ACTE II, SCÈNE IV. a
MARGUERITE
Les erreurs des chrétiens ont lassé sa clémence.
LOUIS
Le coupable, à genoux , désarme sa vengeance.
Ce Dieu, qui nous frappa sans nous abandonner,
Se lasse de punir, et non de pardonner.
MARGUERITE
Touché de nos malheurs, et vaincu par nos larmes, Puisse-t-il, dissipant de trop justes alarmes,
Des périls que je crains bientôt nous affranchir!
Mais un remords tardif le pourra-t-il fléchir?
Brisera-t-il nos fers? Et ce peuple fidèle
Qui gémit loin de vous, dont l’amour vous rappelle;
Et ces infortunés, dont vos généreux soins Adoucissaient les maux, prévenaient les besoins, Reverront-ils pour eux luire ces jours prospères Où, trouvant dans leur roiJe plus tendre des pères , Contre leurs oppresseurs ils venaient l’implorer?
Vous verront-ils encor, prompt à les rassurer.
Oubliant auprès d’eux la grandeur souveraine,
Leur rendre la justice , assis au pied d’un chêne?
LOUIS
Espérons tout du ciel. Nous leur serons rendus ;
Ils l’implorent pour nous, ils seront entendus.
Ecartez loin de vous tout funeste présage.
L’aspect de vos douleurs ébranle mon courage. Qu’avez-vous fait? Pourquoi, dans ces climats lointains, Malgré moi, chère épouse, unie à nos destins.
Vîntes- vous des chrétiens partager la souffrance? Pourquoi vous arracher à l’amour de la France?
Hélas ! à vos désirs je devais résister.
MARGUERITE
Vous l'eussiez fait en vain ; pouvais-je vous quitter? Tremblante pour vos jours, aux pleurs abandonnée,
A quels maux aujourd’hui serais-je condamnée.
Eh ! que pourrais-je encor regretter près de vous?
Ma patrie est aux lieux où je vois mon époux.
Je ne regrette rien. Oui, mon cœur vous l’atteste,
Avec vous, dans les fers, mon sort est moins funeste Qu’au sein de cette cour, où, toute à mes ennuis,
Je chercherais en vain mon époux et mon fils.
Même en nous punissant, l’Éternel nous rassemble,
Et nos cœurs souffrent moins, puisqu’ils souffrent ensem > c.
louis.
Oui, reine, votre amour rend mes fers plus légers,
Je le sens.
{a Philippe.)
Vous , mon fils , quels que soient nos dangers , Quelques nouveaux malheurs qui doivent nous atteindre, Vous ne m’entendrez point murmurer, ni vous plaindre. Lorsque sous les drapeaux de notre sainte foi Vous vîntes, le premier, vous ranger près de moi, J’accueillis, j’approuvai votre jeune courage,
De vos destins futurs je vis l’heureux présage.
Quelque jour, sur ce trône où vous serez assis,
Tous les Français en vous admireront, mon fils,
Un roi, qui, s’écartant de la route commune,
Nourri dans les hasards, instruit par l’infortune,
Sut combattre et souffrir dès ses plus jeunes ans,
Et n’a point imité ces princes indolents
Qui, perdus pour la gloire, au sein de la mollesse,
Traînent dans les plaisirs leur oisive jeunesse,