XVIII. — Les mêmes , MARGUERITE
Marguerite (bas). Diana, Diana,
diana. Marguerite.
marguerite. Est-ce que je ne pourrai pas le voir à mon tour? Est-ce que je ne pourrai pas lui parler, moi, sa femme?
diana. Votre femme demande à vous parler un instant : cela est juste. Je me rends près du prince. Je vous annoncerai. (Elle sort )
léo. Marguerite ..
marguerite. Léo, mon ami !
léo. Tu ne recevras plus dans ta maison mademoiselle de Waldeck : je te dirai pourquoi.
marguerite. Pourquoi? ah î n'importe-, c'est à elle que je dois le bonheur de te parler. Tu reviens, Léo, et tes premières paroles sont à des étrangers!
léo. Appelles-tu l'Allemagne une étrangère? Appelles-tu le prince un étranger?
marguerite. Ah! que je suis heureuse de te revoir-, j'avais besoin de ton retour, Léo. C'est Dieu qui te ramène. Tu ne sais pas ce qu'il y avait en moi de doutes et de craintes. Mais te voilà, je ne veux pas demeurer plus longtemps à ce bal ; partons.
léo. C'est impossible, mon enfant 5 il faut que je reste près du prince. En ce moment le prince m'attend dans son cabinet.
marguerite. Eh bien! je rentre toujours ; je t'attendrai.
léo. J'aurai probablement à travailler jusqu'au jour, et demain encore.
marguerite. Ainsi, te voilà revenu, et je ne pourrai te voir davantage !
léo. C'est pourquoi je ne voulais pas que Ton t'apprît mon retour ce soir.
marguerite. Oh! si l'on m'avait dit autrefois que nous serions dans la même ville, et qu'il y en aurait un de nous qui cacherait sa présence à l'autre...
léo. Si l'on t'avait dit cela, eh bien!... tune m'aurais pas choisi pour mari; n'est-ce pas ce que tu veux dire? C'est juste : les femmes ont besoin que Ton ne s'occupe que d'elles. 11 faut qu'un mari soit toute sa vie un amant, et qu'il songe sans cesse à les divertir de cet ennui profond qui les accable toutes, depuis que la société leur a imposé le désœuvrement comme une convenance !
marguerite. Assez, mon ami; vous n'avez pas besoin de vous armer contre moi de vos graves idées de réforme. L'amour n'est pas dans les longues heures perdues, il est dans un mot qu'on dit, dans une main qu'on serre, dans l'expression d'un adieu.
un domestique. Son Altesse attend monseigneur dans son cabinet.
léo. Tu vois, mon amie. Que veux- tu que jeté dise encore? Le temps est changé : proscrit, toutes mes heures étaient à moi, et par conséquent à nous ; ministre, tous mes instants sont au prince , au peuple, à l'Allemagne- Pardonne moi, Marguerite,
je ne t'en aime pas moins pour cela ; mais la nécessité est là, il faut y céder... Adieu, mon enfant.
marguerite (seule). Un baiser froid comme son cœur.