CHAPITRE PREMIER
pour lui, dans cette situation où tant de gens se trouvaient molestés , une trop belle occasion de sarcasmes ; il n’y put résister. Les commissaires du nouveau* parlement étant allés se plaindre à Versailles qu’ils ne pouvaient plusse rendre aux audiences sans être hues sur leur passage, Mau repas prit un air compatissant, et leur dit iV y aller en domino.
Ce renversement de l’œuvre de Maupeou , si fêté «à Paris et dans les provinces, préjudicia pourtant sur quelques points a la bonne administration de la justice, l’ancienne magistrature releva les abus ([lie Maupeou avait atténués : la vénalité des charges, les frais ruineux de la procédure, l'incommode circonscription des ressorts judiciaires, avantages réels qui n’avaient pu faire passer l’acte despotique du chancelier.
On procéda de toutes parts au rétablissement des parlements de province, où les magistrats exclus ne laissèrent point de regrets. La Bretagne surtout, si entêtée de ses vieilles franchises, les abreuva d’affronts jusqu’à la fin. Le parlement Maupeou reprit à Paris son titre de grand conseil; on le tint en réserve comme un instrument docile, comme une menace toujours suspendue sur la tête de la magistrature.
Mais on put voir, dès les premiers jours , que cette compagnie n’était ni bien touchée de reconnaissance, ni résignée à scs nouvelles attributions. A peine furentelles replacéessur les (leurs de lis, que les chambrcsasscm-
Liées protestèrent contre le lit de justice et les édits ( i . Il était aisé de pré voir que cecorpstout triomphant n’acquiescerait pas par son silence à cette sorte de correction (pi on lui infligeait en le rappelant. Ses orateurs, dans leurs réponses , ne rendirent grâce au monarque que d’avoir cédé aux vœux de la nation ; ce premier conflit dura plusieurs mois. Il tardait moins à messieurs du parlement de reprendre leurs travaux judiciaires, que de ressaisir leur rôle bruyant, d’occuper le public de leur importance. La magistrature retrouva ses alliés habituels dans le duc d’Orléans et le prince de Conti. Monsieur luimême, qui semble déjà moins hostile au parlement depuis sa victoire , se porta garant auprès de lui des bonnes intentions de la cour (2).
La magistrature eut le dernier mot dans ces premières taquineries. Mau repas , qui n’était déconcerté par rien, tourna l’échec en plaisanterie; il fit entendre à Louis XVI que l’assemblée n’avait répliqué que pour la forme , et « que ce 11c serait qu’un jeu pour un ministre comme lui , de se faire obéir ÇS). »
(1) « La cour, considérant que dans le lit de justice la publication « des lois a été faite sans examen préalable et d'une manière illégale, « déclare qu'elle n'a pas pu , ni dd , ni entendu donner un avis à ce « qui pouvait être contraire aux intérêts du royaume, au service « du seigneur roi. »
(2) « Monsieur déclara quelles étaient les intentions du roi , et « promit que la cour plénière ne serait jamais rétablie. » [Mëm. du règne de Louis A/7, t. II, p. 214.)
(3) Le comte de Maurcpas citait l’exemple du cardinal Fleury,