‹ Lorely; souvenirs d'AllemagneChapitre 45 sur 93 · VI. — Les mêmes, MARGUERITE · texte numérisé non relu

VI. — Les mêmes, MARGUERITE

marguerite (entrant.) Diana !

diana. J'ai appris que vous arriviez. Vous savez tout; les étudiants font du bruit dans la ville. Il est impossible d'y entrer.

Léo. Cependant nous allons essayer. Les étudiants se retirent en masse... Alors, dans quelques heures, la ville sera fort paisible. Nous prendrons un détour pour nous y rendre.

marguerite. Léo ! vraiment, tout cela n'est pas rassurant... Si nous retournions sur nos pas.

diana. Vous comptiez vous loger là-bas : je vous préviens qu'ils ont cassé les vitres partout \ trouvez-y une maison sans fenêtre, à la bonne heure. Le moyen d'y passer la nuit. J'ai bien peur que demain la ville ne soit enrhumée.

marguerite. Ah! tout cela t'amuse, toi, Diana!

diana. Parce que je viens te tirer de peine. Je veille sur toi comme un bon ange, pendant que ton mari veille sur nous tous : ce qui l'empêchera de veiller sur sa femme naturellement.

léo. Mon devoir ne m'appelle pas à combattre ce tumulte dont rien ne m'avait prévenu -, j'en ai compris parfaitement d'ici toutes les causes et tout le peu d'importance; les précautions déjà prises par les magistrats suffiront à rétablir l'ordre, croyezmoi.

diana. Aussi n'avons-nous nulle crainte sérieuse, monsieur ; ce n'est pas à de telles épreuves que nous attendons votre génie. Voilà ce qui arrive : toute la haute société de la ville a fait dès hier soir ce que les étudiants font aujourd'hui. On s'est répandu dans les châteaux, dans les villas ; et, pour faire

voir à l'émeute qu'on ne la craint pas, ou plutôt que Ton compte sur sa galanterie, cette émigration en masse a été partout le prétexte de réunions charmantes, de banquets et de bals chez les principaux seigneurs des environs.

léo. Cela est fort prudent et de fort bon goût.

diana. Il y a notamment ce soir une fête ravissante dans le château de la grande duchesse; le prince n'étant pas à la résidence, c'est le plus brillant rendez-vous qu'on puisse se donner. Vous êtes attendus, vous souperez, vous danserez, et puis l'on vous trouvera un appartement; après quoi, vous ferez demain votre entrée dans la ville, pacifiée et délivrée pour longtemps de toute université, car j'espère bien que ces messieurs seront renvoyés à leurs parents. Voici vos deux lettres d'invitation.

léo. Tout cela est fort bien arrangé; mais il faut, moi, que je me rende à la ville. Puisque vous avez tant de bontés, madame, emmenez ma femme au château; qu'elle s'amuse, qu'elle danse, si elle n'est pas trop fatiguée de sa route. Moi, je pars, je vais voir un peu ce qui se passe là-bas.

marguerite. Mon Dieu ! Léo, nie laisser ainsi seule ; mais je ne te quitterai pas. Non, je t'accompagnerai à la ville, quoi qu'il puisse arriver !

léo. Ce n'est pas l'occasion de faire preuve de dévouement. Ce que nous propose ton amie est fort simple, et je l'en remercie de tout mon cœur. Tu

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iras au bal, parce qu'il faut que la femme d'un homme d'État s'habitue à faire bonne contenance dans les instants difficiles 5 parce que, depuis une heure, je brûle d'être dans la ville, et que c'est toi seulement qui me... eh ! oui, qui m'embarrasses, qui me gênes... Tu ne peux rester ici, les étudiants y viennent. Va à cette fête, résigne-toi-, dans la nuit, j'irai vous rejoindre et vous porter des nouvelles.

marguerite. Ah! fais de moi ce que tu voudras, Diana; je suis bien souffrante. Ne pouvons-nous aller au château sans paraître à ce bal?

diana. Viens t'habiller, viens. (À Léo.) Elle dansera, je vous le jure. (Elles sortent.)

léo. Pauvre femme! elle avait des larmes aux yeux. Mon Dieu ! mon Dieu ! avais-je le droit de compromettre son bonheur en faisant le sacrifice du mien? Monsieur le chevalier, vous accompagnerez ces dames au bal, si vous voulez. Voici une invitation-, vous avez ce qu'il vous faut?...

paulus. Un habit à la française parfait. (Seul.) Chez la grande duchesse? presque à la cour... Oh! oh!... fort bien. (Il sort après Léo, en apercevant Frantz et Flaming.)

Vn. — FRANTZ , FLAMING , en costume d'étudiant.

frantz. Et tu les a vus?..*

flaming. Lui seulement, te dis-je;lui que nous

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venons de rencontrer ; mais sans doute elle est dans l'hôtel. On parlait dune dame ici , et je crois que SI. Burckart est un homme de mœurs trop pures pour emmener une autre femme que la sienne.

frantz. Mais il est monté à cheval à deux pas d'ici, Flaming; il se dirigeait vers la ville.

flaming. Eh bien! interroge l'hôte.

frantz. Non. Je reste ici seulement.

flaming. Alors j'interroge moi-même. Holà!

l'hôte. Qu'est-ce que veut monsieur?

flaming. Écoute. Il y a une dame ici, n'est-ce pas?

l'hôte. Il y en a deux.

flaming. Bon!

frantz. C'est Diana. J'ai reconnu son équipage et sa livrée. Il suffit.

flaming. Que veux-tu faire?

frantz. J'attends. Tu ne comprends donc pas? Je connais la femme de M. Léo Burckart.

flaming. Et tu ne le connais pas, lui?

frantz. Mon Dieu! comment veux-tu que je le connaisse? Tu me fais des questions... Naturellement j'ai peu de sympathie pour ce futur ministre, et je n'ai pas tenu à le revoir depuis notre malencontreuse visite à Francfort.

flaming. Mais la société de sa femme ne froisse pas tes opinions politiques, n'est-ce pas?

frantz. Tais-toi, Ne dis plus un mot de cela, entends-tu?

flaming. Tu vas te fâcher.

frantz. Non. Écoute, je veux tout te dire. C'est la fille de mon ancien professeur. Tu sens bien que si j'aimais cette femme, je l'aurais épousée depuis longtemps.

flaming. Et si elle ne t'aimait pas, elle?

frantz. Elle m'aurait aimé !

flaming. Tu as un amour-propre.. ,

frantz. Eh bien ! ne vois-tu pas que son mari s'en va, que cette femme est seule, que tout à l'heure la maison sera pleine d'étudiants.

flaming. On entend déjà d'ici le chœur des Cavaliers, qu'ils chantent à pleine voix. Nous avons peu d'avance sur eux.

frantz. C'est vrai. Comment se fait-il que son mari l'ait quittée, et qu'elle demeure seule ici?

flaming. Va lui rendre visite.

frantz. Je n'ose. Flaming... ne trouves-tu pas ce tapage d'écoliers bien ridicule?

flaming. Frantz ! ne trouves-tu pas cette démarche d'amoureux bien insensée?...

frantz. Eh! je ne suis pas amoureux! Les voilà qui approchent. Si c'est comme cela qu'on étudie à l'université... Depuis huit jours que je suis arrivé après un long voyage pour reprendre mon cours de théologie, je n'ai pas pu attraper une seule leçon :

tantôt ce sont des réunions politiques, tantôt des rixes dans la rue avec les bourgeois, tantôt des orgies... Flaming!

flaming. Eh bien?

frantz. Les voici qui descendent. (Les dames passent dans le fond.)

flaming. Tais-toi !

paulus ( en descendant , rejoint Marguerite et Diana). Mesdames...

diana. Merci, monsieur, ma voiture est là, près de la barrière.

frantz. Où vont-elles?

flaming. Demande aux domestiques avant que la voiture soit partie. (Seul.) Ah! quelle patience ! Etre l'ami d'un amoureux, c'est conduire un enfant à la lisière... Si on lâche, l'enfant se casse le nez; et l'homme... Oh! l'homme souvent se casse la tête!

frantz. Tu as un oncle chambellan, Flaming?

flaming. Oui, j'ai un parent parmi la domesticité du prince.

frantz. Ton oncle est au château de la grande duchesse, à un quart de lieue d'ici... il peut me donner une invitation pour la fête, et je trouverai bien un costume. Tu vas venir avec moi, Flaming.

flaming. Allons; aussi bien, voilà le tapage qui

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