‹ Louis 16. et sa courChapitre 122 sur 193 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

ce premier pas vers lui; il eût été moins dupe sans cloute s’il eût été moins corrompu.

Au moment d’entreprendre l'affaire du collier, Rohan avait demandé que la reine s’engageât par cette démarche. Il s’était flatte qu’elle l’entretiendrait de son désir elle-même; mais l’entrevue avait manqué. Alors il voulut un ordre écrit de la reine, la garantie de sa signature. De nouveau on le contenta; puis il alla traiter avec les joailliers, et conclut le marché au prix de quatorze cent mille francs. Mais ce fut la plus forte épreuve à laquelle sa bonne volonté d’être trompé fut soumise. I^a signature du billet portait : Marie-Antoinette de France; le faussaire qui l’avait tracée n’était pas rompu au style des cours et des chancelleries, et le cardinal, luiqui avait été ambassadeur, n’en prit point l’éveil . Il ne revint pas de son erreur : il voyait la reine aux cérémonies, il se plaçait sur son passage, cherchant un regard , un signe d’intelligence ; mais rien n’avait change* pour lui dans cet impérial dédain dont l’accablait Marie- Antoinette. 11 attendait imperturbablement l’heure où tout se déclarerait à la fois.

lin jour de fête (i 5 août), comme il était à Versailles pour officier, il reçut l’ordre de se rendre sans délai dans le cabinet du roi. I/espoir lui vint sans doute qu’il en sortirait ministre : il en sortit prisonnier; il fut conduit à la bastille dans ses habits pontificaux. Il était

nouveau que le pouvoir politique portât la main sur un

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prince de l'Eglise romaine : cela ne s’était point vu depuis le cardinal de la Balue. L'accusation était grave; ce n’était pas moins qu’un vol, et un faux commis au nom de la reine, où Rohan se trouvait impliqué ; il avait manqué au premier terme de payement, et le joaillier, dans son embarras, avait porté sa réclamation à Versailles. L’interrogatoire que le prélat subit devant le roi , la reine et les ministres, fut pour lui d’un embarras cruel : il nomma madame de Lamotte; il avait cru, dit-il, faire sa cour à la reine en traitant , pour elle , de l’achat du collier; il se troubla aux interpellations de Marie-Antoinette , il ne put rien expliquer. On lui donna du temps pour se remettre; le roi le pressa d’écrire sa défense; il ne put tracer que quelques phrases sans suite : l’ordre fut donné de l’arrêter, et l’affaire fut déférée au Parlement. Une colère de femme, colère légitime, mais dangereuse conseillère, dicta le parti qui fut embrassé : la reine voulut perdre l’accusé; l’abbé de Vcrmond, le baron de Breteuil, nouveau ministre de la maison du roi, tout le parti autrichien était ennemi déclaré du cardinal : ce fut ce qui le sauva. Les hommes les plus calmes du ministère, Vergcnncs, Castries, s’interposèrent sans succès; ils conseillèrent de ne point attirer sur cette dangereuse affaire le bruit d’un grand procès. Ils savaient l’état de l’esprit public à l’égard de la reine.

L’Europe fut occupée de ce procès pendant près d’un an; l’instruction n’v porta pas la lumière : l’opinion.

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