‹ Louis 16. et sa courChapitre 5 sur 193 · CHAPITRE P R E N I K R · texte numérisé non relu

CHAPITRE P R E N I K R

ccs gouvernements qu’on ne préférât pour sa patrie; l’opinion seule empêchait (pie la France de Louis XV ne fut au-dessous de la Russie de Catherine II.

Ce sentiment public, qui sauvait la France de l’abjection, l’avéneinent de Louis XVI en fit tout à coup une espérance qui entra dans les transports publics autant que le besoin des améliorations intérieures. Des traités meurtriers avaient été signés par nous , contre nous; l’Angleterre nous avait tenu la main et forcés de mettre notre nom, en 1763,311 bas des stipulations les plus honteuses. Nos traités de 1756 avec l’Autriche n’avaient été rien en fait d’ignominie auprès de ceux-là. Frédéric s’était cruellement vengé à Rosbach des versatilités de notre politique. Il avait donné un nom mérité à notre pays en l’appelant la ferme de la maison d'Autriche ; et cette maison d’Autriche avait comblé le mépris par l’ingratitude ; Marie-Thérèse s’était abaissée jusqu’à nommer la Pompadour son amie ; Choiseul n’avait été, pendant son ministère, que le premier commis du prince de Kaunitz. Tout le poids défaillance, la France l’avait porté; et ce qu’elle en retirait de profit, après tant de durs sacrifices , c’était de voir son parti écrasé par l’Autriche dans Varsovie, et la Pologne mise en pièces sans qu’011 tournât seulement la tête pour savoir ce qu’elle en pensait. Tant de revers, et ces noms si grands , après tout, Frédéric , Catherine , Marie-Thérèse, animaient d’un ressentiment jaloux cette opinion

LOUIS XV I ET SA CO U II

qui saluait le jeune Louis X VI; avec les réformes demandées, on croyait pouvoir répondre par des institutions à ces princes, tels que la maison de Bourbon n’en produisait plus, et qui, comme Marie-Thérèse, Frédéric et Catherine, semblaient à eux seuls des institutions.

En effet, Louis XVI promettait plus par ce qu’il laisserait faire sous son règne que par ce qu’il ferait luimême. 11 était comme la promesse que d’autres devaient tenir un jour; excepté scs instincts honnêtes, rien personnellement ne le recommandait à l’attention des hommes qui se préoccupaient de l’avenir, ni son éducation, ni son genre d’esprit, ni même cet extérieur qui n’est pas donnéen vain aux représentants du pouvoir. Ce n’était point dans le sein des nouvelles idées (pic Louis XVI avait été élevé. Quelques princes contemporains avaient eu des philosophes pour maîtres. Le petit-fils de l.ouis XV fut élevé par un courtisan et par un jésuite. 11 avait eu pour gouverneur le duc de Fai Vauguyon , homme de cour, frivole et servile, une espèce de V illeroy, mais chez qui l’esprit et la dignité des formes ne jetaient pas un voile sur les préjugés, et ses préjugés étaient de la plus infime espèce; il prenait au rebours sa fonction : d’une morale et d’une dévotion étroite et misérable, il élevait un roi à l'inverse de son temps : s’appliquant à énerver sa conscience , à détendre en lui les ressorts du caractère et de la volonté. Rude et dis-

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gracieux dans ses manières, eet Alceste malencontreux, ne réussit que trop, (le ce coté, à faire le prince à son

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Le Dauphin avait pour précepteur un évêque, M. de Goètlosquet, qui n’était pas plus prélat de savoir et d’intelligence que I*i Vauguyon n’était grand seigneur, et qui couvrait l’homme important, l’instituteur réel, l’abbc Radon villiers.

Lcsdeux frères du roi, les comtes de Provence et d’Artois, avaient été placés dans les mêmes mains. Du vivant de leur père, ces princes avait été l’objet de ses plus grandes sollicitudes; il avait pris sur lui toute la charge de leur éducation. Le fils de Louis XV vivait à l’écart, relevant silencieusement à Versailles les devoirs du mariage et delà paternité, tout ce que son père avait foulé aux pieds. Certes, le Dauphin était fait pour donner à ses fils, du côté des mœurs, les meilleurs enseignements et les plus purs exemples; mais son âme manquait de vigueur et s’usait tout entièreen scrupules. Fait pour être moine plus que pour être roi, il s’épouvantait de cette charge d’aines qu’on appelle la royauté, et tremblait prématurément devant sa couronne. Un tel homme n’était fait pour aucune direction : une éducation l’embarrassait autant qu’un royaume; il ne pouvait transmettre à son élève que sa morale craintive et défiante, et sa peur mélancolique d’être roi. Louis XVI conserva toujours un profond souvenir de son père, et ne se re-

LOUIS XVI ET SA COl'll.

tourna que trop religieusement vers ces vieilles maximes »le sa maison que le Dauphin lui prêchait dans ses Mémoires, et qui souvent s’ajustaient mal avec son amour du bien.

L’esprit du Dauphin, après la mort de son père, revint à ses précepteurs officiels, si peu propres à raffermir, à l’clever . Quant aux études, il montra du goût et de l’application aux plus utiles, à celles-là qui avaient trait directement à des intérêts d’Etat. Il n’avait pas le sentiment délicat des choses littéraires, ni l’aptitude aux langues anciennes. La géographie, l’histoire, les langues modernes, convenaient mieux à son esprit.

Le nouveau Dauphin , marié dès l’âge de seize ans, vivait à Versailles à la manière de l’autre Dauphin , son père. On revoyait en lui le représentant de la famille, de l’intimité domestique. C’était un salutaire contraste, opposé de nouveau à Louis XV. On parlait de sa vie privée, de ses mœurs simples , de ses promenades sans suite avec la Dauphine, et des occasions qu’ils y trouvaient de se montrer compatissants et généreux. L’opinion publique leur savait gré de tout ce qui les distinguait de l’égoïste et immoral Louis XV.

L’archiduchesse , fille de Marie-Thérèse , que le système d’alliance en faveur depuis 1 706 avait unie au Dauphin, ajoutait à cette popularité de l’estime tout ce qui s’attache à la beauté et à la grâce. Le contraste était grand sous ce rapport entre les deux époux ; Louis XV I

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