SCÈNE PREMIÈRE. — Entrent LE DUC ef LORENZO
Au palais du duc. |
LE DUC. — J’aurais voulu être là; il devait y avoir plus d’une face en colère. Mais je ne conçois pas qui a pu empoisonner cette Louise.
LORENZO. — Ni moi non plus; à moins que ce ne soit vous.
LE DUC. — Philippe doit être furieux! On dit qu’il est parti pour Venise. Dieu merci, me voilà délivré de ce vieillard insupportable. Quant à la chère famille, elle aura la bonté de se tenir tranquille. Sais-tu qu’ils ont failli faire une petite révolution dans leur quartier? On m'’a tué deux Allemands.
LORENZO. — Ce qui me fâche le plus, c’est que cet honnête Salviati a une jambe coupée. Avez-vous retrouvé votre cotte de mailles ? |
LE DUC. — Non, en vérité; j’en suis plus mécontent que je ne puis le dire. l |
LORENZO. — Méfiez-vous de Giomo; c’est lui qui vous Pa volée. Que portez-vous à la place? A
LE DUC. — Rien; je ne puis en supporter une autre; il n’y en a pas d’aussi légère que celle-là.
LORENZO. — Cela est fâcheux pour vous.
LE DUC. — Tu ne me parles pas de ta tante.
LORENZO. — C’est par oubli, car elle vous adore; ses yeux ont perdu le repos depuis que l’astre de votre amour s’est levé dans son pauvre cœur. De grâce, seigneur, ayez
quelque pitié pour elle; dites quand vous voulez la recevoir.
LE DUC. — Parles-tu sérieusement ?
LORENZO. — Aussi sérieusement que la Mort elle-même. LE DUC. — Où pourrai-je la voir?
LORENZO. — Dans ma chambre, seigneur; je ferai mettre des rideaux blancs à mon lit et un pot de réséda sur ma table.
LE DUC. — Peste! Eh! dis-moi, habile garçon, tu es vraiment sûr qu’elle viendra ? Comment t’y es-tu pris ?
LORENZO. — Je vous dirai cela.
LE DUC. — Je m’en vais voir un cheval que je viens d’acheter; adieu et à ce soir. Viens me prendre après souper; nous irons ensemble à ta maison; quant à la Cibo, j’en ai par-dessus les oreilles; hier encore, il a fallu l’avoir sur le dos pendant toute la chasse. Bonsoir, mignon. (17 sort.)
LORENZO, seul. — Ainsi, c’est convenu. Ce soir je l’emmène chez moi, et demain les républicains verront ce qu’ils ont à faire, car le duc de Florence sera mort. Il faut que j’avertisse Scoronconcolo. Dépêche-toi, soleil, si tu es curieux des nouvelles que cette nuit te dira demain. (Z/ sort.)