des partis s’est plue à exagérer,^ mais qui ne prévenaient point en sa faveur, il était le premier à les tourner en ridicule ; il répétait souvent qu’il n’avait jamais appris à danser, et il ne se piquait point de savoir faire un salut d’après les règles de l’art. Il reconnaissait lui-même qu’il était né impétueux et colère ; mais il était parvenu à triompher complètement de ce défaut si préjudiciable pour un di-
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plomate, et personne plus que lui n’a montré d’adresse et de sang-froid, en se prêtant aux circonstances et en consultant le caractère et les préjugés de ceux avec lesquels il était appelé à traiter. Malgré sa vivacité originelle, il s’apaisait facilement, et jamais il n’a donné la moindre preuve de ressentiment aux plus violents adversaires de sa personne, ou de l’administration de son frère. Sa conversation simple et naturelle, mais pleine de vivacité et de faits, savait fixer l’attention et ramener souvent à reconnaître leur erreur ceux qui lui étaient le plus opposés.
« Il savait, du reste, fort bravement payer de sa personne au besoin, et l’anecdote suivante fait le plus grand honneur à son énergie et à son sang-froid, sinon à la parfaite élégance de ses manières. En 1 743, il soutenait une motion à la Chambre des
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communes quand, s’adressant tout à coup à M. Chetwynd, l’un de ses adversaires, il lui dit : « J’espère bien que nous allons € emporter l’affaire. — Et moi, répondit € M. Chetwynd, j’espère bien vous voir « pendu auparavant. — Ah ! vous espérez « me voir pendu auparavant, » s’écria Walpole, et il le saisit immédiatement par le nez. Ils sortirent pour se battre. La nouvelle en étant arrivée à son frère lord Orford, pendant son dîner, il envoya aussitôt son fils aux informations; mais celui-ci, à peine entré dans la chambre des communes, trouva son oncle pérorant avec la même tranquillité que si rien n’était venu surexciter ses nerfs ni lui faire risquer sa vie. M. Chetwynd, avait été blessé, mais il n’en mourut pas.
« Quoique la franchise passe trop souvent pour unefaute en diplomatie, personne
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ne s’est montré plus loyal ni plus sincère que Walpole dans toutes les transactions publiques et privées ; loin de lui être nuisible, c’est cet amour insatiable de la vérité qui a su lui concilier la sagacité de Fleury, la prudence de Heinsius et l’irritabilité de Slingelandt.
c Autant il était simple et économe dans ses habitudes de famille, autant il déployait de libéralité pour récompenser les services, et de magnificence, lorsque la dignité de sa position le réclamait. Pendant ses ambassades, il avait toujours table ouverte, et, sauf ses équipages, rien n’était changé pendant son absence dans la tenue de sa maison. 11 prétendait qu’on ne s’entend jamais mieux qu’autour d’une table bien servie, et qu’il ne voyait pas de raison pour priver son secrétaire de cette ressource précieuse. Toujours levé de grand matin,
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il avait terminé ses affaires et écrit ses dépêches avant l’heure du dîner ; mais après ce repas, où il se montrait un joyeux convive, quoique fort sobre dans ses habitudes, il laissait de côté toute préoccupation, et le reste de sa journée se passait au milieu des charmes de son intérieur ou d’une société choisie. »
Activement engagé dans les négociations les plus ardues de son temps, et toujours sur la brèche, lord Walpole a laissé de nombreux écrits et une volumineuse correspondance, qui sont conservés en grande partie dans les riches archives de sa famille. A l’exception de quelques pamphlets, la plupart de ces écrits, parmi lesquels nous citerons son Rhapsody of foreignpolilks, qui traite des questions relatives au congrès d’Aix-la-Chapelle et son Apobgie, mémoires politiques qu’il écrivit vers la fin de sa car-
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rière, n’ont point encore été publiés, au moins dans leur entier. Pour nous, à qui sa famille a permis si libéralement d’y puiser, nous n’avions à nous occuper que d’une période très-courte de l’existence de lord Walpole, c’est-à-dire, do l’épisode de sa vie politique qui touche le plus spécialement aux hommes et aux affaires de France. C’est donc presque toujours à lui que nous avons laissé la parole, soit par ses lettres particulières ou ses dépêches, soit par son Apologie. Ces documents, d’origine étrangère, nous ont paru devoir éclairer d’une lumière nouvelle l’histoire des premières années du règne de Louis XV.
Dans les rares moments où les correspondances et Y Apologie nous ont fait défaut, nous avons eu recours à W. Coxe ou à d’autres écrivains de la même nation, pour ne jamais nous écarter du point de vue
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exclusivement anglais. Nous nous sommes contenté de contrôler les assertions et les jugements de l’ambassadeur par des notes tirées pour la plupart des mémoires français de cette époque, et bien rarement, il faut le dire, nous les avons trouvés en contradiction.
Les portraits que Walpole nous a donnés des principaux personnages de la cour de France sont touchés d’une main habile, intelligente et impartiale, sans préjugés ni parti pris ; nous en excepterons peut-être leportrait du maréchal de Villars et surtout celui de M. de Chauvelin, que l’ambassadeur anglais, ne retrouvant plus en lui la complaisance obséquieuse de M. de Morville, traite avec une sévérité qui n’est pas exempte d’exagération. Arrivé à Paris en 1723, Walpole n’a pu qu’entrevoir le Régent devenu premier ministre, mais il rend
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pleine justice à son esprit aimable et à ses talents pour le gouvernement; il nous fait pénétrer ensuite, au travers du réseau confus des cabales de femmes et d'intrigants avides qui ont été tout le ministère de M. le Duo^ jusqu’à l'heureux avènement d’une politique à la fois économe et modérée à l’intérieur et pacifique au dehors; formant ainsi un contraste parfait avec l’administration qui venait de tomber. Mais ce qui se détache en relief lumineux sur tout le fond des récits qu’on va lire, c’est la figure si pleine de finesse et de grâce, de douceur et d’ambition imperturbables du cardinal de Fleury : lui qui savait toujours atteindre le but, en tournant les obstacles et sans avoir jamais froissé personne sur sa route.
Ce fut assurément l’homme nécessaire de la politique d’alors, et il ne lui a manqué peut-être, pour devenir l'un de nos plus
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grands ministres, que d’entrer aux affaires avant l’âge où les hommes d’État les quittent d’ordinaire. Nous avons déjà dit que l’attachement de l’ambassadeur anglais pour le prélat ministre avait été souvent exploité contre lui; on ne manqua pas non plus d’un autre côté d’accuser le cardinal, de sacrifier la France au profit de l’Angleterre; mais ces reproches contradictoires se réfutent les uns par les autres, et, d’ailleurs, dans la situation précaire où se trouvait alors la cour de Versailles, une autre combinaison que l’alliance anglaise pouvait-elle donner les mêmes gages de sécurité? A la politique de la gloire à outrance, avait naturellement succédé la politique des intérêts; il fallait donc aller au plus pressé. Robert Walpole voulait la paix, nécessaire à l’affermissement de la nouvelle dynastie, et au développement commercial
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et financier de l’Angleterre; la France, épuisée d’hommes et de crédit, n’avait plus d'autre aspiration que le repos; dans une pareille occurrence, que pouvait faire le cardinal pour déjouer les intrigues perfides de la cour de Vienne et l’extravagante ambition de l’Espagne? Rien, sinon s’appuyer sur une alliance qui seule alors pouvait lui assurer le calme indispensable aux intérêts français. Plus tard, il est vrai, un revirement dans la politique anglaise modifia profondément la situation de l’Europe ; mais nous n’avons pas à nous en occuper ici, puisque notre tâche ne dépasse pas l’année 1730, époque à laquelle la bonne entente entre les deux pays n’avait pas encore été troublée.
Nous nous contenterons donc de mettre sous les yeux du lecteur les pièces du procès ; mais quelque soit le jugement qu’il
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puisse porter sur les événements et les hommes de ce temps, il ne devra pas oublier qu’au milieu des circonstances les plus critiques, la paix a été maintenue, et qu’alors, pour la première fois peut-être, il a été admis que les affaires de l’Europe pouvaient se discuter autrement que les armes à la main. 11 faut aussi rendre cette justice à lord Walpole que, sans son adresse, sa fermeté et sa liaison intime avec le cardinal, jamais sans doute un résultat aussi important n’aurait pu être obtenu.
Qu’il nous soit encore permis de remercier ici les descendants actuels de l’illustre diplomate, qui nous ont si généreusement aidé dans notre travail ; nous ne pouvions, du reste, rien attendre de moins de l’amitié des uns et de la parfaite courtoisie des autres.