‹ Louis 16. et sa courChapitre 12 sur 193 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

alors celle du commerce des blés; Ma chaut en avait rendu la circulation libre entre les provinces. Terray l’avait abolie dans l’intérêt d’une spéculation odieuse dontLouisXV tenailles fils dans ses mains, et qu’on désignait du nom de pacte de famine . Turgot rétablit la liberté du commerce des grains à l’intérieur. Ix's traces qu’il avait pu saisir dans les papiers de Terray desodieuses manœuvres favorisées par ees entraves durent raffermir encore dans ses principes favoris.

Mais la grande question qui restait pendante était celle des parlements. Il y avait sur ee point deux partis à la cour et dans le ministère; le public était presque unanime, et se déclarait très-haut pour les anciens magistrats; le comte de Mau repas étudiait la cour, et ménageait les dispositions du roi. Il se donnait auprès de l’opinion comme un partisan du rappel. Il alla se montrer à l’Opéra , et y fut applaudi; puis il accourut «à Versailles, et fit passer son petit triomphe pour Te symptôme éclatant d’un sentiment général. Louis XVI était prévenu contre l’esprit des parlements , par les instructions du Dauphin son père et de ses gouverneurs. Il fut ébranlé par ces manifestations publiques dont on l’entretenait; la jeune reine agissait sur lui dans ce

« de la dette constituée, vingt -huit millions d’anticipations. « Il a donc « diminué les dettes de l’Ktat de cent douze millions... Il a laissé « les revenus publies excédant de près de quatre millions les dé- « penses »> (ffluo. (.te Turgot. Notice de Dupont de Nemours, t. I, p. 390 .)

LOl'IS XVI K T SA COL R.

sens, poussée par (’.lioiseul , l’allié de la magistrature. Au sein de la famille royale, le rappel avait pour adversaires les tantes du roi, qui étaient à la merci du parti dévot (i), et M. le comte de Provence; les premiers pas de ce prince dans la vie politique ne faisaient pas prévoir la position qu’il prendrait plus tard. Monsieur, voué dès le jeune âge à la vie de cabinet, homme d’études un peu frivole, mais réfléchi dans sa conduite, rédigea ou autorisa de son nom un Mémoire sur la question des parlements, et dont cette phrase résume l’esprit : « Le parlement actuel a remis sur la tète du roi la couronne que le parlement en exil lui avait ôtée, et M. de Maupeou, que vous avez exilé, a fait gagner au roi le procès que les rois ses aïeux soutenaient contre les parlements depuis deux siècles; le procès était juge'*, et vous, mon frère , vous cassez le jugement pour recommencer la procédure. » Les princes de Condé, représentantsde l’esprit militaire et des icléesde monarchie absolue, se prononçaient aussi contre le parlement. De l’autre part venaient la reine et le jeune comte d’Artois, frère du roi. De même que le comte de Provence, ce prince débuta par des idées dont il dévia beaucoup dans la suite : les deux frères changèrent de

(I) « Mesdames tantes se rendirent chez le roi sans être attendues ni annoncées, elles se jetèrent toutes trois à ses pieds, le suppliant de ne pas déshonorer la mémoire de leur père, en rétablissant une magistrature criminelle qu’il avait humiliée. « ( Soulavie, ,1/cm . du règne de /.nuis A! /, t. Il, p. 1 0-4. )

Cil A MT U K PREMIER.

rôles avec le temps. Ce fut le comte d’Artois qui se

tourna d’abord vers la cause parlementaire, et montra

du goût pour les philosophes, par esprit de mode et par le crédit que la reine avait sur lui. Le parlement avait des allies plus sûrs dans les princes de la maison d’Orléans, qui tenaient de tradition au parti de la magistrature, et qui marchaient plus près de l’opinion que leurs aînés. Mais le plus emporté de tous dans ce débat était le prince (le Conli, dont la bruyante ambition y cherchait un point d’appui pour harceler le gouvernement.

Le ministère était partagé comme la cour : le garde des sceaux , de Miromcsnil , venait de l’ancienne magistrature; c’était un homme de capacité médiocre et sans caractère, complaisant ridicule de .Mau repas, dont il avait gagné les bonnes grâces a jouerles rôles de Crispin dans son château. Il obéissait comme Sartine «à l’impulsion du premier ministre, et travaillait plus à découvert que les autres au rappel . MM. de Vergennes, Du Muy, La Vrillière, par fidélité au pouvoir absolu, se prononcèrent contre le projet.

Turgot prit parti sur cette question avec toute la solidité de son caractère; il ne courtisa pas la popularité. Sorti de la magistrature, il la connaissait à fond, et vit bien qu’il aurait en elle une ennemie opiniâtre. Il savait que penser de l’esprit de cette corporation jalouse, deses préjugés égoïstes, de sa stérile et acariâtre

opposition. 11 comprit que son plan de réforme échouerait contre les remontrances , les refus d’enregistrement, et il se prononça contre le retour des parlements. Tous les moyens qu’avisait Maurepas ou (pie suggérait Miromesnil (i) pour placer l’autorité royale à l’abri des atteintes de l’ordre judiciaire, tous ces palliatifs paraissaient vains et chimériques à Turgot ; il répondait que les traditions seraient les plus fortes, «que l’esprit de corporation est celui dont il est le plus difficile d’avoir raison ; et qu’il n’y a que les corps pour se montrer ingrats sans scrupule, parce tous les éléments qui les composent sont sans responsabilité ( 2 ). » Le rôle politique dont l’ordre judiciaire s’était emparé faussait à ses yeux tous les principes de gouvernement. Turgot fit entendre au roi que tous ses projets allaient être compromis : « Je vous soutiendrai, » lui répondit Louis XVI, et il céda à Maurepas contre son sentiment personnel.

Un historien attribue au vieux ministre, en cette affaire, des raisons de conduite singulièrement graves et désintéressées pour lui ; « Un fait ('•tonnant , mais cer-

(t) On prête ce mot au duc de Choiseul : « Maupeou a versé la « charrette à gauche, Hue la verse à droite. » (Mêm. du duc dC Aiguillon , p. 55.)

(2) Frédéric, écrnit à Voltaire : « Ne voyons-nous pas combien « peu cette compagnie pense au bien du royaume? M. Turgot a « trouvé dans les papiers de ses prédécesseurs les sommes qu'il en ■ a coûté à Louis XV pour corrompre les conseillers de son par- « lement , afin de leur faire enregistrer sans opposition je ne sais « quels édits. • ( OFuvresde loi faire, t. LXX, p. 21.)

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