CHAPITRE PREMIER
d'abolition des jurandes et des maîtrises : ce projet apportai! d’avance un puissant renfort à ses ennemis, qui tentèrent de le faire tomber.
La mesure qui concernait le commerce des grains avait passé d’abord sans vive résistance; quoique la récolte eût été mauvaise, Turgot tenta l’expérience, et la libre circulation prévint le renchérissement qu’on avait redouté. Confiant jusqu’au bout dans la vertu du principe, il fit vendre les blés dont l’État avait fait provision. Ce système de libre circulation entre les provinces était inattaquable; mais, en dépit de l’expérience, il soulevait encore des controverses; un des écrits les plus remarqués sur cette matière venait d’un banquier riebe et considéré , M. Necker. C’était une guerre peu franche faite à Turgot. L’édit n’autorisait que la circ ulation à l’intérieur; tandis que M. Necker portait la controverse sur un autre terrain : le droit de libre exportation au dehors. C’était prêter, par anticipation, au ministre un projet prématuré, que ses principes sans doute ne contredisaient pas, mais qui donnait plus de prise à son antagoniste; l’ouvrage du reste, venait moins dans l’intérêt d’une idée que dans l’intérêt d’une position. Les amis de Turgot usèrent de vives représailles, et se soulevèrent contre celte méprise calculée (T).
'I) Gondorcet, l’abbé Morellet. — L’abbé Galiani , partisan «les restrictions, écrivit un livre fort piquant sur le même sujet. Telle
Mais le contrôleur général eut bientôt «à faire face à d’autres attaques : des troubles populaires éclatèrent à propos des blés dans plusieurs provinces et aux portes de Paris. 11 n’y avait point eu de symptôme de disette qui y préparât. I^es subsistances ne dépassaient guère létaux ordinaire, surtout dans les contrées où se faisaient les attroupements. Les agents de ces désordres s’inquiétaient peu de paraître en affamés ; ils couraient les campagnes et répandaient sur les chemins ou dans les rivières tout ce qu’ils trouvaient de grains «à piller. Louis XVI crut apaiser ces troubles en se montrant aux bandes qui entouraient Versailles; il leur parla de son balcon ; il accorda à leurs cris une réduction du pain; mais Turgot ordonna que le taux fût maintenu , et le fit publier. Louis XVI s’abandonnait au caractère plus encore qu’aux idées de son ministre; il prenait ses leçons en hésitant , et n’avait pas assez de foi à la doctrine pour ne pas douter en présence des faits; Turgot , qui ne doutait pas, « ne voulait point faire reculer le principe, » disait-il ; il croyait voir dans ces désordres la main cachée de ses ennemis, et il n’hésita pas devant une répression sévère. 11 était fort mal secondé, dans
était l'impartialité de Turgot, dit l'abbé Morellet, « qu’il louait avec « une sorte d'enthousiasme tout ce qu'il trouvait d’agréments et de ta- « lent dans un livre où ses principes les plus chers étaient combattus “ et souvent livres à la risée publique. * (Mém. de Morellet , t. I, p. 195.)