‹ Louis 16. et sa courChapitre 77 sur 193 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

dos munitions et des troupes, qui permettraient à Roeliambcau d’agir en toute sécurité. C’étaient là des préparatifs imposants, sans nul doute; mais jusque-là cette guerre n’avait eu de grand que les préparatifs.

Et telle parut devoir être encore la nouvelle campagne, car elle s'ouvrit par l’expédition du baron de Rulecourt sur Jersey, dans laquelle Rulecourt se fit tuer, lui et ses braves , espèce de guérillas de mer, qu’il avait levées à ses frais. Ce n’était là qu’un échec isolé et de peu de place dans l’ensemble des vastes plans delà cour de France , et cependant cet échec eut d’autant plus de portée sur l’opinion , que c’était le début de la campagne et comme le premier essai de débarquement en Angleterre. Il ne fallut rien moins que les premiers succès du comte de Grasse pour effacer l’impression de cette tentative malheureuse. Il était parti de Brest avec vingt et un vaisseaux de ligne et un fort convoi. Le vent, qui avait manqué à d’Estaing, lui fut plus favorable; aussi était-il en vue de Fort-Royal de la Martinique au bout de trente jours. C’était encore un de ces hommes comme il y en eut tant dans cette guerre, glorieuse surtout pour les capitaines de vaisseau. Il passait pour un oflicier excellent à son bord , et superbe au feu , car les matelots disaient , pour caractériser sa bravoure , qu’il avait six pieds en temps ordinaire, mais qu’il avait six pieds un pouce les jours de combat. Il manœuvrait

bien , mais seulement sur son bord ; son regard ne por-

tait pas beaucoup plus loin; et d’ailleurs la guerre ne se compose pas seulement de manoeuvres; elle a quelque chose de plus mystérieux et de plus puissant que les traditions de la science et les routines des champs de bataille.

A son arrivée dans les Antilles, le comte de Grasse rencontra le vice-amiral Hood, à Tpii Rodney avait donné l’ordre d’attaquer les Français. De Grasse soutint le combat, et, malgré l’cllnemi, fit entrer son convoi dans la rade. C’est de là qu’il partit pour aller appuyer le marquis de Rouillé dans ses opérations contre Tabago, et favoriser celte conquête coloniale, cpie les

vaisseaux anglais, grâce à sa résistance, ne purent cm-

pêcher.

Mais les instructions du cdmte de Grasse lui prescrivaient de quitter les Antilles; il devait se diriger vers l’Amérique septentrionale, au point central d’une guerre que Rocbambeau , bloqué dans Rhode-Island , n’avançait pas. Profitant des fautes de Rodney, qui avait imité Guichen et ramené plusieurs vaisseaux en Europe , de Grasse entra dans la baie de Chcsapeake. Cette baie avait été le théâtre de désastres d’autant plus cruels qu’on les devait au traître Arnold. Cet homme à Paine corrompue , que tous les vices poussèrent à la trahison , et qui ne put parvenir à cacher sa honte dans la gloire, semblait redoubler de talent militaire et de bravoure depuis qu’il étak aux Anglais. A la tête de seize cents hommes, il avait brûlé Richemond et ravagé une

CHANT UK III.

grande étendue de pays. De plus, après la mort de M. de Ternay, commandant de la flotte , l’amiral Destouches , cjui lui succéda, ne sut pas profiter de la dispersion de la flotte anglaise qui bloquait le havre de New-Port. En . vain Washington , occupé ailleurs, mais dont le regard planait partout , écrivit-il au comte de Rochamheau , pour que Destouches conduisit immédiatement sa flotte en Virginie avec un corps de mille Français; Destouches s’était contenté d’envoyer M. dcTilly avec un vaisseau et deux frégates dans la Chesapeakc. Mais Arnold fit remonter scs batiments trop haut pour qu’on put les atteindre. Destouches revint plus tard à l’idée de Washington ; mais l’expédition attardée ne réussit pas, malgré la bravoure des Français , que Rochambeau plaça sous le commandement de Vioménil. La situation était si grave, que Washington , après avoir envoyé La Fayette contre Arnold , se rendit à New-Port pour se concerter avec le général français. Le plan des Anglais semblait être de transporter et de concentrer la guerre dans la Chesapeake et dans la Pensylvanie : c’était la pensée de Cornwallis , le plus fort tle tous les généraux ennemis (i).

Mais, en arrivant dans la Chesapeake, de Grasse devait changer la face des affaires. 11 y avait été précédé par le comte de Barras, qu’il avait chargé d’une dé-

(l) fie cl Corr. de /Washington, éd. franç., t. II, p. 157.

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