I.ORF. I.KY
Autour d'elle les haies gazouillent pleines de nids et des coquelicots flambent dans les blés, car la ville est déjà loin derrière eux, son mur d'enceinte a disparu, une bise plus forte fait bruire les seigles et les avoines, et les trois estafiers dont la silhouette se profile et grandit en noir sur un ciel de cuivre, voient déjà la ville, avec ses toits et ses clochers pointus, descendre à l'horizon pareille aux châteaux à donjons qu'on voit peints sur fond d'or dans les missels et les vitraux.
Elle, alors, fit halte; au tournant du chemin le Rhin venait d'apparaître, le Rhin de son enfance comme lamelle de vit" argent entre ses rives tVissonnantes de roseaux.
Tout à coup, titubante, telle une femme ivre , Lore s'est arrêtée, reprise aux souvenirs épars des années de jadis, au charme attendrissant des choses oubliées; et de la ville déjà lointaine et de ses clochers d'ardoises et de ses remparts démantelés , voil.i que tout son passé surgit
et resplendit souriant ; c'est d'abord le logis paternel, une vieille maison pleine d'ombre et de silence perdue tout au fond d'un faubourg, l'aïeul, un grand vieillard chauve toujours blotti au coin de l'àtre avec des gestes frileux, puis la chambre aux vitraux hexagones fleurdelysés de pourpre, autant de joyeuses flammes, dont chaque aurore nouvelle égayait ses réveils, le pot de basilic à l'angle de la petite fenêtre, puis le premier amant, après le jeune lansquenet à la moustache
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folle, un capitaine et puis un échevin, et puis un autre encore, et puis d'autres après.
Où gisaient maintenant effeuillés et flétris les lys de sa couche de vierge, fille de tous, maudite et par tous honnie?
Alors, s'étant tournée vers les trois estafiers arrêtés derrière elle, Lcre eut encore la force d'implorer ces soudards et avant détaché les lourdes chaînes d'or de ses épaules nues, et les bracelets tout
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bossues d'émaux de ses bras :
« Voulez-vous , leur dit-elle avec une voix si douce qu'on eût cru entendre se plaindre et pleurer une àme, voulez-vous me laisser contempler une dernière fois les murailles de ma ville ; ces quelques joyaux et ces orfèvreries vous dédommageront du retard , c'est un dernier adieu, le vœu suprême d'une exilée. Avant que le soleil tombe derrière ces montagnes je voudrais monter un moment sur
cette roche qui domine le fleuve et là regarder une dernière fois, pour l'emporter dans mes yeux, le pays dont je pars; c'est un caprice de folle qui vous, vous hiit souiire.
mais dont mon âme à moi se meurt ; dites, le voulezvous r »
Et ses yeux . pendant qu'elle parlait, ses yeux ardents de suppliciée étaient redevenus doux, attirants et dominateurs comme au temps où, concubine adorée des margraves et des ducs, elle versait.
comme un philtre, l'ivresse de sa beauté à la luxure d"un peuple.