XII. — Les mêmes, LÉO BURCKART
Léo. Moi, messieurs.
le roi. Et qui êtes-vous?
léo. Je suis Léo Burckart.
le roi. Ah ! le nouveau conseiller intime ; *i vous entrez en fonctions par l'oppression, par l'arbitraire !
LÉO. J'entre en fonctions par le maintien des lois, messieurs. Pour être des étudiants, vous n'en êtes pas moins des Allemands, soumis au code de votre pays, et qui devez obéir 5 car un jour vous serez tous quelque chose dans la famille ou dans l'État, et il faudra bien qu'on vous obéisse à votre tour.
le roi. Nous avons des privilèges, monsieur...
léo. Vos privilèges... d'abord, pourquoi réclamer des privilèges. .. Eh bien! tels qu'ils sont, je
les admets, et je leur ai fait une part large. Vous avez quitté la ville, je vous ai laissés faire 5 vous vous êtes emparés de cette hôtellerie, je vous ai laissés faire encore!... mais on est venu prendre chez vous des témoins pour un duel... le duel est défendu ^ défendu dans l'armée, défendu parmi les citoyens, défendu aux universités... Amenez les prisonniers.
XIII. — Les précédents, DIANA et MARGUERITE veulent entrer par une porte de côté, accompagnées du CHEVALIER ; la porte, ouverte latéralement, les cache à une partie des personnages,
le chevalier. Oh! n'entrez pas, madame, attendez.
marguerite. Mais ils vont le tuer, il est seul contre tous.
diana. Rassure-toi, sois tranquille.
marguerite. Qui fait-il arrêter, grand Dieu! mais c'est Frantz... Frantz Lewald-, il ne sait donc pas que j'ai été insultée dans ce bal ; et que M Frantz, l'ami de ma famille, s'est battu pour moi...
diana. Oh ! ne lui dis pas, ne lui dis jamais cela, Marguerite... (On voit arriver les prisonniers amenés par quelques soldats.)
les étudiants. Les voici !
roller. Mais, ils n'iront pas en prison!
tous. Non ! non !
léo. Faites approcher ces messieurs.
marguerite, Diana, Diana! il est blessé... blessé pour moi... eh bien! cela ne te fait-il rien?
Diana. Son adversaire est mon frère, Marguerite ; peut-être est-il aussi blessé.
léo. Monsieur est officier... monsieur est citoyen... ces messieurs sont étudiants, la peine sera égale pour tous. La loi vous condamne à vingt jours de prison, messieurs... vous irez en prison vingt jours.
waldeck. Moi? un aide de camp du prince! vous ne savez ce que vous faites, monsieur, ni qui vous condamnez... ni quelle est la cause du duel que vous condamnez !
frantz (s'élançant vers lui). Taisez-vous, vous m'avez juré...
léo. Emmenez ces messieurs !
waldeck. Bien, vous me payerez cet outrage! (Les prisonniers sortent.)
roller. Et nous les laissons partir ainsi? tous. Non! non! non!
léo. Si, messieurs! car vous êtes des enthousiastes, des enfants; mais vous n'êtes pas des rebelles... Écoutez-moi un instant. Vous qui croyez aux futures grandeurs de l'Allemagne régénérée , s'il vous reste dans tout le corps une goutte du vieux sang germanique, et dans le cœur une étin-
celle tle son nouvel esprit de liberté... écoutez-moi : Vous êtes tous des hommes ! Eh bien, à quoi vous occupez-vous ici!... A des jeux d'enfants, à des espiègleries d'écoliers... Est-ce là le baptême des patriotes qui ont vu mourir Kœrner, et des soldats de 1813? 11 y a mieux que de la bière et du vin dans le monde, mieux que des villes à mettre en rumeur, et des auberges à piller! 11 y a toute une Allemagne à refaire avec les longs travaux de la pensée et les dures veilles du génie! mettez-vous à l'œuvre. Architectes, prenez l'équerre! législateurs, prenez la plume! soldats, tirez Tépée! (Rumeurs en sens divers.) Toutes les carrières vous sont ouvertes ! l'avenir n?a plus de barrières privilégiées : moi-même, vous le voyez, je suis une preuve vivante que Ton peut arriver à tout. Moi, c'est-à-dire un de vous; moi, qui, après vous avoir parlé en maître, vais vous parler en père. Allons, enfants, vous valez mieux que vous ne croyez vous-mêmes; pesez-vous à votre poids, et ne jetez pas vos belles années à la dissipation, comme des grains de sable auvent... Rentrez à l'université, seuls, libres, en chantant vos chansons, qui sont les nôtres... et qu'on a eu tort de proscrire... rentrez tous ensemble, comme vous en êtes sortis, vos torches d'une main, vos épées de l'autre; que l'on voie bien que vous avez cédé à la persuasion, et non à la force. Le marchand a eu tort, il payera une amende. Les juges se sont
laissés entraîner à un mouvement de violence... le mandat d'arrêt sera rapporté. Messieurs Frantz et Henri de Waldeck ont transgressé les lois, ils seront punis : ainsi justice sera faite à tous, et, avec l'aide de Dieu, nous soutiendrons dignement le vieux nom de l'Allemagne ! (Les musiciens prennent la tête du cortège en jouant de leurs instruments. Les étudiants sortent derrière sans chanter.)
le roi des étudiants. Éteignez les torches et remettez les rapières dans le fourreau... nous sommes des vaincus, et pas autre chose!]