INFLUENCE DE M. DE NOCE
Morta la besiia, morto il veneyio, et à son arrivée il a pleuré en l’embrassant. 11 serait fort à désirer que le comte de Nocé pût prendre une meilleure opinion de sir Luke Schaub, mais comme il le déteste surtout à cause de l’attachement que ce dernier a toujours montré pour le cardinal, aussi bien dans les affaires privées que parmi les cabales et les piques de la cour, auxquelles il prenait, dit-on, une part active, il est fort à craindre qu’une réconciliation entre eux ne soit pas chose facile. La haine de Nocé pour le cardinal était principalement basée sur la question toujours si délicate de l’ingratitude ; le comte s’était déclaré un des premiers pour l’alliance anglaise, et il avait même été d’avis que la négociation en fût confiée à l’abbé Dubois. L’ambition de ce dernier avait longtemps et largement mis à profit le crédit et la faveur de Nocé près du Régent, et ils s’étaient liés fort intimement par l’entremise de madame de Tencin *, leur amie commune.
1. Glaucline-Alexandriiie Guérin de Teiicin, née à Grenoble en 1681. EUle avait d’abord pris le voile au couvent de Mont-
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« Cependant Tabbé, sentant grandir son importance, oublia les bons offices de Nocé, et commença à le desservir dans ses rapports avec Son Altesse; le comte s’en aperçut bientôt et rompit avec lui, mais sa liaison avec madame de Tencin continua toujours, et il ne se fit pas faute de tenir devant elle des propos blessants pour l’abbé. Cette dame, faite pour l’intrigue et arrivée à l’âge où l’intérêt passe avant le plaisir, n’hésita pas à trahir Nocé pour Dubois, et quand le premier le découvrit, il était
Fleury, mais la vie du cloître u’élait pas faite pour ce caractère remuaut, ambitieux et passionné : elle obtint du pape un l>ref qui la releva de ses vœux et vint se fixer à Paris, où elle se jeta à corps perdu dans toutes les intrigues d’amour et de politique qui signalèrent l’époque de la Régence. La banque de Law l'enrichit, ainsi que son frère, le futur cardinal de Tencin : elle devint la maîtresse de Dubois par ambition, ce qui lui permit de jouer un réle important sons son ministère. La mort d’un autre de ses amants, nommé La Fresnaie, qui se tua chez elle, causa un violent scandale et la fit mettre en prison pendant quelque temps. Elle eut un fils qu’elle abandonna à sa naissance et qui devint, dit-on, le célèbre d’Alembert : elle fut ensuite l’amie et la confidente du maréchal de Richelieu. Le salon de cette femme intrigante et spirituelle était le rendez-vous des savants et des beaux esprits : elle appelait plaisamment cette réunion sa ménagerie. Madame de Tencin a laissé plusieurs écrits, dont les plus connus, mitre ses lettres, sont : Le comte de Comminges et le Siège de Calais. Elle est morte en 1749.
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trop tard. Le cardinal, profondément irrité, ne laissa plus d’autre alternative au Régent que l’éloignement de Nocé ou sa propre retraite des affaires. Sir Luke Schaub, que son intimité avec Dubois avait rendu l’ami de madame de Tencin, travailla aussi, dit-on, très-vigoureusement contre Nocé, et je ne crois pas que celui-ci le lui pardonne jamais.
« Pourtoucherun mot en passant sur cette madame de Tencin, qui est la sœur de l’abbé de ce nom, fort employé à Rome par la France, je ne cacherai pas à V otre Seigneurie qu’elle a été d’une grande beauté et qu’elle est encore fort agréable, avec beaucoup d’esprit et un véritable talent pour mener une cabale, talent qu’on a utilisé en différentes circonstances. Torcy avait employé ses charmes à gagner le feu lord Bolingbroke, lorsqu’il était ambassadeur ici du temps de la feue reine ; elle était parvenue à lui dérober plusieurs lettres et des dépêches importantes. A la mort de Louis XIV, le vieux d’Argenson, lieutenant de police, l’avait chargée de circonvenir le duc d’Orléans, pour lequel elle prétendait