CHAPITRE VI
forme (i). La pluralité se prononçait pour la liberté de la presse, pour le vote par tête, et tous demandaient que les États généraux fussent à l’avenir éléments indispensables du pouvoir législatif ( 2 ). Sur la question de l’impôt, le clergé était unanime; il consentait h l’égale répartition , à l’abolition de tous les restes du régime féodal , du privilège des maîtrises , des douanes intérieures et des droits qui gênaient le commerce , etc. ; enfin l’Ordre ecclésiastique réclamait pour le tiers état l’admission à tous les emplois. Le clergé faisait preuve, en outre, d’intentions libérales en matière de législation criminelle, réclamant l’égalité et l’adoucissement des peines, la publicité des procédures, etc. (3). Par une fusion singulière des idées du temps et de ses intérêts de caste, il demandait aux États généraux un plan d’éducation nationale, et voulait que cette éducation fut confiée au clergé.
L’Ordre nobiliaire n’apporte dans ses vues ni tant de concessions ni tant d’accord ; il est entêté du passé bien davantage. Sous la diversité des moyens, l’esprit est le même ; il veut les États généraux , mais c’est pour rétablir la constitution, dit-il, dans sa pureté primitive; il les demande à des époques fixes, avec de puissantes at-
(1) Voir le résumé des cahiers du clergé, Hist. parlem ., t. I, p. 323.
(2) Hist. paricm., 1 . 1, p. 324 et 325.
(3) Voir Id id p. 32 fi.
432 i.ouis xvi et sa corn.
tributions. Les cacliiers de l’Ordre ouvrent mille avis différents pour les constituera son avantage (i). On voit que le seul souri des intérêts de caste fait qu’il se rencontre çà et là avec l’opinion générale. Ainsi , en fait de réformes, la noblesse appuie la suppression des lettres de cachet , l f inviolabilité du secret des postes; il y a même des voix pour la destruction de la Bastille, et cela se conçoit! Mais on recommande en même temps sur tous les tons le maintien des privilèges nobiliaires, etc. (2).
C’est dans ces cahiers des Ordres privilégiés qu’on trouve la preuve flagrante des haines jalouses qui divisaient ce grand parti des abus : il y a rupture ouverte entre tous; ils se dénoncent , ils se sacrifient à l’envi les uns les autres , nul sentiment, nulle considération qui les relie; royauté, noblesse, clergé , parlements, s’abandonnent entre eux.
La noblesse veut emporter les États généraux , y asseoir sa prépondérance, et chercher à profiter seule des
(1) « On propose qu’il 11 e soit plus distingué que deux Ordres en France , la noblesse et le tiers état , et que le clergé soit réparti dans Fun ou l’autre, suivant sa naissance. D’autres veulent qu'il soit créé un ordre des paysans, le tiers état restant composé uniquement d'avocats, de procureurs, de gens de robe en un mot. D’autres expriment le désir que la noblesse nomme à elle seule autant de députés que le tiers , c’est-à-dire , que sa députation soit doublée. «• ( Hlst. par/em., t. I, p. 328.)
(2) N oir f/ist. par/em., 1. 1, p. 328.