ACTE III, SCÈNE VIII
Auprès de Nouradin ils se sont tous rangés,
Ils vont bientôt combattre, et nous serons vengés. PHILIPPE.
Est-il vrai?
CHATILLON
Le Soudan ne peut à leur courage Opposer désormais qu’une impuissante rage;
Et peut-être, assiégé jusque dans son palais ,
Le perfide paiera les maux qu’il nous a faits.
Mais craignant que sur vous sa fureur assouvie A vos vengeurs armés ne vous livrât sans vie, J’accours pour vous sauver. Un musulman séduit Par de secrets détours jusqu’à vous m’a conduit. Venez, ou sous mes yeux Almodan vous immole.
Suivez-moi.
LOUIS
Le Soudan a reçu ma parole.
CHATILLON
Il trahit son serment.
LOUIS
Je respecte le mien.
CHATILLON
Fuyez.
LOUIS
Je suis Français, chevalier, et chrétien.
CHATILLON
La mort vous environne en ce palais funeste ;
Si vous suivez mes pas nous triomphons.
LOUIS
Jereste.
CHATILLON
Vous restez?
Je Je dois.
CHATILLON
J’admire , et je me tais.
( à la reine et au prince. )
Mais vous, du moins, l’amour et l’espoir des Français.
Marguerite, ££ plaçant sur le sein de Louis.
Ses serments sont les miens, le devoir nous rassemble.
PHILIPPE, je jetant de Vautre cote dans les bras de Louis.
Voilà ma place.
LOUIS
Eh bien ! nous souffrirons ensemble.
( à Clidtiüon. )
Pour vous , qui , dans les fers indignement plongé , Êtes de vos serments pour jamais dégagé,
Partez ; et que le ciel , comblant votre espérance,
Vous ouvre les chemins, et vous rende à la France. CHATILLON.
Non, seigneur, c’en est fait, je ne vous quitte pas.
Le devoir en ce lieu n’enchaîne point vos pas. CHATILLON.
Dans l’aveugle courroux que nos maux ont fait naître , Tantôt je méconnus et j’offensai mon maître;
Je m'attache à son sort, et je veux aujourd’hui Expier mon erreur en mourant avec lui.