ACTE IV. SCÈNE IV
deux fois, marquise, avant de vous jouer à moi. Êtes-vous une femme comme les autres, et faut-il qu’on ait une chaîne d’or! au cou et un mandat à la main pour que vous compreniez qui on est? Attendez-vous qu’un valet crie à tuetête en ouvrant une porte devant moi pour savoir quelle est ma puissance? Apprenez-le : ce ne sont pas les titres . qui font l’homme; je ne suis ni envoyé du pape ni capitaine de Charles-Quint, je suis plus que cela.
LA MARQUISE. — Oui, je le sais : César a vendu son ombre au diable : cette ombre impériale se promène affublée d’une robe rouge, sous le nom de Cibo.
LE CARDINAL. — Vous êtes la maîtresse d’Alexandre, songez à cela; et votre secret est entre mes mains.
LA MARQUISE. — Faites-en ce qu’il vous plaira; nous verrons l’usage qu’un confesseur sait faire de sa conscience.
LE CARDINAL. — Vous vous trompez, ce n’est pas par votre confession que je l’ai appris; je l’ai vu de mes propres yeux : je vous ai vue embrasser le duc. Vous me l’auriez avoué au confessionnal que je pourrais encore en parler sans péché, puisque je l’ai vu hors du confessionnal.
LA MARQUISE. — Eh bien! après ?
LE CARDINAL. — Pourquoi le duc vous quittait-il d’un pas si nonchalant et en soupirant comme un écolier quand a cloche sonne? Vous l’avez rassasié de votre patriotisme, qui, comme une fade boisson, se mêle à tous les mets de votre table; quels livres avez-vous lus, et quelle sotte duègne était donc votre gouvernante ?
LA MARQUISE. — O ciel! Si vous n’êtes pas un prêtre, êtes-vous un homme? Etes-vous sûr que le ciel est vide, pour faire ainsi rougir votre pourpre elle-même ?
LE CARDINAL. — Il n’y a rien de si vertueux que l’oreille d’une femme dépravée. Feignez ou non de me comprendre, : mais souvenez-vous que mon frère est votre mari.
LA MARQUISE. — Quel intérêt avez-vous à me torturer ainsi, Voilà ce que je ne puis comprendre que vaguement. Vous me faites horreur : que voulez-vous de moi?
LE CARDINAL. — Il y a des secrets qu’une femme ne doit