‹ Louis 16. et sa courChapitre 63 sur 193 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Commencement tic la guerre d'Amérique : combat d’Oucssaat. — Départ de la (lotte de d’Kstaing ;sou arrivée dans la Dclawarc. — État de l’opinion sur la guerre. — Discordes entre les Américains et les Français. — Faits d’armes des Français dans les colonies. — Mission armée du général Rochambcau. — Déjwrt de la (lotte du coude de Grasse. — Succès des Américains et «les Français. — I/Anglctcrre négocie avec l’Amérique. — Bataille de la Dominique — Blocus de Gibraltar. — Suflren aux Indes. — Traité de paix. — Paix de Teschcn. — Fleury et d’Onnesson , contrôleurs •généraux. — Mort du comte de Maurepas.

Si le cabinet de Versailles, en se décidant à soutenir F Amérique, n’avait point effrayé l’Angleterre par la rapidité de ses coups, du moins avait-il pu la troubler par la grandeur de ses préparatifs. Il les avait faits patiemment, avec une sérieuse activité, et, disons-le aussi, avec ce sentiment d’honneur blessé que devait avoir, vis-àvis des Anglais, un gouvernement jugé par eux incapable de tenir la mer, et qui, pour réponse, y avait lancé les plus formidables vaisseaux. La France n’avait point accepté sa déchéance maritime, prononcée à Ixmdres de si haut; le duc de Choiscul avait le premier commencé de l’en relever : il avait donné l’impulsion; après lui, malgré d’inquiètes, d’oppressives surveillances

de la part de l’Angleterre, le gouvernement n’abandonna pas ses chantiers. Sous l'administration de Sartines et à l’ouverture de cette guerre, les constructions furent poussées avec un redoublement de vigueur dont il y avait eu peu d’exemple dans la marine française : on avait vu , en un an , neuf vaisseaux de ligne commencés et mis en état de naviguer. La France avait à ce moment ( 1 77&) près de soixante vaisseaux armés à la fois. Malgré son ignorance du métier, ses formes cauteleuses et ses dilapidations, Sartines était administrateur : il savait agir; il connaissait les hommes; la police les lui avait appris. Malheureusement nos marins ne valaient pas nos constructions; ils étaient inexpérimentés ; mais la guerre devait leur apprendre ce tpt’ils ignoraient, et leur ardeur allait surmonter rapidement les difficultés de cette école.

Il n’y avait point eu de manifeste, mais le comte d’Estaing était parti pour l'Amérique depuis un mois; toutes les côtes de Flandre , de Bretagne et de Normandie étaient couvertes de canons, et on ne parlait de rien moins, même à Versailles, que d’une descente en Angleterre. Le comte d’Orvilliers commandait à Brest une flotte de trente-deux vaisseaux de ligne et de quinze frégates. C’étaient les trésors de la France, le meilleur de son or et de son sang. L’amiral Keppel , a Plymouth, regardait d’en face cette flotte superbe. Soit calcul de guerre, soit impétuosité naturelle , Keppel résolut d’at-

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