‹ Lorely; souvenirs d'AllemagneChapitre 47 sur 93 · MARCHANDS · texte numérisé non relu

MARCHANDS

hermann. Le bourgmestre...

le roi. Approchez, monsieur le bourgmestre; comme nous voulons que tout se passe dans les règles, nous réclamons votre présence.

le bourgmestre. Messieurs, j'espère que vous respecterez les propriétés.

le roi. Du moment que nous vous avons fait venir... Combien avez-vous de miliciens dans votre village?

le bourgmestre. Huit hommes.

le roi. Vous les réunirez.

le bourgmestre. Ils sont sur la grand'place.

le roi. Eh bien ! vous les mettrez en sentinelle à toutes les portes... afin que le désordre ne soit pas troublé un seul instant !

le roi (à l'un des marchands.) Que veux-tu, toi, philistin?

le marchand. Monseigneur, pardon; je suis un malheureux débitant de tabac de cette ville.

le roi. Eh bien ! te doit-on quelque chose?

le marchand. On me doit beaucoup -, mais on m'a pris bien davantage.

le roi. Qu'est-ce qu'on t'a pris?... c'est impossible!

le marchand. Mon Dieu ! ne vous fâchez pas, monseigneur. Pardon ; on n'aurait pas retrouvé dans vos charrettes couvertes, parmi vos bagages...

le roi. Quoi?

le marchand. Une femme.

le roi. Une femme !

le marchand. Oui : ma femme!... mon épouse légitime, messieurs! (Huées des étudiants.)

le roi. Un instant!... il n'y a que d'honnêtes gens ici; voilà un bourgeois qui a perdu sa femme, il faut qu'elle se retrouve! (Tumulte parmi les étudiants.) Qu'est-ce que c'est?

hermann. Ce n'est rien : un étudiant qui se trouve mal.

le marchand. C'est ma femme !

hermann. Respect au costume!

le marchand. Vous aviez promis de me la faire rendre, monseigneur.

le roi. Le jugement de Salomon : chacun la moitié. (A un autre.) Qui es-tu, toi?

deuxième marchand. Tailleur.

le roi. Que demandes-tu?

le tailleur. Qu'on me paye.

le roi. Qui est-ce qui te doit?

le tailleur. M. Diego.

le roi. Ta note.

le tailleur. Trois cents florins.

le roi (à Diego). Reconnais-tu que les vêtements ont été fournis?

diégo. Et usés. Il n'y a rien à dire : ils n'allaient pas très bien étant neufs ; mais à présent ils ne vont plus du tout.

le roi. Mais sur le prix?

diégo. C'est autre chose.

le roi. Combien cela valait-il raisonnablement?

diego. Cent florins.

le tailleur. Jamais.

le roi. Une fois... deux fois.

le tailleur. Donnez. Mais je n'y ai pas gagné un sou.

diégo. Ni moi non plus.

le roi. Et maintenant la musique!

ux troisième marchaxd. Monsieur Max...

UN autre. Votre Majesté...

le roi. Silence!

un autre. Monsieur Max, je suis le restaurateur du Corbeau...

UN autre. Monseigneur, je suis celui qui monte la garde quand on se bat en duel. On me doit six factions...

un autre. On me doit quinze cents pots de bière pour une assemblée...

un autre. Monseigneur, je promène les chiens de messieurs les étudiants pendant les classes....

le roi. L'audience est remise à demain. La musique!

tous. La musique!

roller (roulant un tonneau). Un instant! messieurs, voici de quoi soutenir les voix !... Faites circuler les pots à bière.

un étudiant. C'est du vin !

roller. C'est vrai. Pardon, messieurs, on Ta roulé pour de la bière -, mais il se trouve que c'est d'excellent vin du Pvhin : excusez.

le roi. Allons, on t'excuse. La musique !

un musicien ambulant. Que faut-il vous jouer, mon empereur?

un étudiant. La Chasse de Ludzoïv!

tous. Oui, la Chasse de Ludzoïv!

flaming. La Chasse de Ludzciv ! c'est la fanfare du peuple allemand !

roller. Oui, c'est avec cela qu'il chasse.,, quand il chasse.

l'hôte. C'est un chant de 1813 : il est défendu, messieurs.

roller. Raison de plus.

tous. La Chasse de Ludzow !

roller. Bon... cela chauffe; faites circuler, et que cela ne s'éteigne pas.

flaming. Les bourgeois qui ont peur d'être compromis peuvent se retirer.

tous. Chut! chut!

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