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qu’aux singularités les plus caractéristiques de l’époque deLaw; ce temps ouvrait aux imaginations tant deperspectivevers l’inconnu, que la richesse avait ses chimères et ses superstitions, de même que la science, de même que la politique.
La banque de Saint-Charles et les Philippines vinrent renouveler toutes les merveilles du Mississipi ; les actions de cette banque espagnole, fondées sur l’appât de profits fantastiques au delà des mers, étaient plus recherchées à Paris qu’à Madrid; carie prestige augmentait avec la distance. Cette folie coûta à la France une somme de soixante millions. Des compagnies particulières profitèrent du moment, et lancèrent dans le tourbillon une multitude d’actions qui s’élevèrent rapidement pour retomber plus vite. Ce fut un emportement inouï ; les esprits les plus ardents y étaient entraînés. Mirabeau , payé par Calonne , dirigeait alors toute sa fougue contre l’entreprise des eaux de Paris, que Beaumarchais employait sa plume caustique à défendre.
Mais ce turbulent spéculateur occupait alors l’attention d’une autre manière : au milieu de ses opérations financières il fit le Mariage de Figaro. Ce fut une date politique que la représentation de cette comédie. lie gouvernement laissa faire, ou plutôt il n’y avait plus de gouvernement ; les vieilles institutions ne se défendaient plus; cette société, qui s’en allait, n’avait la force ni de s’amender, ni de se défendre; elle vou-
lait rire seulement; à l’occasion elle riait d’elle-mème et de la maladie qui l’emportait. Les hommes du pouvoir, les hommes de la cour furent les plus ardents à prôner la pièce ; ils voulurent qu’elle fut représentée : elle le fut, et ils se trouvèrent aux premières places pour l’applaudir; il leur parut plaisant de s’appeler Almaviva, de se voir lancer à la tète, en une soirée, tout ce que le dix-huitième siècle avait amassé contre eux d’accusations et de moqueries. Ouvrage d’une terrible portée, qui rendit plus familiers par la scène, et plus frappants par le ridicule, tous les abus de la vieille société. C’était une comédie encyclopédique , comme on l’a dit . Cette exorbitante intrigue était , sous toutes ses faces, le miroir du temps, et par ses côtés sérieux, et par ses côtes frivoles. Le dix-huitième siècle y trouvait jusqu’à cette licence du discours , livrée d’opposition que les hommes les plus grands de l’époque, Montesquieu luimême, avaient portée. Le cercle s’était ouvert par les Lettres persanes , et venait se fermer par le Mariage de Figaro.
C’est là un fait digne de remarque et trop sérieux pour ((ue la frivolité seule l’explique : la loi morale était compromise dans le vaste ensemble des choses qu’on attaquait; par la licence on bravait en même temps la prescription religieuse et la convenance du monde; cela semblait du courage encore; chez les écrivains, c’était de l’esprit fort encore plus que de l'immoralité.
Cil A P [THE IV.
Pendant que le théâtre portait ce coup mortel à l’aristocratie, la royauté avait son drame, qui ne lui fut pas moins désastreux : ce fut le procès du collier. Un prince, un prélat, allié au sang royal, traîné sur les bancs de la chambre criminelle, parmi des courtisanes et des filous, quel spectacle! et dans quel moment! Mais ce procès ténébreux était quelque chose de plus encore : pour l’opinion égarée , c’était le procès de la reine. Elle avait toujours été cruelle, cette opinion; mais cette fois, elle fut profondément injuste, et par là elle a fait douter qu’elle eût raison dans ses autres accusations. Le public, aveuglé par ses instincts de haine, entra comme dupe aussi dans cette honteuse intrigue : il ne s’v montra guère moins crédule que le cardinal de Rohan. Le public fît cause commune avec un homme qu’il méprisait la veille, mais qui devint son héros du jour où il fut poursuivi par la cour.
Le cardinal de Rohan était le scandale de l’Église; dans tout le siècle, il ne s’était pas vu un prélat de mœurs plus effrontées; il n’existait pas d’entourage pire que le sien ; il vivait comme un de ces papes du dixième siècle, sous l’empire des Marosies; c’était, d’ailleurs, d’une source assez semblable que la puissante famille de Rohan tirait ses dignités et ses grands biens. Depuis que la belle dame de Soubise avait mis le cardinalat dans sa maison, les plus hautes positions de l’Église y étaient transmissibles comme les inau-
vaises mœurs : 1 rs prélats y pratiquaient 11* sacerdoce comme le prince de Soubise y pratiquait la guerre : c’était à qui dégraderait le mieux le nom de Rohan.
Le cardinal Louis de Rohan, grand aumônier de France, évêque de Strasbourg, bénéficiaire des plus grosses abbayes, tenait de l’Eglise douze cent mille livres de revenu, et ce revenu ne lui suffisait pas; il disait qu’un galant homme ne pouvait vivre avec cela. Il était . perdu de dettes, et se trouvait souvent réduit aux derniers expédients. Un autre Rohan, le prince de Guéménée, venait de faire une banqueroute de trente-quatre millions; le cardinal en faisait gloire, et disait qu’il n’y avait qu'un Rohan ou un souverain qui pût faire une telle banqueroute; il semblait marcher à un succès pareil. Louis XVI l’avait en aversion , comme tous les mauvais prêtres; la reine, pour d’autres raisons, le voyait de plus mauvais œil encore ; on dit qu’il l’avait offensée à l’époque de son ambassade à Vienne (i). Il n'était
(1) On lit dans les Mémoires du comte Bcugnot : « Il avait, aux yeux de Marie-Antoinette, l'irréparable tort d’avoir peint dérouleurs assez vraies , lorsqu’il était ambassadeur à Vienne , l'archiduchesse, alors destinée au trône de France. Cette conduite d’un honnête homme était devenue le tourment de sa vie. »(Yoir Revue française, septembre 1838, p. 228.)
Cette assertion du comte Beugnot , si cruelle pour Marie- Antoinette et si indulgente pour le prince de Rohan , porte sur une erreur très-accréditée. Le cardinal de Rohan ne fut envoyé en ambassade à Vienne qu’au mois de janvier 1772, trois ans après le mariage de Marie- Antoinette. C’est à Vienne, au contraire, qu’il peignait