CHAPITRE II
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Le premier article de ce traité était tout le traité même, et renfermait toutes les exigences de l’opinion; il y était dit « cpie si la guerre (celte guerre dont on s’était dans le préambule ménagé la faculté à dessein) se déclarait entre la France et la Grande-Bretagne , pendant la durée du conflit entre l’Angleterre et les États-
Unis, Sa Majesté et lesdits Etats-Unis devraient faire cause commune et s’aider mutuellement de leurs bons offices, de leurs conseils et de leurs forces, ainsi qu’il convient à de bons et fidèles alliés. » Les autres articles se rattachaient à cette disposition , qui suffisait, qui comprenait tout.
Cet acte pourtant n’empêchait point les colonies de traiter avec l’Angleterre, même sans le concours de la France: « Il resta secret, dit l’historien de la diplomatie française, et n’acquit de réalité que par la guerre qui éclata peu de temps après entre la France et la Grande- Bretagne. » Mais cette réflexion manque de justesse : le traité n’acquit point de réalité par la guerre; ce fut, au contraire, le traite qui prépara la guerre, qui donna à
gation , d’une manière contraire au droit des gens et aux traités subsistants entre les deux États. Dans* ce cas , S. M. et lesdits États étaient résolus de joindre leurs projets et efforts contre les entreprises de leur ennemi commun. » En posant ainsi l'éventualité, on en rendait l’interprétation bien facile ; précautions percées à jour du reste , convenances diplomatiques inutiles, qu'au point où en étaient les choses, on aurait bien pu s’épargner! Voir Fiassan, Ilist. de la diplom ., t. VII, p. 159 à 16J.j
cette guerre, commencée dans les esprits et les dispositions des peuples, tout son développement extérieur, sa réalité.
La cour de Versailles , sentant bien qu’elle ne pourrait cacher longtemps les engagements qu’elle venait de passer avec l’Amérique , se risqua donc à les déclarer. Elle les notifia au cabinet de Londres , le 1 3 mars 1 778, par l’intermédiaire du marquis de Noailles, son ambassadeur. La notification était ce que sont d’ordinaire de pareils actes : elle était polie , et disait tout le contraire de ce qu’elle laissait entendre. O11 y parlait du désir de conserver la paix, avec le cérémonial impuissant de gouvernements qui vont rompre, et décidés il en finir. Pour cpie cette comédie , qui ne trompait personne et qui manquait de grandeur des deux parts, fût poussée jusqu’au bout, et dans toutes les formes, Versailles publia un Mémoire justificatif auquel Saint-James répondit. On a hâte de se détourner de toutes ces vaines procédures, de toutes ces lenteurs calculées, et pour peu qu’on aime le pays dont on écrit l’histoire , 011 partage l’impatience des contemporains.
En effet , ces lenteurs compromettaient la situation : le patriotisme de Franklin en gémissait , mais son habileté encore davantage. Son avis à lui , avait été de se placer au-dessus de toutes ces formules diplomatiques qui perdent le temps, au profit de l’ennemi qu’elles avertissent de frapper rapidement un grand coup. Les